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vendredi 24 juillet 2020

C'est pas parce que c'est nouveau que c'est un progrès, c'est pas parce que c'est néo que c'est de la merde


Le lien qu’on entretient à la musique de notre adolescence est toujours un peu bizarre, mais forcément formateur. Et pour le coup, par musique de notre adolescence, je ne parle pas forcément de la musique qu’on écoute à ce moment-là, mais de celle qui est publiée à ce moment – celle qu’on aime comme celle qu’on hait.
Mais permettez-moi de repasser au singulier et d’ainsi cesser la mascarade de la généralisation : l’adolescence dont on va causer c’est la mienne (surprenant). J’ai eu 15 ans en l’an 2000. Et quel était le courant musical dominant le Rock au tournant du millénaire ?
Eh oui mes amis : on va causer néo-métal aujourd’hui.



On peut grosso modo-considérer que 1999 à 2001 constitue l’apogée du mouvement néo-métal : KoRn (bordel a va me saouler de l’écrire comme ça tout un article) a sorti 4 albums en 5 ans qui sont tous des succès, Deftones et Limp Bizkit sont entre leurs 2eme et 3eme albums, System of a Down et Slipknot entre leurs premiers et seconds, et Linkin Park va débarquer en 2001…
De fait, pendant ces années-là, mes potes amateurs de métal, c’est ce qu’ils écoutaient (résultat je connais des noms de groupe genre Kittie ou Snot). C’était ça, le métal pour moi. Que Metallica, ma grande sœur écoutait, alors la « violence » de truc je ne la voyais pas vraiment. (C’est un peu de la même manière que la première fois que j’ai écouté Iron Maiden j’ai extrêmement été perturbé par le fait que leur imagerie me semblait beaucoup plus bourrine que leur musique.
Et on peut s’amuser à minimiser l’importance de ce mouvement mais le fait est qu’à l’époque c’est probablement le mouvement rock le plus mainstream (exception faite de Radiohead et ses clones émergeants : Muse, Coldplay, Travis, U2…) sinon pourquoi serait-ce celui dont j’ai entendu parler ? En 2001, les extraits de Toxicity trustent le classement des auditeurs tous les soirs sur Ouï FM, Limp Bizkit fournit le titre phare d’un blockbuster avec Tom Cruise, les clips de tous tournent en boucle sur MTV et trustent les classements pour lesquels le public vote.


Viens, je t'emmène, derrière le miroir, de l'autre côté...


Pourtant dans la grande histoire du Rock il est sûr que le mouvement ne sera probablement pas listé. Même pas comme une erreur qu’un revival garage serait venu résoudre (à l’image de la légende voulant que les Punks aient sauvé le monde du Prog) (Et puis on va pas causer Punk à Roulettes à la place non plus). Non, le tournant du siècle se sera fait en silence, entre une Britpop tuée en 1997/98 et un revival Garage de 2001/02 salutaire.

Pourquoi ? Les raisons sont nombreuses (oui, la honte des gens d’avoir trouvé ce genre crédible pour un instant, non, la honte seule n’explique pas tout). Déjà, c’est difficile à expliquer : le « mouvement » est fait de groupes qui n’ont pas grand-chose à voir musicalement. Que KoRn et Limp Bizkit fassent partie du même mouvement déroute. Et ce sont les têtes d’affiche du genre : c’est pire encore si on va creuser dans les coins, genre (hed)pe, les débuts de Kid Rock (eh oui) ou pire encore, les groupes français du mouvement.
A l’opposé, pourtant définir la sortie du premier album de KoRn comme l’acte de naissance du mouvement tout entier ne soulèvera aucun débat. Son acte de décès? Discutable, mais on y vient.
Et la difficulté de définition de ce qu’est le néo-métal vient aussi de ses influences principales, une longue lignée de mouvement mal nommés regroupant des groupes n’ayant rien à voir entre eux, dont l’apogée est évidement l ‘utilisation du terme « Fusion » au début des années 90. Fusion oui, mais jamais de la même chose, terme chapeau permettant de mettre dans le même sac Rage Against the Machine (dont le bassiste s’est excusé pour avoir inspiré Limp Bizkit en 2015), Faith No More ou même les Red Hot Chili Peppers.



