samedi 10 avril 2021

Victor est un con

Attention: spoilers complets. D’un roman qui a 205 ans.

 


J’ai eu une envie récente, liée à ma fascination morbide pour la tentative avortée du Dark Universe, de « retourner à la source », et donc de lire les romans qui ont inspirés ce qu’on considère comme les « monstres classiques modernes ».

Ma lecture de « L’extraordinaire cas du Docteur Jekyll et de Mr. Hyde » m’a presque déçu. Mais ce n’est pas la faute du roman: celui-ci est structuré comme une enquête pour comprendre quel est le lien entre le monstre et l’honorable gentleman, et la solution est éventée depuis un siècle – même si  oui, le chapitre de confession de Jekyll est splendide de désespoir et de mélancolie.

 

Mais Frankenstein, ce n’est pas la même chose ! C’est la création de la Science-Fiction, c’est une réflexion sur la responsabilité du créateur ! C’est un roman visionnaire et éternel ! La pauvre Mary Shelley, effrayée de sa propre imagination, obligée de poser ses visions sur la page !

J’ai, de fait, beaucoup aimé ce roman, en dépit de certains de ses défauts. Stylistiquement, il a les défauts de ses qualités : il a été écrit en 1816, et le langage (de la traduction) a ce charme du parler d’antan, du passé simple et des archaïsmes involontaires. Mais en contrepartie, il est de son temps, et cette structure de roman pseudo-épistolaire (même si le terme de « poupées russes du témoignage » serait probablement plus approprié) fait soupirer quand on l’attaque (je n’aime pas les roman épistolaires, désolé, ça m’emmerde).


 

Mais ce qui m’aura le plus marqué (et conforté dans l’idée que revenir à la source est une bonne chose) c’est que ma lecture fut accompagnée d’un sérieux syndrome de Shining : le roman n’a que peu à voir avec l’image qu’il laisse dans la culture générale – merci le cinéma. Déjà, et ce même si je ne m’en étais jamais vraiment posé la question, je n’aurais probablement pas imaginé Genève, la Savoie, ou même la charmante ville d’Ingolstadt en Bavière comme cadre principal de cette histoire. Mais surtout… pas de foudre pour donner vie à la créature, pas de foule en colère avec des fourches et des torches, et une créature étonnamment plus éloquente que « Fire bad ».


Et pas de boulons non plus

Bref il y a de nombreuses raisons de se plonger dans le livre d’origine, dont une qui me touche personnellement : qu’il est agréable et amusant de retourner à une époque où la chimie faisait encore rêver, où elle pouvait être un objet de science-fiction et de fantasmes quant à ses réalisations (pensez bien qu’en 1816, la Chimie moderne a quelque chose comme 30 ou 40 ans à peine).

 

Mais il est un point qui m’a rendu la lecture difficile, point pourtant primordial pour que l’histoire existe : Victor Frankenstein est un con. J’utilise ce terme parce qu’il recouvre beaucoup de choses, presque par défaut. Car, et ses réalisations scientifiques le prouvent, il n’est pas un imbécile. Mais il y a des moment sou j’avais envie de, au mieux le secouer, au pire le baffer. Mais genre fort. En vrac (attention spoilers, vraiment) :

-          Son rejet immédiat de la créature n’est décrit QUE par une réaction à la hideur de sa création. Mais sans plus de développement sur la page. Qu’il soit le symbole de son hybris, d’une défiance vis-à-vis du Créateur ou un truc comme ça, non, à aucun moment ça n’est évoqué. Ce qui laisse le gout amer que Victor Frankenstein, petit bourgeois suisse privilégié, est bêtement superficiel. Et probablement que s’il était meilleur en travaux d’aiguille il n’y aurait pas de bouquin.

-          Il y a un moment ou j’ai vraiment insulté Victor et c’est le suivant : Victor s’est vu demander par sa créature la fabrication d’une compagne. Celle-ci vient de lui expliquer pendant quelques chapitres que, oui, c’est bien lui qui a tué le petit frère de Victor, mais c’était dans un élan de colère et de désespoir parce qu’il est rejeté de tous, son créateur y compris, et qu’il a compris que seule une créature aussi hideuse que lui pourra jamais l’accepter, donc s’il te plait papa fabrique moi une copine. Réticent, Frankenstein accepte. Mais alors qu’il s’apprête à insuffler la vie à cette nouvelle créature, il a une vision d’horreur du couple de Frankenstein donnant naissance à un nouvelle engeance qui finirait par prendre le contrôle de la Terre et détruire notre belle civilisation1. La réaction de Victor ? Tout détruire, (en plus sous le regard de la créature originelle), scellant ainsi son destin. Et moi de hurler que franchement t’étais pas à une hystérectomie près et que ça t’aurait évité bien des problèmes.

-         Juste après, la Créature émet son avertissement ultime : « Je te retrouverai le soir de ton mariage ».  Reprenons le contexte : tu viens de détruire son seul espoir d’avoir une compagne. Il te menace de te retrouver le soir de ton mariage. De quel degré d’égoïsme total faut-il être atteint pour être convaincu que cette menace pèse sur ta vie à toi ? Pourquoi attendre jusqu’à ton mariage alors, il peut te buter maintenant. Il ne veut pas ta mort, il veut que tu comprennes et partage son infini malheur bordel !

 

Ces points ne sont que trois points qui me furent particulièrement irritants, mais oui, un des freins à mon appréciation totale de ce livre est ici. Cette haute société imbue d’elle-même à laquelle je suis incapable de m’identifier, et qui fait qu’on donne très aisément raison à la Créature, toute meurtrière qu’elle soit. L’incapacité du Dr Frankenstein à ne serait-ce qu’évaluer les conséquences de ses actes, savant fou tellement imbu de lui-même qu’il est impossible de compatir avec lui, alors qu’il passe la moitié du bouquin à se plaindre… même face à une créature qui ne lui demande qu’un peu de compassion. Qu’évidement il est incapable de fournir. Même le projet Manhattan avait plus d’éthique.

 

Et pourtant… quelle pierre angulaire de tout un imaginaire. Parce que les vides foisonnants laissés ici et là font que ce livre offre la possibilité à chacun d’y greffer ses propres névroses et d’y voir le symbole qui lui plaira le plus. La créature est elle chaque enfant rejeté de la société qui se tourne vers une vie de crime ? Ou même l’être humain, abandonné par son Créateur (avec une majuscule celle-là) ? A l’heure ou l’on parle de plus en plus d’Intelligence artificielle, le livre ne devrait-il pas trouver une nouvelle jeunesse ? (Skynet, le Monstre, même combat ?) (C’est probablement lié à ma vie actuelle mais l’angle : Victor Frankenstein, pire daron du siècle m’a pas mal accompagné dans ma lecture, aussi).

