dimanche 3 septembre 2017

What the Duck?


Autant attaquer en disant la vérité crue du contexte et de la fainéantise: J'ai vraiment failli vous sortir une critique du pilote du reboot de Ducktales (La bande à Picsou) qui a été diffusé le 12 Aout dernier, avant que la saison ne commence fin Septembre prochain. Puis plus je réfléchissais à ce que je voulais dire, plus j'ai réalisé qu'en fait j'allais tout spoiler assez salement d'une part, et que ça allait arriver comme un cheveu sur la soupe, d'autre part. Et surtout que la plupart des (minimes) reproches que j'aurais tendance à faire son liés à mon goût pour les BDs dont les personnages de la série s'inspire. Un peu comme les gens cool le font avec Walking Dead, mais moi c'est Picsou.

Du coup, laissez moi vous raconter un truc. Etant gamin, la tradition était que, à chaque vacances où j'allais m'enterrer à la campagne, pour le voyage en train (et, du coup, par extension, pour les vacances, vu que j'étais enterré à la campagne), j'avais droit au Picsou Magazine du mois. Comme peut-être la plupart des lecteurs de l'époque, c'est le fait que le magazine offrait un gadget qui m'avait attiré. Mais la fait est que les BD étaient cool aussi. De fait, je ne sais pas précisément quand j'ai fini par mettre un nom sur les deux auteurs révérés du magazine : Carl Barks et Don Rosa. Pour le second, j'ai du m'en rendre compte assez vite, vu que la publication d'une nouvelle de ses BD était toujours un événement.

J'ai maintenant plus de 30 piges et je vous le dis : il y avait de quoi. C'est marrant, parce que je suis sûr que si on me demandait quel est mon auteur de bandes dessinées préféré, je le zapperai probablement parce que j'oublierai d'y penser, mais dans les faits, peu de BD m'ont autant passionné que les BD de Keno Don Rosa. A mes yeux, il est comme un mélange entre Barks (le maître et l'influence majeure et revendiquée) et Gotlib : il suffit de jeter un œil aux Bds qu'il dessinait dans les années 70 (Pertwillaby Papers, en particulier) pour voir une surprenante familiarité transatlantique. J'aime ces Bds parce qu'elles ne donnent pas tout à la première lecture. Barks était un dessinateur talentueux et créatif, mais simple. Don Rosa est un grand malade. Les fonds sont foisonnants de détails, de références de gags d'arrière plan. C'est un fan qui veut en faire des tonnes, mais qui, Dieu merci, a un éditeur pour le rappeler à l'ordre de temps en temps.
Vous comprendrez aisément pourquoi je me suis rué quand elle est parue sur son intégrale, découvrant ainsi que j'ai du arrêter de lire Picsou Magazine quelque part aux alentours de 2001 je dirais – soit donc à 15 ans – mais aussi à quel point ces Bds m'avaient marqué. Il y en a que j'ai relues en m'en souvenant parfaitement, alors que je ne les avait pas eues sous les yeux en plus de 10 ans.

Je comprends dorénavant pourquoi j'aime ces histoires, et comment elles fonctionnent. Pourquoi la galerie de personnages est si intéressante: ne serait-ce que le fait qu'ils ont tous des qualités ET des défauts, même les méchants. Sauf les Rapetou. Et Gontran. OK).
Comment il n'y a techniquement que quelques types d'histoires marquantes : Picsou part à la recherche d'un trésor mythique (parfois, en concurrence avec Gripsou), les histoires humoristiques (Donald a un nouveau métier ou Miss Tick une nouvelle baguette), les Rapetous volent une invention de Géo et tentent de vider le coffre avec, et les histoires d'anniversaire (Il y a bien 5 à 10 histoires spéciales écrites pour les 40 ou 50 ans d'un personnage). Pourtant, même les rouages connus et repérés, cela n’empêche pas les histoires d'être fascinantes. Comme des bons comics, quoi. Mais là n'est pas le sujet.