On résume souvent le néo-métal à une fusion Rap / Métal. Mais l’ensemble du mouvement couvre un spectre complexe, lié à :
  •          Où on met le curseur en termes de rap. Je cause de quantité, hein : Est-ce qu’on rape les couplets entiers, ou tout le titre, ou en fait c’est plus de Sprechtgesangt sans vraiment être du rap, est-ce qu’on empreinte d’autres éléments à la culture hip-hop (scratches, boucles…)
  •           Quel type de métal on joue ? On fait juste du lourd et grave (KoRn), on part sur du sautillant foufou (Snot, sorte de Primus néo-métal), Du Agressif mais pas trop heavy (Lip Bizkit), on se prend pour My Bloody Valentine mais avec de la disto (Deftones) ou juste en fait on va pas vraiment faire du métal ce qui fait qu’en fait techniquement on fait du rap mais comme il est pas très bon et puis on est blancs donc on va dire c’est du néo-métal (Butterfly par Crazy Town) ?

(Ces points méritent une étude plus approfondie que, cela va de soi, je ne ménerai pas, par flemme et manque de connaissances). Alors forcément, en visant suffisamment large comme ça, on est sur que chacun va s’y retrouver d’une façon ou d’une autre et tomber sur au moins un groupe dans le mouvement entier que tu vas aimer (Si tu aimes Jésus, il y a P.O.D., si tu aimes Satan, Slipknot aime les chèvres et les pentacles).
Sérieux, au pire du pire on a bien une reprise que tu vas kiffer.

Et du coup pourquoi ça a marché ? Il y a une vision un brin cynique que je peux comprendre sans la partager à 100 % qui constituerai à dire qu’en mélangeant les deux musiques qui inquiètent le plus les parents tu peux marketer la rébellion ultime. Sauf que la rébellion ultime qui terrifie les parents, entre 1994 et 1999 disons, elle est clairement trustée, symboliquement, par le seul Marilyn Manson.
Non, le point commun de tous ces groupes, et qui fait qu’il leur a permis de causer aux jeunes blancs de la classe moyenne de la fin des années 90 (moi compris, évidement) c’est la colère. Vaine. Mais la colère quand même. Le mouvement néo-métal est un mouvement entier de groupes qui sont tous en colère, mais ne sont d’accord ni sur pourquoi ni sur contre qui

Ma théorie là c’est : vous les connaissez les cons qui, à l’élection de Trump par exemple, ont eu comme réaction « Ah bah c’est bien triste mais tu sais quoi ? Ca va faire qu’on va avoir du bon Art du coup. Je suis sur le Punk va renaître dans toute sa splendeur parce que là ça suffit, ou là là. »1

Il s’avère que l’Amérique de la fin des années 90 c’est quasiment l’opposé total. (Pour les blancs de la classe moyenne il va de soi). La seule guerre que mène le pays est totalement justifiée, l’économie va bien (pour l’instant), le plus gros problème du moment c’est de discuter d’où Clinton a mis son saxophone. La France c’est pareil. On nous a annulé le service militaire, on nous crée les RTT, on est champions du monde, grosso modo ça va.
Mais vous savez quoi ? être un adolescent c’est chiant. C’est nul. Quelle que soit l'époque, quel que soit le lieu. C'est comme ça. Et c'est rageant. Mais au moins si la société partait en couille on pourrait aller manifester, donner un sens à notre colère. (Ça va arriver, attendez une paire d’années, hein). Mais pour l’instant, non, vraiment, it is ALL about the he says / she says bullshit.

Ce qui faisait vivre le mouvement, c’est son absence pas forcément de sens mais de raison d'être, sa pureté dans la caractérisation de l’Angst de l’ado moyen, son expression de la colère sans but (les soudaines éruptions de disto, les passages du chant au cri guttural…) Donc forcément, dès que la jeunesse trouve un sens à sa vie, tout négatif qu’il soit, il était logique que le mouvement se délite.