La porte est ouverte à nombre d’interprétations autres que le simple « Le monstre n’est pas forcément celui qu’on croit » (on a déjà toutes les adaptations de Notre-Dame de Paris pour ça), et c’est, pour moi, ce qui fait la force du livre et justifie que le mythe du « Prométhée moderne » reste toujours frais et d’actualité.

 

Sinon, Pocket, votre papier est de meilleure qualité que sur mes premiers Pratchett, mais du coup, vous avez décidé d’économiser sur la colle, non ?

 

 


 

 

 

1 Sur le point spécifique de pourquoi le monstre est plus fort qu’un humain moyen, j’adore l’explication donnée : il fait 2 m 50 parce que c’est plus facile pour Victor de travailler sur des trucs plus grands. C’est tellement simple que c’est du génie.

mercredi 7 avril 2021

Démêler le plat de (Western) Spaghettis


 Ca y est ! Après 3 essais (trois !) j’ai enfin réussi à achever ma lecture du cinquième tome de La Tour Sombre, la fameuse « Jupiter de l’ imaginaire » du bon ami Stephen King. Je vous passe les détails, mais la première fois, c’était dans la foulée de ma lecture du quatrième tome (c’est une erreur à ne pas faire, je vous le dit), et la seconde, eh ben j’étais probablement déjà malade et de toutes façons incapable de lire quoi que ce soit. Mais la reprise n’était pas non plus terriblement difficile, le fait étant qu’au mieux j’avais à peine atteint la moitié de la première partie, soit donc pas très loin (même pas 100 pages sur les 650 que le tome compte). 

Et il va de soi que si je vous en cause aujourd’hui c’est que j’ai quelque chose à dire sur le sujet. Mais c’est surtout moi qui ait tendance à me gâcher la vie en ayant des lectures presque trop analytiques pour ne pas dire méta, et donc ce qui me reste d’un livre – que je considère comme le meilleur de la saga jusqu’à présent, et dont j’ai vraiment apprécié la lecture, sincèrement – est… un ensemble de réflexion autour du livre.


1. Suspension consentie de l’incrédulité


Alors que j’arrivais enfin à recommencer à lire, je me suis dit que j’allais pas non plus pousser et qu’il était peut-être temps d’arrêter un peu avec mon « snobisme  de bilingue » qui m’amenait à redouter de lire en français des livres écrits originellement en anglais. Par manque de confiance, par crainte d’une mauvaise traduction (ça existe), parce que j’étais capable de le faire, tout simplement. Dans les faits, c’est une bonne chose, en pratique, le faire avec Stephen King, dont les traductions ont tendance à être notoirement mauvaises (mais surtout les premières, bordel, je devrais pas courir ce risque avec un bouquin post-2000 !) restait une gageüre.

Et… Bon il y a certes une seule faute de traduction flagrante (« les 8 doigts qu’il restait à sa main »), mais… la question que j’ai surtout envie de poser c’est « il viendrait à l’esprit de personne d’embaucher pour la traduction quelqu’un qui s’y connaitrait au moins un peu en musique rock ? » Parce que ça aurait une certaine logique vis-à-vis des obsessions de l’auteur. Et aussi ça m’éviterait probablement de rager quand, en deux pages consécutives, je me retrouve face à deux formulations qui me sortent tellement de l’action que je me sens obligé de reconstituer la version originale dans ma tête pour trouver comment ça a pu être traduit comme ça.

Le premier (même si le second chronologiquement) c’est de découvrir que « In the Summertime » a été chanté par « Jerry Mungo ». Bon, OK, il n’y a qu’un pinailleur comme moi qui va y faire attention, sauf que… 15 lignes plus tôt, on le trouve formulé correctement, et c’est bien, dans un premier temps, Mungo Jerry qui est crédité.

Mais celui qui m’a fait bondir, et donc mis en bonne condition pour tiquer quand Jerry Mungo a pointé son nez, c’est bien…

« Tout le monde a l’air souriant parce que la lumière est tellement éclatante et l’air si doux, c’est l’été dans la ville et on entend quelque part le bruit d’un marteau piqueur, comme dans cette vieille chanson « Lovin’ Spoonful » »

Ce sont aussi les guillemets qui m’ont fait comprendre que ce n’était pas un oubli d’un « des », mais bel et bien une totale traduction ratée de « the old Lovin’ Spoonful song ». On est en train de te décrire la scène d’ouverture de Die Hard with a vengeance / Une journée en enfer et… et clairement on te dit très probablement, en V.O., que c’est « Summer in the City » ! C’est Stephen King ! Bien sur qu’il va y avoir des références musicales dans les coins !


Tout ça pour dire qu’une traduction qu’on voit (a fortiori si on y trouve une erreur comme celle-ci), c’est comme un doublage mal synchronisé ou mal adapté (1), ça casse la magie. Et moi de réaliser que quand on décide de lire une traduction, on doit accepter de suspendre encore un brin de plus son incrédulité, pour accepter tout à la fois la fiction, et la traduction rendue. Et ça peut aller de « ça passe tout seul » (la grande majorité  du livre), à « ça frotte mais ça passe » (Par exemple, dans celui-ci, la formulation « Pas question Gaston », dont je devine qu’elle est une traduction d’un « No way José »(2) ), à des points d’achoppement comme celui évoqué plus haut. 

Bon ben soyons honnêtes, c’est toujours une bonne réalisation, c’est juste dommage que je le réalise parce que je suis un horrible pinailleur.




1 De ce côté, j’ai un souvenir très marqué de la première fois que je me suis fait cette réflexion, ou du moins une similaire : dans la version française de l’épisode de Friends ou ils jouent à un jeu de quizz les uns sur les autres (qui mène à l’échange des appartements de la saison 4), la version française colle une référence à Claude François, qui, déjà à l’époque (j’avais quoi, 13 ans peut-être ?) me paraissait…. Pas à sa place dans la bouche de jeunes new-yorkais. (Je venais de découvrir ce qu’étais un mauvais travail d’adaptation / régionalisation)

2 Saviez-vous que c’est la catchphrase de Jacquouille la fripouille dans la V.O. des Visiteurs en Amérique ? Toujours heureux de partager du savoir inutile, ne me remerciez pas.