Je sens aussi le besoin impérieux de noter cette bizarrerie de traduction qui ne cesse de me perturber: En Francaçias, Picsou a pour prénom Balthazar. En anglais, Scrooge a... pour nom de famille McDuck. Résultat, en V.O. tout le monde l'appelle par son prénom, mais en V.F.,  non, tout le monde l'appelle par sonn nom de famille. Même ses neveux, et ça, c'est super bizarre. Fin de la parenthèse.

Du coup, pas étonnant que je décide de faire un top 5 des Bds de Canards de Don Rosa.

Mention honorables: Ces histoires dont je me souvenais avant même de les relire mais qui n'entreront pas dans le Top 5, dans l'ordre dans lequel je m'en souviens... Le trésor de Crésus, Le trésor des 10 avatars, Un problème de Taille, Un petit cadeau très spécial, Retour à Sétatroce. 



Hors Catégorie : la Jeunesse de Picsou (The Life & Times of Scrooge McDuck) – 1991 - 1995

Sortons le du chemin, les 12 épisodes de l'oeuvre de base sont hors catégorie directement. C'est un chef-d'oeuvre, je le relis minimum une fois l'an, c'est en en lisant des épisodes au hasard des publications en magazine que j'ai commencé à apprécier le personnage de Picsou (bien plus qu'en regardant La Bande à Picsou), j'ai eu à l'époque de sa sortie le hors série condensant tous les épisodes (le premier qui est sorti), que j'ai perdu, que j'ai regretté avoir perdu, et en tombant sur ce volume 1 de l'intégrale (volume 1 qui condense donc les 12 épisodes, le second condensant les épisodes « bis »), j'avais beau être dans le rouge ce mois là je l'ai pris sans me poser de question. Et le second avec lui,
C'est une œuvre intelligente, bien structurée, qui permet de remettre certaines choses à leur place, introduit certains personnages, pense à tout le monde, a du être la raison d'un travail de recherche hallucinat (à noter que les postfaces de chaque épisode sont trop courtes à mon goût, et elles font 3 pages chacune, c'est dire), et qui rappelle ce qu'est censé représenter Picsou : un millionnaire pingre et avide, pour sur, mais avec des principes : qui s'est enrichi de son travail, et de façon honnête, et pour qui l'aventure compte (presque) plus que l'argent 1, avec sa façon à lui d'avoir le sens de la famille2. Et puis si ça a inspiré un album entier au mec de Nightwish (dont la pochette est à tomber), donc si ça ça vous convainc pas...





Allez, on est partis pour un vrai top 5, d'une scandaleuse subjectivité.

5. Retour à Xanadu (Return to Xanadu) - 1990

Je mets celle-ci en dernier, car cette chasse au trésor de l'empire mongol s'avère être la suite d'une histoire de Carl Barks (Beaucoup le sont, de très près ou d'assez loin), et pour le coup, elle ne s'apprécie vraiment qu'en connaissant l'histoire qui vient avant. Histoire dont je ne peux vous révéler le titre vu que... réaliser qu'on est dans une suite, et dans la suite de quelle histoire, est un des rebondissements de celle-ci.
Pourquoi donc choisir celle-ci, s'il est si difficile d'en parler ? Parce qu'elle contient un de ces moments auxquels on ne s'attend pas. Qui s'attend, en lisant une histoire de canards Disney, à vraiment s'inquiéter pour le sort de l'un d'eux, ou à être ému en le voyant douter ou se sacrifier ?
Mais aussi parce que c'est une démonstration de maîtrise dans le fait d'écrire une suite, intelligente, qui sait respecter l'original tout en y apportant plus. Un exemple.