(Bon il y a aussi l’Hybris de laisser Limp Bizkit écrire la musique de mission impossible 2 – excusez-moi, c’est vrai : « M:I-2 » - la boys-bandisation ressentie par les fans lors de l’arrivée de Linkin Park qui plait à leur sœur voir à leur mère, la corrosion du mouvement par des groupe virant plus vers le post-grunge (Staind, Nickelback etc…) et qui dévoreront la fan base sans jamais recevoir de validation critique2)

Mais pourtant, aucune musique ne se prête mieux, encore aujourd’hui, à la colère vaine. La majorité des chansons dont je vais vous causer, j’ai continué à les écouter au cours des 20 dernières années, souvent parce que j’avais envie de me marrer. Mais la vie n’est pas toujours facile et c’est pas parce qu’on est plus un ado qu’on se retrouve pas parfois (voire souvent) empli d’une colère qui n’a aucun exutoire désigné. Juste une masse d’énergie extraordinaire distillée à coup de « Nique ta mère l’univers » et de « Va te faire foutre 2020 ». Et franchement ? L’arrogance de Limp Bizkit, l’auto-détestation de KoRn, la puissance bruitiste de Slipknot ou la pure beauté de ce que Deftones était foutu de faire, tout cela refait sens.

Donc suivez moi, pour quelques instants, alors que j'essaie de vous convaincre que tout n'est pas à jeter, loin de là.


Allez, d'ici, pour vous faire patienter, et parce que le fait que ce morceau n'est pas utilisé dans toutes les bande-annonces du monde étant la principale raison pour laquelle j'aurais tendance à sélectionner "Blind" de KoRn, autant vous offrir cette pépite. Les vrais sauront / comprendront / reconnaîtront.

1(Si vous les croisez rappelez leur que les seuls qui ont rempli ce critère dans des conditions d’inspiration de type Bush + Guerre en Irak, c’est Green Day)
2 Votre serviteur aime bien « How you remind me ». Voilà c’est dit.

mercredi 23 août 2017

P*tain, 105.

 Quand même, j’aimerais bien me remettre au blog, et tout…
-          Eh ben remets-y toi. Ecris un peu, publie des trucs. T’as toujours des théories dont tu me fais part, essaye de les mettre sur le papier, un peu.
-          Oui, mais je suis pas inspiré… Chaque fois que j’ai essayé de me remettre à écrire, des que je fais une pause, quand je relis ce que j’ai déjà tapé, je trouve ça nul…
-          Et ? Corrige le, redémarre, je sais pas. Et puis aussi, arrête de te mettre la pression à tenter des trucs trop lourds pour toi.
-          Comme ?
-          Ben à chaque fois que tu t’es vraiment mis à réécrire, tu te lançais dans des projets pas possible, à absolument vouloir en avoir genre 10 sous le coude avant de faire quoi que ce soit…
-          Ben oui, mais je vais pas annoncer une méga série si je sais que je vais pas tenir le coup
-          Mais qu’est ce que tu t’en fous de l’annoncer, même. T’as rien écrit en 4 ans, tu crois vraiment que c’est si important que ça de faire les choses bien ?
-          Alors, déjà, c’est pas vrai, j’ai publié un truc il y a moins de deux ans, ensuite… J’ai pas envie de publier un truc qui va pas être aimé.
-          Oh putain, monsieur à de l’égo à revendre. De deux choses l’une. Soit les gens te lisaient pas et te liront pas. Soit les gens te lisaient sont là et te liront soit non. Mais si tu leur dit que tu reviens ET QUE TU REVIENS (ne mens pas, je suis sur que tu as déjà fait du teasing à certains de tes lecteurs sans jamais vraiment le faire. Du set-up, du set-up, jamais de payoff. Comme Steven Moffat...
-          Comment oses-tu ?!
-          Ben j’ose parce que c’est vrai. Toi et ton blog ces dernières années, c’est autant de Name of the Doctor.
-          Je… Je n’ai pas les mots.
-          C’est parce que tu sais que j’ai raison. Tu sais quoi ? Tu veux écrire ? Ecris. Mais arrête de penser à écrire.
-          OK, OK, Mais sur quoi ?
-          Mais ce que tu veux. Tu t’es quasiment toujours limité à la musique. Juste écris, sur ce que tu veux, ou même sur rien. Et publie si tu veux, publie pas si tu veux pas. Juste gratte des trucs. De toutes façons, tu pourras pas t’empêcher de publier, t’as jamais écrit pour le plaisir d’écrire. T’écris parce que t’aimes faire marrer les gens et que ça lance des discussions que tu aimes avoir… Et aussi parce que tu t’emmerdais à ton boulot, je crois ? T’as arrêté d’écrire parce que t’avais plus de débats sans fin dans les commentaires, ni chez toi, ni chez les autres.
-          Oui, et puis surtout, j’arrive pas à retrouver ma verve des temps anciens.
-          Justement.
-          Justement quoi ?
-          Ta verve des temps anciens. Je pense que tout à la fois t’as pas conscience que ta verve était probablement pas aussi géniale que tu ne crois t’en souvenir, et que les temps anciens sont plus anciens que tu ne le pense. Genre, va jeter un œil au dernier article dont t’es fier dans ta tête, va le lire. Dis moi quel âge il a et ce que tu en penses à la relecture.