2. Spécificité du medium


Alors si la traduction m’a fait tiquer une parie de fois pendant 5 minutes, il y a un autre point qui m’a fait tiquer beaucoup plus longtemps…. Presque 300 pages. Stephen King a quelques tics d’écritures auxquels on a fini par s’habituer, comme par exemple sa manie d’annoncer les morts de personnages secondaires (« Il acheva son café. Il ne savait pas que ce serait le dernier de sa vie. » C’est pas une citation, hein, mais vous voyez l’idée), ou (et celui-là on l’a dans le bouquin), avoir des protagonistes qui préparent des plans dont le contenu est gardé secret du lecteur.

Donc dans Les Loups de la Calla, on a droit au plan qui est mis en place, mais qu’on ne découvre que quand il est exécuté. Personnellement ça me frustre, mais on en comprend la logique : perdre le lecteur autant que nos Pistoleros décident de perdre les locaux en leur annonçant un faux plan, parce que parmi eux il y a un traitre et tout ça… Et c’est normal, et c’est classique, et c’est très codifié, pour une raison simple qui est que le roman appartient à un genre lui-même extrêmement codifié : le Western. C’est une légère spécificité de ce roman au sein du cycle (parce que si je devais décrire la Tour Sombre aujourd’hui en temps que cycle, la meilleure description que je pourrais en faire est : « c’est Zelda Breath of the Wild avec des guns »). Mais, et c'est clairement rappelé par la dédicace de l’auteur en fin de roman : le Western, est, par essence, un genre cinématographique, bien plus que littéraire (les remerciements et hommages de l’auteurs se font uniquement à des réalisateurs, pas même un auteur de Pulp que King aurait feuilleté dans sa jeunesse ou un truc du genre).

La conséquence de cette spécificité est cristallisée dans le moment le plus frustrant du bouquin. Une scène qui passerait crème au cinéma, mais qui sur la page est presque malhonnête. Des pages de conversation, et la phrase la plus primordiale passée sous silence. Phrase qui ne sera révélée que quelques 300 pages plus tard. Et on imagine aisément la mise en scène sur la pellicule : une phrase, chuchotée à l’oreille, dont le contenu n’est révélé que plus tard, une phrase qui change la donne… Cinématographiquement, ça s’imagine sans aucun souci. Mais sur la page, il n'y a aucune raison logique que... mon narrateur omniscient ne le soit soudainement plus. A part pour me troller. 

Et au cinéma ça demande un effort de patience minime, on sait qu’au pire dans une paire d’heures, on aura notre révélation. Mais ici c’est 300 pages. Pour qu’au final, quand la révélation est… révélée, on l’a déjà devinée, largement (parce que le peu qu’on sait du plan nous l’a fait comprendre), et son effet est minime (peut-être est-ce voulu, mais c’est frustrant. Extrêmement).

D’un problème de traduction de langage à un problème de traduction artistique il n’y a qu’un pas. C’est juste que c’est extrêmement ironique que pour une fois ce soit dans ce sens-là, de la part d’une œuvre si souvent qualifiée d’inadaptable au cinéma (1)


1 Ce qui est vrai : c’est en série qu’il faut l’adapter, avec un pilote en mode téléfilm qui reprend l’intégralité du tome 1.


A priori ça a déjà été adapté en série en fait


3. Structure du cycle (Attention je vais spoiler assez salement)


Il faut rendre à ce livre ce qui lui est dû : quand je l’ai refermé, il m’a fallu toute l’énergie du monde et la sagesse accumulée par des échecs similaires dans les temps passés (1) pour ne pas me jeter sur le tome suivant. Et avec joie. Parce qu’en cette fin de tome, on est ni vraiment à un point d’arrêt, ni au milieu du cliffhanger le plus forcé du monde (celui entre les tomes 3 et 4 – des fois je me demande si King avait pas arrêté le bouquin le temps de trouver comment sortir ses personnages de là où il les avait embarqués). Mais l’action paraît « enfin » lancée (illusion qu’on a bizarrement à la fin de chaque tome depuis le deux)


Mais mon gars Stephen si tu ne voulais pas que je me prenne la tête avec des considérations structurelles fallait pas coller une référence à Harry Potter, soit donc le cycle le plus précis, symétrique, cohérent qui soit passé entre mes mains. Parce qu’au sortir du bouquin, la structure du cycle m’apparait encore un peu plus opaque qu’à la sortie du précédent. Pourtant Dieu sait que ce cinquième livre est le plus clair, le plus carré depuis le début, reprenant avec succès des idées et concepts présentés et développés dans les précédents sans en introduire de nouveau (enfin, si, mais plutôt des variations de trucs préétablis disons). 

Mais du coup, on a un peu l’impression que les tomes précédents n’étaient qu’une grande introduction. Les enjeux, le pourquoi de la quête ne sont toujours pas très clair à mes yeux (Si la raison de la quête de Roland c’est uniquement sa vision racontée dans le tome 4, désolé mais moi ça me parait un peu léger), les mystères sont moins nombreux (certains sont résolus de façon terriblement décevante dans ce tome), et… à part introduire Rhéa et les boules du Magicien, c’était vraiment la peine de nous faire 600 pages de flashback dans le tome 4 ?  Surtout pour nous expliquer vite fait que les anciens compagnons de Roland y sont passés tout connement au combat, dans une bataille dont la raison d’être finit par être le mystère remplaçant la manière de leur décès ? Franchement si on tombe par sur Susan en random dans la Tour… Je continuerai à me poser cette question pour longtemps. Oui la longueur du tome 4 reste un point de frustration intense dans ma lecture de La Tour Sombre.

Bref. En cette fin de tome 5, et outre le rebondissement final, on a une équipe en quasi ordre de marche, les portes du méta sont grandes ouvertes, il y a des stratégies à mener dans tous les mondes, on a croisé le second du grand méchant, on est rentré dans le monde "de l'intérieur" … tout cela est très bien, mais on devrait pas plutôt en être là depuis un tome au moins ?

Ou alors (et c’est plutôt logique par rapport à la façon dont l’ensemble du cycle a été, si je le comprends bien, conçu), il faut plutôt considérer le tom 1 à part, et prendre le cycle comme un cycle de six, et même peut être rediviser celui-ci en deux sous-cycles de 3 tomes.

Bref, peut-être à la fin trouverai-je enfin la structure de la Tour, si jamais il y en a une.


Quoiqu’il en soit… Le chant de Susannah m’attend, et je suis hypé à mort. A bientôt, ka-têt du Dix Neuf.