4. Le fils du Soleil (The son of the Sun) – 1987



Il s'agit ici de la toute première histoire jamais déssinée par Don Rosa, et pourtant tout y est. D'une certaine façon, elle est même (à mes yeux) supérieure à toutes celle qu'il dessinera jusqu'à notre n°5.
Alors certes, le dessin n'a pas la beauté ni la précision de ce qui est à venir – de l'aveu propre de l'auteur, une grande partie des poses sont pompées sur des dessins de Barks. Mais les deux premières pages sont d'une abondance incroyable de détails, de références, de gags : dès le début, les arrières plans nous offrent la richesse d'une seconde lecture à la recherche de détails.
De plus, pour sa première histoire, Don Rosa nous offre une chasse au trésor à la recherche d'un trésor mythique, et ce en concurrence face à Gripsou. La première entrevue de Gripsou et Picsou est une des BD de Barks qui m'a le plus fortement marqué, et j'adore ce personnage (on aime tous un personnage capable de mettre notre héros face à ses propres contradictions). Don Rosa, tout en restant fidèle à Barks, en offre une image plus creusée : il est aussi riche, aussi malin et intelligent, aussi plein de ressources que Picsou. Mais il ne recule devant rien, et surtout pas devant un peu de mahonnêteté. Et tout est là. Dès une première histoire, qui se lit comme un Indiana Jones inédit... Ce qui n'est qu'un juste retour d'ascenseur.3




3. La Quête du Kalevala ( The Quest for Kalevala) - 1999



Dès lors qu’on commence à fouiller un peu sur le sujet des canards Disney, il est un point qui ne manque pas de surprendre : leur popularité en Scandinavie. Dès lors, il est normal que beaucoup des commande passées auprès de Don Rosa proviennent d’Egmont, l’éditeur principal des histoires de Canards de la région – et des journaux associés (entre autres, nombres d’histoires de 1993 – 1995 sont des commandes relatives à des évènements spécifiques traversés par la Norvège). Pourtant, il s’avère que cette popularité est  la plus grande… en Finlande, ou le Picsou magazine local est un des journaux au plus grand tirages du pays.
Un pays dont l’un des groupes les plus connus voit son guitariste sortit un album inspiré de ces BDs, je vous rappelle. Un album avec le London Phliharmonic. Un album dont la pochette est techniquement le dernier dessin officiel réalisé par Don Rosa (d’ailleurs sorti de 8 ans de retraite pour le réaliser). Un album qui a été numéro 1 dans ce pays.

 De fait, cette histoire, qui est la plus récente de la sélection, est la synthèse de cette passion. On y voit notre équipe habituelle partir à la recherche d’un trésor de la mythologie finnoise, et se voit, comme instrumenté pour revivre l’épopée originelle, d’artefact en artefact. C’est la plus longue histoire écrite par Don Rosa, mais il y a des raisons à cela : on a affaire à une mythologie connue de très peu (hors de la Finlande), et il faut donc expliquer le mythe originel avant de nous le refaire vivre. Et ça paye. Certaines des planches de cette histoire sont pour sûr les plus belles de l’œuvre de Don Rosa, qui s’acquitte de sa tache avec humour, intelligence, et respect de la légende. Il y a des sorcières, des monstres marins, des héros à l’ancienne et des forgerons, des coups de pied dans le derche, c’est merveilleux. Parmi toutes les histoires que j’ai découvertes )à l’âge adulte (ce qui fait grosso modo deux tomes de l’intégrale), c’est assurément la plus marquante.




2. Le Dissoutou (The universal solvent) – 1995

Et ses suites !
Picsou contre le Chevalier Noir (The Black Knight) – 1998
Le Retour du Chevalier Noir (The Black Knight glorps again) – 2004

Glorp. Cette onomatopée hante mon subconscient. L'idée de départ est simple : A la demande de Picsou, et pour résoudre des problèmes d'extraction minière, Géo crée un dissolvant universel. Il compacte tout à l'état de poussière extra – fine et extra lourde. Tout ? Non, une matière résiste encore et toujours : le diamant (Le Dissoutou étant gardé dans un bocal couvert de poussière de diamants). Personne ne le prenant au sérieux pendant la conférence de presse, Picsou renverse le dissolvant au sol pour prouver comment creuser un puits de mine en 30 secondes, dans un accès de colère. Petit problème : qu'est-ce qui arrêtera le solvant universel ?