(…)
(C’est pour marquer une ellipse genre il se passe des trucs)
(Mais vous le saviez probablement)
(…)

Le roi, préparant probablement l'épisode qui n'expliquera rien du cliffhanger de l'épisode précédent. (Et surtout pas comment il s'échappe du timestream)

-          Ok. 7 ans et Joker.
-          Tu vois ?
-          Donc tu penses que…
Je pense que tu pourras probablement pas écrire mieux que ce que tu croyais avoir écrit. Mais probablement pas pire que ce que tu as écrit de par le passé non plus. N’oublie pas qu’un jour tu as publié un article parlant de « Marc Bolan de Roxy Music ». Tout ce que tu as à faire c’est d’arrêter d’essayer de publier un truc quand tu le juges « parfait ». Parce que ton parfait est très relatif, tu vois… Juste… te remettre dans le bain. Tu devrais bien à un moment trouver un truc pour t’inspirer. Et puis il est possible que t’aies rien écrit ces dernières années parce que t’as quasiment rien écouté de neuf ces dernières années.
Non, c’est pas vrai, j’ai écouté plein de trucs !
Ok. Si tu veux. Mais avoue un truc : Les Ty Segall et autres Warm Soda, t’as beau les apprécier, ils ne t’inspirent pas. C’est tout. Oui c’est super cool à voir en concert et il y a des bons titres, mais est-ce que ça t’as vraiment touché, fait ressentir un truc pour de vrai tout ça ? Qu’est ce qui t’as touché ces derniers années comme musique (vu que t’as l’air d’insister à t’en tenir à la musique…) ?
-          Ces dernières années… hum… Hey !
-          Quoi ?
-          Je viens de penser à un truc.
-          A quoi ?
-          Bon, écoute. Tu dis que j’ai rien écouté ces dernières années. C’est pas faux.  Du coup, peut-être faudrait-il que je rattrape ces… disons dix dernières années ?
-          Pourquoi dix ? A quoi tu penses ? Je sens que…
-          Et Thomas vient de finir de publier son top 100 des albums des dix dernières années, et du coup je pourrais les écouter et écrire dessus pour me donner un contexte… Ecrire pour écrire.
-          Ah, donc on repart sur l’idée d’une série que tu vas pas publier avant d’en avoir dix-huit sous le coude, un carcan que tu vas te coller et qui va te rendre malheureux en dix secondes et que tu vas laisser tomber aussitôt ?
-          Mais pourquoi cette négativité ?
-          Parce que t’as déjà perdu du temps à faire des listes et tout… T’en fais pas, je vois totalement le côté positif et inspirant du truc : ça va te forcer à écouter des trucs que t’aurais probablement jamais écouté autrement. Si tu prends la liste dans son ordre (donc à rebours), normalement tu devrais passer ton temps à découvrir des trucs de mieux en mieux. Et puis la liste est un top, donc t’auras pas à subir d’horreurs normalement.  T’as juste intérêt à t’y tenir, et à pas lâcher, et… Attends pas d’en avoir dix pour publier.
-          Et puis au moins cette fois je vais pas bloquer comme un con parce que je dois critiquer un album de Damien Saez.
-          Parce que dans tes concepts à la con d’avant…
-          Yep.
-          OK. Prévois des projets long terme si tu veux, mais n’en prépare plus jamais les listes toi-même.