1 J’ai déjà évoqué mes premières tentatives infructueuses de lecture de ce tome 5, mais le fait est que déjà, j’avais essaye de lire le tome 4 dans la foulée du tome 3, est si j’avais été plus loin (genre 200 pages), j’avais également lâché l’affaire.


vendredi 27 novembre 2020

Les statisdisques de la discothèque pas idéale du tout #1

 

Il y a maintenant 20 ans, j’ai eu 15 ans. A l’occasion, j’avais célébré mon anniversaire avec mes potes (fait suffisamment rare pour être mentionné), et ceux-ci m’avaient, pour l’occasion offert deux disques (et demi) : Black Market Music de Placebo, et OK Computer de Radiohead (le demi c’est un pote arrivé les mains vides repartant avec la promesse de me graver le premier album de Muse).

Alors oui, clairement vous réalisez déjà que j’étais un bon déconneur à 15 ans. Mais la principale raison pour laquelle j’évoque ce fait c’est que, donc, cela fait 20 ans que je prête attention à mes disques. Ceux-ci ne sont pas les premiers disques que j’ai eus, mais peut-être les premiers auxquels j’ai prêté un peu plus d’attention (pour preuve je crois n’avoir que 2 disques plus vieux que ceux-ci dans la discothèque), les premiers que j’ai proprement alignés sur une étagère, puis deux… jusqu’à perdre le compte, avoir des meubles dédiés, ranger le truc dans un ordre défini (alphabético-chronologique), acheter des intercalaires… tout ça jusqu’à aujourd’hui ou c’est à portée de ma fille et donc, régulièrement, je serre les dents alors qu’elle commet un carnage dans les Z, puis les V, et aujourd’hui les T, ne voulant pas refroidir son intérêt pour ces étagères (juste parce que je veux sincèrement pouvoir partager ça avec elle plus tard, pas juste par crainte qu’elle s’intéresse aux Jul de l’an 2035, même si aussi un peu).

Et du coup, 20 ans plus tard on en est où ? Nous l’allons découvrir tout à l’heure. Parce que voyez-vous, avec un peu de temps à perdre devant moi, j’ai rien trouvé de mieux à faire que … de réaliser l’inventaire de ma discothèque. Et donc d’en faire des statistiques. Soyez les bienvenus dans les tréfonds de mon esprit malsain quand on lui file Access et Excel et beaucoup, beaucoup trop de temps.

 

"Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre?" 

(Oui, on est parti sur une bonne série d'images d'High Fidelity)


Episode 1 : Des chiffres et des lettres

 

Evidement la première question à laquelle j’ai enfin pu répondre, et la plus simple de toutes, c’est la question de « bon ben des disques j’en ai combien ? » Et la réponse est 967. Alors, passé la légère déception liée au fait que c’est pas 1000 et que donc d’un point de vue statistique c’est, de fait, pas « représentatif », mais bon, c’est l’étude de ma propre discothèque, pas un sondage du Figaro.

Donc, 967 disques. Rangés, vous le savez maintenant depuis le temps que vous me lisez, par ordre alphabétique d’artiste, et au sein d’un même artiste par ordre chronologique de sortie, à quelques exceptions près1.

Mais avant même ce classement, Il y a une première distinction évidente dans l'organisation de la discothèque, et c'est la scission CDs / Vinyles. Donc on peut se demander, évidement, " Combien de quoi?". 

Etant un garçon sérieux, j'ai inclus aussi une distinction CDs / CDs gravés, parce que oui, j'ai quelques-uns de ces artefacts typiques des années 2000 dans les étagères, au milieu des "vrais" (C'est quand même, quand on y réfléchit, une catégorie intéressante: ce sont des disques que j'aime suffisamment pour les avoir gardés, mais pas assez pour les avoir achetés "en vrai". Par exemple: les premiers albums de Björk (oui)).

Soit Donc: 


Un bon trois quart / un quart, et puis mes 8 CDs gravés (2) qui trainent dans un coin.

Mais la question du "combien de quoi", en bon barbare que je suis, je me la suis posé sur un autre angle (non, pas par genre 3). L'angle du "qu'est-ce qu'il y a sur le disque, catégorie que faute de mieux j'ai intitulé.. Catégorie: 




Bon ben on va pas le cacher, il y a une majorité d'albums, mais on a presque 10 % de Lives, On a 5 % de Best Of (parfois - souvent - isolés, comprendre par là, c'est le seul disque que j'ai d'un artiste. Pour ceux où ce n'est pas le seul c'est souvent le premier que j'ai eu.)

"Compilations autres", ce sont les compilations que ne sont pas des Best of. L'exemple le plus évident pouvant être une compilation des faces B (par exemple le coffret B-Sides & Rarities de Nick Cave - au passage, il m'apparait pas inutile de le préciser alors qu'on parle d'un coffret 3 CDs: un double album compte pas pour deux.), mais aussi les compilations de singles qui ne font pas de "tri" du "best" (bonjour Louder than Bombs, Hatful of hollow et l'autre)

Et ce segment qu'on arrive même pas à lire ce sont les musiques de film, plus souvent des compilations de chansons jouées dans le film que le score original (point Tarantino, point Guardians of the galaxy).


Bon maintenant Bertrand on va passer aux lettres. 

Comme en plus pour les CDs j’ai des intercalaires, la répartition alphabétique est celle que j’ai clairement sous les yeux et celle que j’ai le plus de facilité à jauger… Sauf que ça c’est pour les CDs. Les vinyles, ils ont pas d’intercalaires, voire même la seconde rangée elle est planquée derrière des portes, alors… on va voir ce que ça donne. La répartition alphabétique des disques selon leur artiste ca donne... ce bordel là: 




Alors on va le dire tout de suite: autant l'hégémonie des B je la connaissait, autant je m'attendais pas à ce que les S soient si proches. Et la raison, je l'ai écrite au dessus: la deuxième rangée des vinyles elle est planquée derrière des portes, et dedans il y a ... Beaucoup de Ty Segall. Et justement. De le même manière que Ty Segall (et les Smashing Pumpkins, et tout ce qui peut avoir "Smith" dans son nom que ce soit Elliott, Patti ou The) peut faire grimper les stats du S, il y a quelques poids lourds chez les B (je ne vous ferait pas l'affront de les citer, mais ils sont tous anglais) qui peuvent truquer l'élection. Parce que se pose maintenant la question de "Quoi par qui?", surtout que c'est le premier critère de tri dans la discothèque. Surtout que les résultats sur l'ensemble recensent: 

- 967 disques (ça on l'a déjà dit)

- par 422 artistes

... soit une moyenne de 2,3 disques par artiste. Et honnêtement ça me perturbe un peu parce que ça veut dire qu'il y a quand même un nombre non négligeable d'artistes dont je n'ai qu'un disque pour faire tomber la moyenne aussi bas. Peut-être aussi y a-t-il un biais de fréquence, vu que les premiers artistes présents dans ma discothèque auxquels je pense sont ceux dont j'ai 5 ou 10 disques, en fait. Donc la question que se pose est celle du "combien d'artistes par lettre?", soit donc, la question de la diversité de la discothèque.