Bonjour, c'est moi, Guic', j'ai 12 piges, et suffisament de questionnements métaphysiques pour pas avoir besoin qu'une BD viennent m'en rajouter.
Dans la catégorie « bulshit scientifique », cette histoire se pose là. Mais elle se pose surtout dans la catégorie bullshit bien géré. Je me rappelais très bien de cette histoire (et mieux encore de sa suite mais j'y viens), mais à la relecture, je suis surtout surpris de... la cohérence, à défaut de réalité, de ce qui est raconté.
Pour la suite, Don Rosa crée le seul méchant « récurrent » qu'il créera, son apport personnel à la mythologie : Le Chevalier Noir, aka Lucien Arpène, bandit de haut vol qui aime à faire sa propre pub. Et vider le coffre de Picsou serait le coup de sa carrière. Et celui-ci met la main sur le Dissoutou. Jamais la menace ne paraît plus réelle que dans cette BD, où, dans une armure couverte de solvant, cette parodie de bandit français s'avance inexorablement, non pas pour voler Picsou mais simplement faire disparaître sa fortune dans le néant4.... Cette BD est, je crois, la dernière que j'aie lue en publication magazine (ou presque), et elle a donc droit à une certaine tendresse de ma part. Mais aussi, elle est hilarante et stressante à la fois. Donald ne comprenant pas le langage châtié du chevalier (en V.O., son accent français, en fait) me fait toujours rire.
Le troisième épisode de la série est sympathique, même si un ton en dessous des précédents. Peut-être est-ce aussi que je ne l'ai découvert que plus tardivement. Cela dit, il permet de faire rentrer Lucien Arpène dans la légende, et j'espère vraiment voir un jour un jeune auteur de canards oser le reprendre. Pas forcément pour une suite directe, mais rien que pour le personnage.


1. Les Gardiens de la bibliothèque perdue (The Guardians of the Lost Library) – 1994

Cela ne pouvait être que le numéro 1.
Je crois que c’est la première histoire qui m’a fait mettre un nom sur ces dessins. Une histoire comme les autres mais aussi tellement à part. Une BD d’aventure tout à la fois drôle et didactique.  L'enjeu, cette fois-ci, n’est pas directement monétaire, mais il est, tout à la fois, un problème d’égo et de recherche de la connaissance (qui elle rapportera des sous).
L’idée de départ est simple : vexé de ne pas pouvoir mettre la main sur le manuel des Castors juniors, dont il est convaincu qu’il renferme le secret de trésors mythiques, Picsou décide d’en remontrer à nos canards scouts et part à la recherche de la bibliothèque d’Alexandrie. Tout simplement. Et l’on suit le devenir du savoir contenu dans la bibliothèque au fil des siècles. Et d’avoir droit au cours le plus fun jamais donné sur l’histoire de l’imprimerie et de la conservation du savoir.
Pendant ce temps, Donald regarde la télé, dans un des running gags qui m’aura le plus fait marrer. (Autant que le gag de fond de page des pages 3/4 que je vous laisse le plaisir de découvrir. c'est un des tout meilleurs)
C’est presque l’archétype de l’histoire de canards réussie, et je sais que je ne suis pas le seul à la considérer comme la meilleure. Tout y est millimétré, on y retrouve ce talent pour recréer une Histoire (avec un grand H) où il est difficile de démêler le vrai (le travail de recherche est toujours impressionnant) du faux, de ce qui sert l’histoire( avec un petit h), qu’on parcourt avec avidité. Je me rappelle comme si c’était hier que c’était le numéro 300 qui a publié cette BD pour la première fois. C’était celle que j’attendais avec le plus d’impatience en refeuilletant cette intégrale. Elle tient toujours autant le coup. Foncez mes amis, foncez.



(Un mot tout de même sur le pilote: Ca s'annonce bien, malgré une paire de trucs qui me prennent à rebrousse-poil... Et surtout, vu ce sur quoi ils finissent l'épisode, je pense qu'ils vont dans une direction tout à la fois très encourageante et très dangereuse...Mais en tous cas ils y vont. Mattez cette série, elle est prometteuse.)

Et sinon, non sans avoir partagé avec vous que je remarque à quel point ça ne sert à rien d'indiquer les noms originaux des histoires parce qu'aucune traduction ne s'en écarte trop, je dois bien vous laisser en musique. Et non, vous allez pas y couper (en plus j'aimerais presque ce titre là): 





1 D'ailleurs (j'ai la flemme de faire le calcul), mais sur l'ensemble des trésors qu'il trouve, très peu finisse par rejoindre sa fortune personnelle.