mardi 18 octobre 2011

Esprit adolescent, lithium ou quelque chose dans le chemin... toutes mes excuses, mais ça pue un peu au royaume du Rock

Après deux semaines à ce qu’on nous rappelle à quel point Nirvana fut un grand groupe et Nevermind un grand album… Je dois vous l’avouer, je n’en peux plus. Ca me plombe le moral totalement. Ce qui est normal, cela dit, on parle tout de même de Nirvana… Dont il faudrait, peut-être enfin, remettre en question les conséquences néfastes.


Houlà, houlà, stop, je m’engage dans un chemin dangereux – Nirvana faisant partie de ces groupes qui ont changé des vies et modelé des destinées, je ne voudrais blesser personne (et cela, je le pense sincèrement) c’est pourquoi, afin de ne pas être accusé de crime de lèse-macchabée alors que j’ai tapé à peine cinq lignes, il me semble indispensable de préciser quelques points.

Parenthèse – Préambule :

  1. Cet article ne se veut en rien une critique négative de l’œuvre musicale de Nirvana. Pour ceux qu’un tel article intéresserait, je vous invite à aller lorgner là
  2. Cet article ne se veut en aucun être un manifeste de révisionnisme musicale visant à minimiser l’importance qu’a pu avoir le trio d’Aberdeen entre fin 1991 et début 1995.
  3. Cet article adopte l’hypothèse selon laquelle la mort de Kurt Cobain n’est aucunement au centre d’un complot d’Etat. (Comprendre par  là : de l’Etat de Washington)
  4. Cet article ne se veut en aucun cas une chronique au sujet de la réédition – remasterisation de l’album au centre de tous les débats ces derniers temps.


-          Rha, encore Nirvana… Commencent à faire chier avec la réédition de Nevermind.

-          Ben tu voudrais entendre parler de quoi à la place ? L’affaire Karachi ? Les primaires socialistes ? La défaite face aux Tonga ?1

-          Non, je sais pas… Les rééditions de Pink Floyd ? Non, même, plus osé encore : entendre parler d’un groupe qui était encore en activité il y a moins de 15 ans, tiens, voilà qui serait audacieux.

-          Mais merde, d’un autre côté, tu devrais te réjouir d’entendre du Nirvana à la radio, toi qui rale tout le temps que tu supportes pas ce qui passe…

-          Youpi, entendre Come as you are version unplugged pour la six millième fois de ma vie…

-          Mais merde, t’aimes bien Nirvana pourtant.

-          Leur musique, oui. C’est plutôt le mythe qui me gonfle.

-          Attends, ils le méritent le mythe… C’était un groupe super important, et puis voilà, quoi, Cobain, le « club des 27 », bon, ok, ils nous ont gonflé avec leur club ces derniers temps mais bon…

-          Surtout que Cobain, lui-même, déjà, a rien à y foutre.

-          De quoi ?

-          Ben oui. Le club des 27, ils sont 4 dedans, ils resteront pour toujours 4. Tu peux pas chercher des concepts symboliques et en faire n’importe quoi derrière,  bordel. Ils sont 4 (Jones, Hendrix, Joplin, Morrison), morts d’overdose ou assimilé, en l’espace de 2 ans exactement, marquant ainsi la fin du rêve hippie et délimitant par la même ses limites (et rappelant les limites du corps humain, aussi, un peu.) Tout le monde sait ça, tout le monde s’accorde là-dessus. Cobain, lui, tous 27 ans qu’il ait pu avoir lors de son décès, sa mort n’a jamais marqué que la fin de son groupe. Celle du Grunge, de façon toute symbolique (celle de l’engouement mondial pour le grunge, en fait), et surtout, et j’ai presque l’impression que tout le monde l’a oublié : il a choisi de mourir. Alors le concept de malédiction rock n’ roll dans de telles circonstances, très peu pour moi.

-          OK, bon, pas sur ce point « mythologique », mais tu peux pas nier que Nirvana ça a été un groupe super important dans l’histoire du rock.