Et là ça change un peu le classement. Je sais pas dans quelle mesure c'est intéressant, honnêtement - en soi en tout cas - sinon pour réaliser qu'il y a probablement plus d'artistes en S, et en B (pensée pour tous les groupes en Black quelque chose - Sabbath, Lips, Keys, Francis...) que en Q (littéralement chez moi y en a deux, et ils commencent par le même mot. c'est dans les petits trucs qui apparaissent pas en haut.).

Et vu qu'on a pas grand chose à tirer de ça, j'ai commencé à me poser la question de la "diversité des lettres" (concept pas encore déposé à l'INPI mais essayez de pas me doubler ce serait cool). Et donc: 

Les lettres les plus diverses de la discothèque sont donc: 

- U et Y, avec un seul disque par artiste - des pures "lettres à best of" (pourtant il n'y a aucun best of dans ces lettres)

- puis T, avec 1,44 disque par artiste.

A l'opposé, les lettres les moins diverses sont: 

- R avec 3,9 disques par artiste (merci R.E.M.)

- Q avec 3.5 disques par artiste (avec 2 artistes: un avec 1 best of, un avec 6 albums)

- Puis B, avec 3.02 (avec G à 3.0 juste derrière) qui décidément est tout à la fois une lettre avec beaucoup de disques par beaucoup d'artistes.


Et comme je suis un psychopathe on se pose la question de "Et du coup c'est laquelle la lettre la plus moyenne?". Et c'est K. 2.27 disques par artiste, à comparer au 2.29 de moyenne sur l'ensemble de la discothèque... Je vous avait dit qu'on allait plonger dans les méandres de mon esprit malsain.

(Aussi, mon pote Olivier m'a dit qu'à son avis étudier la répartition alphabétique rimait à rien, et il avait raison mais je l'avais déjà fait... désolé mec)

Mais au final, c'est qui les stars? Je sais que c'est ce que vous vous demandez tous (et les quelques-une qui se le demandent pas c'est qu'ils croient que ce sont les Smashing Pumpkins et ils ont tort). Donc, les artistes les plus présents (avec un diamètre de coupe placé à 6 disques) sont les suivants: 




Maintenant si on veut être un brin plus précis, et le faire seulement sur les albums (tout le monde n'est pas égal face à l'exercice du live, ou du best of dans ma discothèque), les résultats sont alors les suivants (vous allez voir, prendre en compte seulement les album son va le faire un paquet de fois dans la prochaine série d'analyses):  


Alors ca nous secoue pas vraiment le Top 5 mais ca remet un peu les choses à plat. Et ça met en évidence un autre et dernier point à aborder: Comment tu fais, Guic, pour avoir 13 albums des Beatles alors qu'ils en ont sorti que 12, et encore en étant généreux et en comptant Yellow Submarine, qu'en plus tu n'as pas? 

Les doublons mes amis.


Comme vous l'indique le titre, seuls les doublons CD / Vinyle peuvent être recensés (des doublons de même format ont 100 % de caractéristiques identiques et c'est le genre de trucs qui ferait péter un cable à la base de données, et j'ai pas envie de rajouter une colonne quantité pour 3 disques au compte différent de 1.

Alors oui, j'ai deux fois "Chutes too narrow" des Shins en vinyle. Et aussi un "triplon" qui est Fiesta de The Go (je connais des gens qui l'ont 4 fois), parce que j'ai deux fois l'édition Burger Records (un pressage vert et un pressage orange) et bien sur l'édition française chez les amis de Mauvaise Foi records. J'assume. Et j'ai aussi les deux éditions CD de l'album "The Go". Donc en fait ils remportent haut la main la catégorie vu qu'à part "Howl on the haunted beat you right" (qui, en plus est leur meilleur album) j'ai toutes leurs publications en double.

Voilà, on va en rester là pour aujourd'hui et la prochaine fois on va prendre l'angle historique (non, pas de classement autobiographique. Même si je peux le dire, le disque que je possède depuis le plus longtemps c'est...The bridge, second album d'Ace of Base (cadeau de ma sœur pour ma communion solennelle).


Allez, sur ces bonnes paroles: 




... et à bientôt.

 

 

 

1 Exceptions principalement « esthétiques », par exemple Iron Maiden classé de façon anti-chronologique pour pouvoir former la tête d’Eddie avec les tranches des disques, ou Bowie donc les lives (spécifiquement le « David Live » de 1974) sont renvoyés après les albums pour ne pas briser la belle ligne blanche que forment ses albums.

2 Allez, parce que je vous aime bien en voici la liste exhaustive: Post et Homogenic de Björk, Buddha et Dude Ranch de blink-182, Jagged little pill d'Alanis Morissette, Blood sugar sex magik et Californication des Red Hot Chili Peppers et Performance & Cocktails de Stereophonics.

3 Pourquoi pas par genre? La granulométrie. Soit je suis honnête et ca donne genre "Jazz: 1, Rap: 3, Variété française: 100, Rock: le reste. Soit je fais le malin et je sous-divise tout mais va falloir que j'invente des catégories au bout d'un moment... et ça me saoule d'avance honnêtement. (Et vous imaginer comment à un moment va falloir genre éclater des discographies d'artiste? Je vais pas ranger Low en Glam-Rock, quand même?)

vendredi 24 juillet 2020

C'est pas parce que c'est nouveau que c'est un progrès, c'est pas parce que c'est néo que c'est de la merde


Le lien qu’on entretient à la musique de notre adolescence est toujours un peu bizarre, mais forcément formateur. Et pour le coup, par musique de notre adolescence, je ne parle pas forcément de la musique qu’on écoute à ce moment-là, mais de celle qui est publiée à ce moment – celle qu’on aime comme celle qu’on hait.
Mais permettez-moi de repasser au singulier et d’ainsi cesser la mascarade de la généralisation : l’adolescence dont on va causer c’est la mienne (surprenant). J’ai eu 15 ans en l’an 2000. Et quel était le courant musical dominant le Rock au tournant du millénaire ?
Eh oui mes amis : on va causer néo-métal aujourd’hui.