2 De fait, sans trop spoiler pour ceux ne l'ayant pas lu, le rapport à la famille est un des plus fascinants axes du truc. A noter que j'aurais presque tendance à ajouter au lot le bien plus tardif « Une lettre de la maison » (A letter from Home, 2004), qui pourrait en quelque sorte faire office de conclusion... à toutes les histoires de Picsou jamais écrites, mais surtout au dernier sujet laissé en suspens à la fin de la série originale. Pas étonnant que Don Rosa ait pris sa retraite 3 histoires plus tard. (Et seule la toute dernière qu'il ait écrite justifie un peu qu'il ne l'ait pas prise juste après celle-ci), tant la boucle semble bouclée... et c'est à en chialer.

3 Il est connu et revendiqué par ses créateurs que la scène d'ouverture des Aventuriers de l'arche perdue empreinte beaucoup (beaucoup) aux 7 Cités de Cibola de Barks. Il ne me paraît pas idiot d'imaginer que le regain d'intérêt pour les histoire de Picsou à la fin des années 80 ne soit lié au succès de l'archéologue aventurier. A noter aussi que quand Picsou trouve enfin l'Arche d'Alliance et le Graal, leur découverte est bizarrement... passée sous silence, volontairement, pour deux raisons: 1. Indiana Jones les a déjà trouvés, 2. Elles restent des reliques religieuses, dont le traitement dans une BD pour enfants est... délicat).

4 « Oui mais bon, Picsou il possède la moitié des compagnies de la ville, il se refera une fortune en un rien de temps ». Certes, mais chaque pièce, chaque trésor de son coffre vaut à ses yeux plus pour le souvenir de l'aventure ou du travail qui a permit de l'acquérir que sa valeur intrinsèque (ça me paraît utile de le préciser)



jeudi 31 août 2017

103. Brett Anderson - Brett Anderson (2007)


La première fois que j’ai entendu parler de cet album, c’était peu après sa sortie. Donc (mathématiques) en 2007. Donc (honte) à un moment ou je ne savais pas qu’il existait un groupe important qui s’appelait Suede et que ce gars en était le chanteur à l’époque. Donc (logique) j’en avais un peu rien à faire de cet album. Et Suede n’était que le nom d’un groupe dont je voyais bien trop souvent le dernier disque au milieu des ventes d’occasion de Gibert. (Cela dit, Pulp aussi en fait, croyez le ou non).

Pourtant, 10 ans après sa sortie et en ayant découvert l’œuvre de Suede… Je n’avais toujours pas écouté cet album. Je ne sais pas à quoi m’attendre, et en même temps j’ai ma petite idée. Brett en T-shirt sur son canapé ça va nous roucouler du crooning (roucrooner du coup) dans le creux de l’oreille.

Soyons honnête : Brett est en voix, mais pas en voix. Il reste modéré et ne pousse pas trop loin. Si on était un salaud amateur de jeux de mots (ce que je suis un peu), on pourrait nommer sa chronique So old.