-          Oui. Bien sur. Genre de dernier sursaut avant l’agonie tu vas me dire ?

-          Si tu veux…

-          Mais bizarrement, ce qui m’intrigue c’est que j’ai vachement l’impression que Nirvana, au contraire, c’est le début de l’agonie… Déjà, au niveau même du Grunge, ils ont un côté « arbre qui cache la forêt… » Je sais pas, J’ai un mal fou à retrouver un autre mouvement du rock où un groupe a à ce point vampirisé l’attention des gens.Certes, des groupes comme les Beatles, les Pistols, ont parfois été plus en avant que les autres, mais tu avais toujours un pendant direct, et quelques groupes derrière, pas forcément anecdotiques d’ailleurs, mais là, et en particulier en dehors des frontières ricaines, Pearl Jam, Alice in Chains ou Mudhoney… J’ai souvent l’impression que c’est rétroactivement qu’on les a redécouverts et estimés à leur juste valeur. Et pour moi, Nirvana brouille l’équation pour plusieurs raisons : ça a été le groupe le plus mis en avant, sans non plus être vraiment le plus représentatif, et avec, en plus de ça, un héritage discutable…Parce que si tu regardes en arrière, tu réalise que chaque mouvement  adirectement influencé celui qui a atteint son pic  dans les .. 5 ans qui suivent. Avec Nirvana, rien de cela (à moins que tu viennes me dire que l’héritage de Nirvana c’est… le néo-métal.), voire pire : 5 ans plus tard, le rock est cliniquement mort, et l’album de l’année de Rock & Folk est un album des Chemical Brothers.

-          Tu peux pas non plus les accuser d’un vieillissement qui était logique, et puis, il a bien retrouvé des couleurs derrière, le rock… même dans l’après direct : Oasis, Radiohead… Ouais, ils sont anglais, mais bon…

-          Ouais, mais tous ces groupes, et c’est une évidence concernant Oasis, mais aussi, plus tardivement, les Libertines, White Stripes ou Strokes on été fouiller dans un héritage beaucoup plus ancien, dans les 60’s / 70’s… Des fois, j’ai l’impression que Nirvana ça a été pour beaucoup de groupe le déclic qui leur a donné envie de faire de la musique, mais que c’est pas un groupe qui les a inspirés plus que ça… C’est logique cela dit, le Grunge était un tel cuumul d’influecnes des générations précédentes, que derrière, il est extrêment difficile de s’inspirer sans tomber dans le pastiche, qu’on appellera Nickelback. Alors ils ont tous été plus ou moins obligés de diluer le bouillon, et de repartir de plus haut, en se focalisant sur un truc parmi la foultitude d’influences. Enfin bon, je sais pas trop, je me paume un peu dans mon propre raisonnement pour tout dire…

-          Mais donc, au final, tu leur reproches quoi ?

-          Je leur reproche un truc un peu con… Et assez égoïste. Je leur reproche d’avoir faussé la notion de « Rock, musique de l’adolescence ». Comprends-moi : je suis fan d’Oasis, des Libertines, des Smashing Pumpkins. Quand tu te retrouves dans une sorte de joute orale avec des fans de Rock, il est assez fréquent, en particulier au sujet des groupes pré-cités que tu te prennes dans la gueule un « ouais, t’aimes bien parce que ça te rappelle ton adolescence ». Ce qui est, finalement, l’argument le plus con de l’histoire. Surtout venant de gens qui vont te parler de vieux rock (Elvis, Sex Pistols, peu importe) comme portant en soi « les frustrations / la rage / la vigueur de l’adolescence » Comme si au final, le fait d’avoir eu l’âge idéal pour être touché par telle ou telle musique quand je l’ai découverte me dédouanait d’avoir à trouver des raisons objectives à leur qualité, certes, mais aussi me privait de tout sens commun, et m’interdisait par conséquent d’avoir une appréciation esthétique du truc
 .
-          Ouais, mais… Qu’est-ce que Nirvana a à foutre dans cette histoire ?




...Ou Julien Doré. Cette citation est tellement con que ca peut être n'importe qui.