On peut grosso modo-considérer que 1999 à 2001 constitue l’apogée du mouvement néo-métal : KoRn (bordel a va me saouler de l’écrire comme ça tout un article) a sorti 4 albums en 5 ans qui sont tous des succès, Deftones et Limp Bizkit sont entre leurs 2eme et 3eme albums, System of a Down et Slipknot entre leurs premiers et seconds, et Linkin Park va débarquer en 2001…
De fait, pendant ces années-là, mes potes amateurs de métal, c’est ce qu’ils écoutaient (résultat je connais des noms de groupe genre Kittie ou Snot). C’était ça, le métal pour moi. Que Metallica, ma grande sœur écoutait, alors la « violence » de truc je ne la voyais pas vraiment. (C’est un peu de la même manière que la première fois que j’ai écouté Iron Maiden j’ai extrêmement été perturbé par le fait que leur imagerie me semblait beaucoup plus bourrine que leur musique.
Et on peut s’amuser à minimiser l’importance de ce mouvement mais le fait est qu’à l’époque c’est probablement le mouvement rock le plus mainstream (exception faite de Radiohead et ses clones émergeants : Muse, Coldplay, Travis, U2…) sinon pourquoi serait-ce celui dont j’ai entendu parler ? En 2001, les extraits de Toxicity trustent le classement des auditeurs tous les soirs sur Ouï FM, Limp Bizkit fournit le titre phare d’un blockbuster avec Tom Cruise, les clips de tous tournent en boucle sur MTV et trustent les classements pour lesquels le public vote.


Viens, je t'emmène, derrière le miroir, de l'autre côté...


Pourtant dans la grande histoire du Rock il est sûr que le mouvement ne sera probablement pas listé. Même pas comme une erreur qu’un revival garage serait venu résoudre (à l’image de la légende voulant que les Punks aient sauvé le monde du Prog) (Et puis on va pas causer Punk à Roulettes à la place non plus). Non, le tournant du siècle se sera fait en silence, entre une Britpop tuée en 1997/98 et un revival Garage de 2001/02 salutaire.

Pourquoi ? Les raisons sont nombreuses (oui, la honte des gens d’avoir trouvé ce genre crédible pour un instant, non, la honte seule n’explique pas tout). Déjà, c’est difficile à expliquer : le « mouvement » est fait de groupes qui n’ont pas grand-chose à voir musicalement. Que KoRn et Limp Bizkit fassent partie du même mouvement déroute. Et ce sont les têtes d’affiche du genre : c’est pire encore si on va creuser dans les coins, genre (hed)pe, les débuts de Kid Rock (eh oui) ou pire encore, les groupes français du mouvement.
A l’opposé, pourtant définir la sortie du premier album de KoRn comme l’acte de naissance du mouvement tout entier ne soulèvera aucun débat. Son acte de décès? Discutable, mais on y vient.
Et la difficulté de définition de ce qu’est le néo-métal vient aussi de ses influences principales, une longue lignée de mouvement mal nommés regroupant des groupes n’ayant rien à voir entre eux, dont l’apogée est évidement l ‘utilisation du terme « Fusion » au début des années 90. Fusion oui, mais jamais de la même chose, terme chapeau permettant de mettre dans le même sac Rage Against the Machine (dont le bassiste s’est excusé pour avoir inspiré Limp Bizkit en 2015), Faith No More ou même les Red Hot Chili Peppers.



On résume souvent le néo-métal à une fusion Rap / Métal. Mais l’ensemble du mouvement couvre un spectre complexe, lié à :
  •          Où on met le curseur en termes de rap. Je cause de quantité, hein : Est-ce qu’on rape les couplets entiers, ou tout le titre, ou en fait c’est plus de Sprechtgesangt sans vraiment être du rap, est-ce qu’on empreinte d’autres éléments à la culture hip-hop (scratches, boucles…)
  •           Quel type de métal on joue ? On fait juste du lourd et grave (KoRn), on part sur du sautillant foufou (Snot, sorte de Primus néo-métal), Du Agressif mais pas trop heavy (Lip Bizkit), on se prend pour My Bloody Valentine mais avec de la disto (Deftones) ou juste en fait on va pas vraiment faire du métal ce qui fait qu’en fait techniquement on fait du rap mais comme il est pas très bon et puis on est blancs donc on va dire c’est du néo-métal (Butterfly par Crazy Town) ?

(Ces points méritent une étude plus approfondie que, cela va de soi, je ne ménerai pas, par flemme et manque de connaissances). Alors forcément, en visant suffisamment large comme ça, on est sur que chacun va s’y retrouver d’une façon ou d’une autre et tomber sur au moins un groupe dans le mouvement entier que tu vas aimer (Si tu aimes Jésus, il y a P.O.D., si tu aimes Satan, Slipknot aime les chèvres et les pentacles).
Sérieux, au pire du pire on a bien une reprise que tu vas kiffer.

Et du coup pourquoi ça a marché ? Il y a une vision un brin cynique que je peux comprendre sans la partager à 100 % qui constituerai à dire qu’en mélangeant les deux musiques qui inquiètent le plus les parents tu peux marketer la rébellion ultime. Sauf que la rébellion ultime qui terrifie les parents, entre 1994 et 1999 disons, elle est clairement trustée, symboliquement, par le seul Marilyn Manson.
Non, le point commun de tous ces groupes, et qui fait qu’il leur a permis de causer aux jeunes blancs de la classe moyenne de la fin des années 90 (moi compris, évidement) c’est la colère. Vaine. Mais la colère quand même. Le mouvement néo-métal est un mouvement entier de groupes qui sont tous en colère, mais ne sont d’accord ni sur pourquoi ni sur contre qui

Ma théorie là c’est : vous les connaissez les cons qui, à l’élection de Trump par exemple, ont eu comme réaction « Ah bah c’est bien triste mais tu sais quoi ? Ca va faire qu’on va avoir du bon Art du coup. Je suis sur le Punk va renaître dans toute sa splendeur parce que là ça suffit, ou là là. »1

Il s’avère que l’Amérique de la fin des années 90 c’est quasiment l’opposé total. (Pour les blancs de la classe moyenne il va de soi). La seule guerre que mène le pays est totalement justifiée, l’économie va bien (pour l’instant), le plus gros problème du moment c’est de discuter d’où Clinton a mis son saxophone. La France c’est pareil. On nous a annulé le service militaire, on nous crée les RTT, on est champions du monde, grosso modo ça va.
Mais vous savez quoi ? être un adolescent c’est chiant. C’est nul. Quelle que soit l'époque, quel que soit le lieu. C'est comme ça. Et c'est rageant. Mais au moins si la société partait en couille on pourrait aller manifester, donner un sens à notre colère. (Ça va arriver, attendez une paire d’années, hein). Mais pour l’instant, non, vraiment, it is ALL about the he says / she says bullshit.