Pourtant… Il y a là un savoir faire, un talent, et une sincérité loin d’être désagréable. Si l’on prend « I am the Dust », le refrain est quand meme : I am the Dust / you are the Rain / I am the needle / and you are the vein. Et personnellement je me vois écartelé entre “ Bordel qu’est-ce que tu veux raconter Brett? " et reprendre ce refrain en chœur parce que derrière ça envoie quand même de la power ballad sur laquelle je suis incapable de cracher. Je ne saurais même dire si on est vraiment dans la power ballad en fait, mais l’ami Brett fait preuve d’une telle conviction que c’est tout comme.
Enfin, tout embarqué que je sois à l’occasion (et cela m’arrive pas mal sur les trois premiers morceaux), cet album est un peu ce qu’on pourrait craindre qu’il soit. A savoir du Suede mou. On s’est habitué à une flamboyance sur fond de guitares tranchantes.. Là des fois on a de la tristesse sur fond de violons.Les envolées lyriques font l’affaire, mais les titres les plus calmes… Ben ils sont un peu chiants. Genre To the Winter et ses insupportable « Wo ho ho » en fond. Par contre, The Infinite Kiss, lancinant, avec de la guitare dans le fond… Eh ben ça passe tout seul. Même avec des chœurs. A croire que c’est une réaction épidermique personnelle : Brett + Violons = NON.
Et cette nouvelle équation se vérifie sur l’ensemble de l’album. A croire que ce n’est pas le lyrisme ou le calme qui me déplait (Ebony par exemple est très posé, très calme, mais très beau), c’est juste que la musique « orchestrale » (faute d’un meilleur terme) ne convient pas, mais alors pas du tout, à la voix couinante de Brett Anderson (si, il couine, les gars, quand même)
Au final on est face à un album auquel j'aurais tendance à faire des reproches similaires à ceux que je fais au premier album de Jarvis Cocker en solo (1) : les deux proviennent d’artistes que j’aime tellement pour leur prestance, leur flamboyance, leur folie, que le jour où ils se posent calmement, peu importe la qualité des chansons, il y a au fond de moi une intense frustration qui fait que j’ai du mal à apprécier pleinement. Cocker a corrigé ça avec un Further Complications furieux, Anderson en reformant Suede pour un album de résurrection agréablement…. Solide.



Chances de réécoute : 50 %, sincèrement, il a ses bons moments, pas impossible que je le ressorte occasionnellement pour ne serait-ce que ces quelques titres.

Titres marquants : I am the Dust, Ebony, Love is Dead malgré les violons. Mais sérieux. Allez écouter Snowblind sur l’album de reformation de Suede

(1) Et c'est ainsi, mon ami, qu'on boucle une boucle.

dimanche 27 août 2017

104. Bucky - Women, Ladies & Girls sing the Bucky Songbook (Sauf qu'en fait non) (2012)



Il faut croire que je n’ai pas de chance. Ou qu’on me met des bâtons dans les roues. Toujours est-il que, si Bucky est bien présent sur Spotify, seul l’album d’avant s’y trouve. Du coup c’est celui – ci dont on va discuter. Pour une raison de… de franchement c’était un bordel pas possible l’article précédent, au moins celui-ci je l’ai écouté en entier avant de « mettre la plume au papier » comme disent nos amis d’outre-manche même si en fait ce serait plus mettre le doigt à la touche mais on se comprend.
Du coup : Bucky nous livre une série de pop-song courtes (on dépasse pas souvent les 2 minutes, c’est dire), aux relents indie (la voix toujours au bord de chanter faux) et aux paroles toujours amusantes, parfois hilarantes. En particulier on notera « I am Dark » est son passage en français (Je reconnais beaucoup trop ce que j’étais à 16/17 ans dans cette chanson) ou Dog Calendar (a propos du chien de Cassius Clay tentant d’apprendre à jouer de la batterie mieux que Ringo Starr ?!). C’est du grand n’importe quoi, c’est gentiment sautillant et fun. Pas la révélation du siècle mais ça s’écoute.
Et je pense qu’un groupe qui trouve le temps de chanter « I’m a pony but soon I will be a horse », ou dédie une chanson de 48 seconde à son amour des bibliothèques et sa volonté de maitriser la Dewey mérite bien qu’on lui accorde une écoute entière. Surtout avec des chansons si courtes, sérieux.

Potentiel de réécoute : 20 % Sous réserve que je n’oublie pas purement et simplement que ce disque existe en fait

Titres Marquants : I am dark / I love the library / Teenage research / Dog calendar…

(Donc je suppose que c'est à ça que c'est supposé ressembler sur le disque dont j'aurais du pouvoir parler...)


jeudi 24 août 2017

105. Deerhunter - Halcyon Digest (2010)

Nota: Cet article a été rédigé en direct live pendant la première (et seule) écoute de cet album. Vous l'auriez sûrement deviné vous même, mais je préfère préciser.