-          Ben… je pense que Nirvana a joué un rôle énorme dans la définition de l’adolescence Rock n’ Roll… pour ceux qui étaient ados à l’époque, ou qui ne l’étaient déjà plus, mais qui ont aimé ce groupe au moment ou il existait encore. Le Rock n’Roll en quelque sorte, c’est la musique des rêves. C’est pour cela que c’est un truc très américain (le Rock n’ Roll – les anglais sont plus de fabuleux popeux), avec ce côté « quand on veut, on peut », un peu couillu,  tout ça, tu vois. S’il a cristallisé tous les espoirs d’une jeunesse en révolte contre ses parents, c’est que le Rock n’ Roll célébrait le fait de se taper des gonzesses et de conduire de belles bagnoles, pas parce qu’il te parlait de conflit de génération et du drame qu’était la guerre de Corée – m’emmerde pas sur la chronologie, c’est un exemple. L’adolescence c’est le moment des grands élans charismatiques, le moment ou tu te passionnes pour de grandes choses, idées, livres, philo, c’est le moment ou tu vois le monde comme un tout dont tu fais partie, pas encore comme le truc qui t’entoure et te fais chier, et ce, alors que tu dépends à près de 200 % de tes parents. Tu as envie de faire la révolution, mais à 20 h tu es rentré à la maison parce que c’est l’heure du diner. Voilà, en gros, le grand paradoxe de l’adolescence. Alors quand le Rock n’ Roll arrive et te parle de liberté, de grands espaces et de filles faciles, tu signes des deux mains, même si en fait tu vas écouter ça enfermé dans ta chambre parce que t’as pas eu le droit d’aller au concert. C’est ça la beauté du Rock n’ Roll : dans cette période où tu n’es pas encore résigné à la vie que tu vas te trainer derrière, dans cet instant où tu t’imagines que les choses changeront en mieux, c’est le catalyseur de tes rêves, c’est tout simplement ton dealer d’espoir. Evidement, c’est un rideau de fumée, la vie n’est jamais aussi géniale que celle que te vendent les rockstars – même pour les rockstars. Mais voilà, le Rock, c’est l’espoir de sortir un jour de ta chambre pour voir autre chose. Nirvana, c’est l’art de chanter à quel point on se fait chier dans sa chambre… et c’est tout.

-          Ouais mais bon, les punks aussi ils chantaient plus ou moins sur ce sujet là… Comment c’est chiant de vivre dans une banlieue pourrie en période de chômage…

-          Sauf que l’espoir était encore vif : « I don’t know what I want, but I know how to get it ». Et puis, il y a une rage, une volonté que ça change.  Chez les Smiths, c’est un peu pareil, mais il reste une sorte de volonté de lutter contre, via le sarcasme. Chez Nirvana, non, juste l’état de fait, sans espoir, ni rien. Tout le monde se réjouit que l’arrivée de Nirvana ait mis fin à une hégémonie du Hard FM sur le Rock à la fin des années 80 (et encore… en dehors des US, pas sur que ça avait tellement de succès par rapport à U2 par exemple)… Mais au moins, ça, c’était ce genre de vrai Rock n’ roll, un truc totalement fantasmatique qui te parle de belles bagnoles, de gonzesses, de seaux de coke, le rock n’ roll 50’s avec l’overdrive poussé à 11. Et le public de se taper des grosses doses de Bovarysme Rock n’ Roll. Et d’un coup, le nouveau Rock n’  Roll, c’est un mec qui te ressemble (et s’il ne te ressemble pas, c’est toi qui va bientôt chercher à lui ressembler), qui te raconte à quel point sa vie daube comme la tienne, à quel point il la déteste et comment elle lui parait sans issue. D’ailleurs, s’il y a un point que je veux reconnaître comme réussi  c’est bien le nom du groupe. Nirvana. Tout le monde y voit le côté « paradisiaque » indien, le côté orgasme cosmique, alors que techniquement (enfin, théologiquement), le Nirvana c’est ce que tu atteins quand tu as abandonné tous tes désuirs. Nir-vana, ça veut dire « non – désir ». Et Nirvana c’est ça : tout est à chier, et je ne veux rien, je ne veux même pas imaginer qu’il puisse y avoir mieux. La résignation dans toute sa splendeur. C’est quand même atrocement triste, merde. Alors pourquoi pas, mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est le Rock ça. Centrer l’intégralité de son œuvre sur ses névroses et les exposer au grand public pour en faire de la musique, c’est un truc de progueux ça. Et encore, ça resterait comme ça un cas isolé… Mais non, ça a eu des conséquences inattendues : je sais pas pourquoi, malgré 40 ans d’histoire derrière, les gens se sont mis à croire que c’était ça  1. Le Rock, 2. L’adolescence, 3. La sincérité. D’ailleurs, ça, pour moi, c’est le top de la crétinerie dans cette histoire… Mais depuis quand on réclame aux artistes d’être sincères ? Talentueux, innovateurs, doués, intéressants, oui, mais sincères ? Qu’est-ce qu’on s’en fout ? Bowie il était sincère quand il se déguisait en Ziggy Stardust ? Est-ce que c’était important ? Non, et non. La sincérité, c’est un truc qu’on invoque pour justifier le fait d’aimer un artiste dépourvu de talent, pas une norme objective qu’on exhibe pour démontrer que machin est doué. Même moi je peux être sincère, pourtant, je suis un piètre chanteur. Bref. Tu vois.