Ce qui faisait vivre le mouvement, c’est son absence pas forcément de sens mais de raison d'être, sa pureté dans la caractérisation de l’Angst de l’ado moyen, son expression de la colère sans but (les soudaines éruptions de disto, les passages du chant au cri guttural…) Donc forcément, dès que la jeunesse trouve un sens à sa vie, tout négatif qu’il soit, il était logique que le mouvement se délite.



(Bon il y a aussi l’Hybris de laisser Limp Bizkit écrire la musique de mission impossible 2 – excusez-moi, c’est vrai : « M:I-2 » - la boys-bandisation ressentie par les fans lors de l’arrivée de Linkin Park qui plait à leur sœur voir à leur mère, la corrosion du mouvement par des groupe virant plus vers le post-grunge (Staind, Nickelback etc…) et qui dévoreront la fan base sans jamais recevoir de validation critique2)

Mais pourtant, aucune musique ne se prête mieux, encore aujourd’hui, à la colère vaine. La majorité des chansons dont je vais vous causer, j’ai continué à les écouter au cours des 20 dernières années, souvent parce que j’avais envie de me marrer. Mais la vie n’est pas toujours facile et c’est pas parce qu’on est plus un ado qu’on se retrouve pas parfois (voire souvent) empli d’une colère qui n’a aucun exutoire désigné. Juste une masse d’énergie extraordinaire distillée à coup de « Nique ta mère l’univers » et de « Va te faire foutre 2020 ». Et franchement ? L’arrogance de Limp Bizkit, l’auto-détestation de KoRn, la puissance bruitiste de Slipknot ou la pure beauté de ce que Deftones était foutu de faire, tout cela refait sens.

Donc suivez moi, pour quelques instants, alors que j'essaie de vous convaincre que tout n'est pas à jeter, loin de là.


Allez, d'ici, pour vous faire patienter, et parce que le fait que ce morceau n'est pas utilisé dans toutes les bande-annonces du monde étant la principale raison pour laquelle j'aurais tendance à sélectionner "Blind" de KoRn, autant vous offrir cette pépite. Les vrais sauront / comprendront / reconnaîtront.

1(Si vous les croisez rappelez leur que les seuls qui ont rempli ce critère dans des conditions d’inspiration de type Bush + Guerre en Irak, c’est Green Day)
2 Votre serviteur aime bien « How you remind me ». Voilà c’est dit.

dimanche 10 mars 2019

Dizaine des Blogueurs #6

Cet article est publié dans le cadre de la dizaine des blogueurs, initiée par El Norton de Last Stop ? This Blog ! et Alexandre et Etienne de La Pop D’Alexandre et Etienne.
Dix Jours, Six Articles, Six Chansons. La liste des participants ICI.
(Après je dois aussi avouer que j'en aurais pas entendu parler sans Xavier...)


 La chanson associée à un voyage inoubliable. 

Ah… Ah j’aimerais pouvoir me la péter à vous parler d’un truc super classe dans un pays lointain, mais je dois bien avouer que, de toutes les catégories, celle-ci est celle pour laquelle j’ai eu le moins à réfléchir, tant la chanson à retenir s’est imposée à mon esprit.

Bienvenue dans « Pourquoi Bon Jovi me fait penser à ma femme, du whisky et South Park en même temps ».

C’est le mois d’Avril 2016 et je viens de me marier. Ma chère et tendre (désormais ma femme) et moi sommes partis en Ecosse pour célébrer nos noces. L’île de Skye, pour être précis. Parce que c’est joli, mais aussi (bonus), l’île où est distillé mon Whisky préféré (j’ai une préférence pour les whiskies tourbés).


Suite à une embrouille à l’aéroport de Glasgow, nous sommes au volant d’une véhicule qui n’est clairement pas fait pour les routes écossaises (on parle d’un pays où l’autoroute est une 2 x 1 voie coincés entre une colline et un lac) et madame essaye de gérer le Kadjar pendant que je gère la musique. Faute d’internet, on gère comme on peut, est on se satisfait de ce qui est présent sur la mémoire de mon téléphone.

Ta - Daaahhhh!!!


Peut-être est-ce parce que j’ai vu ce cher bon Thomas il y a quelques jours (lequel aurait dû être mon témoin s’il n’avait pas été incapable de retrouver sa carte d’identité), mais j’ai donc – logique – These Days (l’album) de ce cher Jon Bon Jovi dans le téléphone. J’en entend rire dans le fond, mais faisons simple : cet album, et plus particulièrement son quatuor d’ouverture, titille la perfection. Vraiment. Pas au second degré. Vraiment.
Et là vous vous dites : l’écosse, ok. Bon Jovi, ok. Où arrive South Park, me demanderez-vous ? Faisons-la en deux temps.
Le refrain de « Something for the pain », second titre de l’album, est tout simplement « Gimme something for the pain / Gimme something for the blues » (C’est une très bonne chanson, où Jon se rend compte avant l’heure qu’à l’instar d’un Weezer pas encore existant, il faut qu’il lui arrive des merdes pour être vraiment inspiré, et réclame des malheurs). Le « hook » final est donc Jon qui gueule GIMME !!…. Something for the Pain… GIMME !! Something for the blues.

Les fans de South Park l’ont déjà compris :



Voilà : outre la visite de la distillerie Talisker, outre les paysages merveilleux de l’Ecosse sauvage, le saumon frais, la vérité simple et crue est que le souvenir le plus marquant de mon voyage de noces est d’être mort de rire dans la voiture à gueuler « Timmy !!! » au bon moment, écoutant Bon Jovi, sur le chemin nous ramenant vers l’aéroport. Bizarrement c’est un cumul de trucs absurdes qui, à mes yeux, nous résument bien.




Merci à tous de m’avoir lu pendant cette dizaine, merci aux organisateurs (c’est marrant, hein, sous la contrainte, j’arrive à écrire – je suis le premier surpris), et à bientôt (j'espère)!

vendredi 8 mars 2019

Dizaine des Blogueurs #5

Cet article est publié dans le cadre de la dizaine des blogueurs, initiée par El Norton de Last Stop ? This Blog ! et Alexandre et Etienne de La Pop D’Alexandre et Etienne.
Dix Jours, Six Articles, Six Chansons. La liste des participants ICI.
(Après je dois aussi avouer que j'en aurais pas entendu parler sans Xavier...)