Oh merde du post-punk. Ah non, de la pop atmosphérique. Bon, ouais, ok, c’est beau… Les effets sur la voix font que je comprends rien aux paroles. Le titre d’ouverture j’ai l’impression qu’il empile les clichés. On dirait du sous Radiohead de Hail to the thief (arpèges de guitare sèche, fausse mandoline qui s’emballe, effet en vrac, voix distordue répétant sans cesse la même chose…. Bordel dans quoi je me suis embarqué ?) Le morceau s’appelle Earthquake, et ça au moins c’est une bonne blague. Un tremblement de terre qui m’en touche une sans faire bouger l’autre.
Bon ok dès le second morceau ça sonne comme… a peu près n’importe quel album mal produit de garage californien des 10 dernières années. Sérieux, on me dirait que c’est une chute du Melted de Ty Segall, je le croirais. Du coup en fait j’aime bien. On va voir où ça nous mène. Bon ben on dirait qu’on continue dans cette direction sauf que attention, le refrain c’est « Darkness always / It does not make much sense » sur une musique sautillante. Bonjour, on kiffe l’ironie. Ballade lancinante ensuite. Arf. (C’est moi qui suis vieux ou les guitares électriques claires mais en accordage alternatif à la Jeff Buckley c’est un peu vieilli ?)
Bon OK. Le titre suivant, Memory Boy, a autrement plus de gueule. Une intro à la Turtles, guitares toutes jangly, une bonne mélodie pop, ca parle probablement d’amour et tout. J’avoue, pour classique que ce soit, ce titre claque bien.  Evidemment t’as décidé de gâcher ça dès la chanson d’après, groupe. Evidemment, je suis super rouillé parce que je n’aime pas ce titre pour une raison simple : il me rappelle plein d’autres titres que je n’aime pas. Je le trouve plein de gimmicks provenant d’autres chansons que je n’aime pas, genre cette « descente de guitare crépusculaire TM, je suppose » en fond.
Là où je suis rouillé c’est que j’ai du mal à retrouver dans quelles chansons que je déteste on trouve cela. Puis d’un coup, sur la fin, j’ai bien aimé. Sauf que là j’ai réalisé que j’aimais cette fin instrumentale, mais aussi que c’est parce qu’elle me rappelait « All over the world » des Pixies. Donc je sais pas trop quoi en penser du coup. Si ce n’est que question longueur, ils poussent quand même un peu le bouchon trop loin. La suivante m’a fait peur. Peur qu’on retourne dans les travers de la première. En fait non, petite mélodie sympa, ritournelle. C’est juste dommage qu’ils aient enregistré ça pendant que le producteur était parti. Sérieusement je n’ai rien à dire sur la suivante. Ok, si, je m’emmerde un peu. Surprenant.
C’est très bizarre, en fait, cet exercice. Se forcer à écouter un album, entier, et à prendre des notes. Je le réalise maintenant. C’est fun, mais bizarre. Je sais pas dans quelle mesure je suis de mauvais foi, ou juste brutalement honnête.
Et suivante… Ben oui, vendu, dès les premières mesures, je sais que ça va pas me déplaire. C’est simple et carré et un peu passé, certes, mais ce côté jangly, ça me parle, en fait. Donc j’imagine qu’au final, ça va être un album dont j’aime un titre sur deux, c’est ça ?  En fait, j’aime même beaucoup celui-là. Du coup a priori la suivante du coup… Oh merde. Piano tristounet…. Ah non. Tu vas arrêter d’essayer de me donner tort, Disque, ce serait sympa merci. OH PUTAIN DU SAXO. Mais ça passe. Elle est même plutôt bien cette chanson en fait. Bon j’ai fait une pause au milieu du morceau, et la mélodie m’a pas quitté pendant la pause. Donc au moins c’est entêtant. Non, sérieux, le saxo bordélique donne un côté Roxy Music déglingué (Oh le mec qu’a tellement pas de références que Saxo = Roxy Music…)
Non sérieux ça passe plutôt bien dans l’ensemble. Ok, dernier titre… He would have laughed. I almost did. Sans moi pour l’instant. L’arpège de guitare tournant et les batteries qui se la jouent tribal très peu pour moi. « I get bored as I get older/ Can you help me figure this out ». Au moins, le premier album passé en revue m’offre une bonne façon de résumer ce qui me pousse à me lancer dans cette session. Cool.