-          En fait… Non. Je comprends qu’il y a un truc qui te défrise, mais tu t’exprimes comme une merde.

-          Bon, autant résumer : Ce que je reproche à Nirvana, c’est qu’après eux, il a été considéré comme étant la norme que le Rock n’ Roll c’est l’endroit où doivent s’exprimer les gens qui souffrent, que la seule façon d’être pris au sérieux par les amateurs du genre, c’est de geindre sur des arpèges de guitare et de s’y complaire. Et c’est même pas vraiment la faute au mouvement Grunge, parce que chez Pearl Jam par exemple, tu trouves quand même cet élément  épique et cette volonté d’aller de l’avant  totalement absente, au final, de la pop des années 90. Alors que pour moi, je sais pas, le goût du fun, et même la volonté de réussir et de faire carrière ne sont pas rédhibitoire. Le premier Oasis, avec son « Rock n’ Roll star », c’est arrogant, fouteur de merde, teigneux, et tout le monde accuse les Gallagher d’être des poseurs, mais non, putain, ça c’est de la sincérité. « On sort un disque, parce qu’on veut bouffer le monde et devenir des putains de rockstars »: There's no easy way out... mais je vais le trouver ce putain de chemin.  J’ai jamais compris le côté « je signe sur une major mais je supporte pas le succès » de Cobain. Ca, ça me dépasse. Bref, ça me saoule que depuis 1990 le rock se doive d’être, pour gagner ses galons auprès des critiques autoproclamés, un truc déprimant, un concours d’exhibition de traumatismes, qu’on adule les « albums de la maturité », qu’on ne pardonne pas l’arrogance pour préférer encenser des autistes et des névrosés. J’en ai marre qu’on me dise qu’un disque est beau parce qu’il est déprimant – je sais, ça m’arrive de le faire, mais bon-  ténébreux ou quoi ou qu’est-ce. Au final, je me dis que tous les Oasis, Libertines, Miles Kane, Arctic Monkeys, ils peuvent bien se planter parfois, eux, au moins, ils ont tenté, à un moment, de faire revivre la flamme du rock n’ roll. Et rien que pour cela, même leurs mauvais disques me font plaisir. Tu vois ce que je veux dire ?

-          Yeah, yeah.








1 Oui, la rédaction de cet article a commencé il y a trois semaines.

PS: Il est autre chose à mettre au crédit de Nirvana (et que je n'ai pas pris le temps de présenter dans l'article, désolé): le fait d'avoir intitulé une de leurs chansons "Lithium". Le Lithium est un élément (symbole: Li) qui dans mon esprit correspond parfaitement à l'état d'esprit adolescent: c'est un métal, maléable, qui devient rigide lorsqu'il se corrode, et qui s'enflamme au contacte de l'eau et peut attaquer le verre. Seul problème: Nirvana n'a appelé sa chanson comme ça que parce que le lithium est aussi un antidépresseur.