La chanson qui met des frissons dans le dos.

Me connaissant, il va que la chanson « qui provoque des frissons », forcément, c’est une chanson qui va crescendo. Donc, très probablement, une chanson longue. (Cela va de soi, un crescendo rapide, c’est plus décevant, ça paye trop vite)
Alors il pourrait y en avoir beaucoup qui tiennent cette description, , on aurait pu prendre un des classiques (Un Led Zep, un Free Bird), une plus personnelle (« I know it’s over » des Smiths, « Rebellion (Lies) » d’Arcade Fire, ou un autre morceau larmoyant tourbillonnant comme j’en aime temps mais si peu me viennent à l’esprit dans l’instant…)

Mais le morceau à frisson, comme le morceau à crescendo, à emballement, a un maître. Un maître que j’ai eu la chance de voir à l’œuvre, pire encore, de découvrir à l’œuvre en vrai.

I am Glowing / Look at me now!

Si vous remontez les articles de ce blog, vous verrez que, parmi les quelques que j’ai rapatriés de l’ancien, on trouve mon compte-rendu du live de Nick Cave au Trianon en Février 2013. C’était la petite tournée promo de l’album « Push the sky away », avec chœur d’enfants, album joué en intégralité dans l’ordre pour ouvrir et  best of derrière pour la bonne bouche. Et j’avais fait le non-effort de ne pas écouter l’album avant d’y aller, pour le découvrir « dons son jus ».
Si j’en parle et si vous connaissez l’œuvre du gars, vous savez déjà quels sont les deux mots qui vont tomber dans un instant.

Jubilee Street.

Bien sur cette chanson couvre la plupart des bases évoquées plus tôt. En plus de cela, elle prendre une grandeur, supplémentaire en live, une envolée plus marquée, plus loin plus haut plus fort.
Mais par delà ça… On en a combien, des artistes foutus de sortir une chanson qui devient un « instant classic », après 30 ans de carrière ? (Commentaire valable aussi pour l’album dont elle est tirée en fait).

Si ce titre me fait frissonner, ce n’est pas seulement parce qu’il utilise toutes les ficelles qui peuvent m’arracher des frissons. C’est aussi parce que je ne peux pas l’écouter sans me sentir si chanceux que cette chanson ait croisé mon chemin. Que j’aie (enfin) découvert Nick Cave avant qu’elle sorte, et que lui ait encore été capable de sortir des trucs à pareils à ce moment.
Combien d’artiste ai-je découvert trop tard ? Combien de mes préférés étaient déjà séparés, morts, ou artistiquement à sec quand leur œuvre a atteint mes oreilles ? Que l’un d’entre eux, seulement un, puisse tout à la fois avec la crédibilité d’années de carrière et des chefs-d’œuvre dans sa besace pour que je me penche sur lui, et qu’il soit encore capable de m’offrir plus encore… et que j’y assiste pour la première fois en live, en plus ! Le frisson de cet instant, c’est lui, qui lance encore ses vagues résiduelles, à chaque écoute de ce titre. Tout simplement.






mercredi 6 mars 2019

Dizaine des Blogueurs #4


Cet article est publié dans le cadre de la dizaine des blogueurs, initiée par El Norton de Last Stop ? This Blog ! et Alexandre et Etienne de La Pop D’Alexandre et Etienne.
Dix Jours, Six Articles, Six Chansons. La liste des participants ICI.
(Après je dois aussi avouer que j'en aurais pas entendu parler sans Xavier...)

 La chanson déclic, qui nous a permis de découvrir un nouvel univers musical

De toutes les catégories du challenge, celle-ci est la plus aisée. Et ceux qui me connaissent savent déjà quelle chanson va être postée à la fin de ce paragraphe. Et savent déjà ce que je vais raconter. Mais c’est pas grave il y a peut-être des nouveaux, faites place, tonton Guic’ va vous raconter une histoire.

Au printemps 1999, j’étais pas un « précurseur » en musique. J’empruntais des disques à mes potes, et comme évoqué il y a quelques jours, on était en pleine vague néo-métal et mes potes c’étaient des vrais : Korn, Slipknot, bref, la musique était à la fois un défouloir et une façon de me rebeller contre mes parents en les faisant bien chier et sans avoir conscience du cliché absolu que c’est. (Pourtant j’étais un grand sensible, hein, parce qu’à part Wait & Bleed l’album de Slipknot me foutait plus mal à l’aise qu’autre chose).

Mais de l’autre côté du couloir, ma sœur, de 5 ans mon ainée, avait, elle, vécu le pinacle rock de 1994 – 1996 (avant de chuter dans les bas fonds U2esques). Entre autres elle avait un album où je retrouvais de la colère et de la disto, des batteries bien lourdes qui me plaisaient, copié sur une cassette. Le sixième titre de la face 1 sonnait familier et je l’aimais beaucoup – c’est toujours le cas, hein. Mais… bordel cette plage 2.

Tonight, tonight, titre d’ouverture (après l‘instrumental d’intro) de l’album Mellon Collie and the Infinite Sadness des Smashing Pumpkins, est la chanson la plus importante que j’aie rencontré dans ma vie.

TOUT. SIMPLEMENT.

Un groupe qui avait déjà acquis mon appréciation par sa lourdeur, sa colère, sa violence, tout autant capable de sortir une ballade mélancolique et lumineuse, pleine d’envolées de cordes, de murmure –non suivis de cri- et remplie d’espoir et de positivité.

Le déclic, ici, il ne m’a pas ouvert un univers musical, il m’a ouvert l’Univers de la Musique.
Si cette chanson n’avait pas croisé mon chemin, je n’aurais probablement pas emprunté le double bleu des Beatles à ma mère, pas commencé à remonter le fil pour le redescendre depuis la porte d’à côté. Ce pied dans la porte, il m’a apporté tant. Fort possible que sans cette chanson, j’aurais continué à aimer un disque de-ci de-là, mais je n’aurais pas commencé à chercher tel ou tel album sur la base de son histoire, de sa réputation, de son aura. J’aurais écouté des chansons, voire des disques, pour sûr. Mais je ne me serais pas intéressé à la musique.


Corgan peut bien raconter ce qu’il veut, acheter des ligues de catch et vendre du thé, insulter des journalistes de NBC et poser avec ses chats en couverture de Paws Magazine, j’ai, pour toujours, une dette envers lui. Merci William.


(En plus ce clip il a trop la classe - contrairement à Billy avec des cheveux)