Potentiel de réécoute : 20 % (Probablement une fois pour revérifier cet avis, et derrière un ou deux des titres que j’ai apprécié)
Titres marquants : Memory  Boy / Desire Lines / Coronado

(J'avoue: après avoir cherché cette vidéo et vu à quoi ils ressemblaient, ils ont perdus 20 points dans mon estimé. Une chance que j'aie pas vu ça AVANT d'écrire.)

mercredi 23 août 2017

P*tain, 105.

 Quand même, j’aimerais bien me remettre au blog, et tout…
-          Eh ben remets-y toi. Ecris un peu, publie des trucs. T’as toujours des théories dont tu me fais part, essaye de les mettre sur le papier, un peu.
-          Oui, mais je suis pas inspiré… Chaque fois que j’ai essayé de me remettre à écrire, des que je fais une pause, quand je relis ce que j’ai déjà tapé, je trouve ça nul…
-          Et ? Corrige le, redémarre, je sais pas. Et puis aussi, arrête de te mettre la pression à tenter des trucs trop lourds pour toi.
-          Comme ?
-          Ben à chaque fois que tu t’es vraiment mis à réécrire, tu te lançais dans des projets pas possible, à absolument vouloir en avoir genre 10 sous le coude avant de faire quoi que ce soit…
-          Ben oui, mais je vais pas annoncer une méga série si je sais que je vais pas tenir le coup
-          Mais qu’est ce que tu t’en fous de l’annoncer, même. T’as rien écrit en 4 ans, tu crois vraiment que c’est si important que ça de faire les choses bien ?
-          Alors, déjà, c’est pas vrai, j’ai publié un truc il y a moins de deux ans, ensuite… J’ai pas envie de publier un truc qui va pas être aimé.
-          Oh putain, monsieur à de l’égo à revendre. De deux choses l’une. Soit les gens te lisaient pas et te liront pas. Soit les gens te lisaient sont là et te liront soit non. Mais si tu leur dit que tu reviens ET QUE TU REVIENS (ne mens pas, je suis sur que tu as déjà fait du teasing à certains de tes lecteurs sans jamais vraiment le faire. Du set-up, du set-up, jamais de payoff. Comme Steven Moffat...
-          Comment oses-tu ?!
-          Ben j’ose parce que c’est vrai. Toi et ton blog ces dernières années, c’est autant de Name of the Doctor.
-          Je… Je n’ai pas les mots.
-          C’est parce que tu sais que j’ai raison. Tu sais quoi ? Tu veux écrire ? Ecris. Mais arrête de penser à écrire.
-          OK, OK, Mais sur quoi ?
-          Mais ce que tu veux. Tu t’es quasiment toujours limité à la musique. Juste écris, sur ce que tu veux, ou même sur rien. Et publie si tu veux, publie pas si tu veux pas. Juste gratte des trucs. De toutes façons, tu pourras pas t’empêcher de publier, t’as jamais écrit pour le plaisir d’écrire. T’écris parce que t’aimes faire marrer les gens et que ça lance des discussions que tu aimes avoir… Et aussi parce que tu t’emmerdais à ton boulot, je crois ? T’as arrêté d’écrire parce que t’avais plus de débats sans fin dans les commentaires, ni chez toi, ni chez les autres.
-          Oui, et puis surtout, j’arrive pas à retrouver ma verve des temps anciens.
-          Justement.
-          Justement quoi ?
-          Ta verve des temps anciens. Je pense que tout à la fois t’as pas conscience que ta verve était probablement pas aussi géniale que tu ne crois t’en souvenir, et que les temps anciens sont plus anciens que tu ne le pense. Genre, va jeter un œil au dernier article dont t’es fier dans ta tête, va le lire. Dis moi quel âge il a et ce que tu en penses à la relecture.

(…)
(C’est pour marquer une ellipse genre il se passe des trucs)
(Mais vous le saviez probablement)
(…)

Le roi, préparant probablement l'épisode qui n'expliquera rien du cliffhanger de l'épisode précédent. (Et surtout pas comment il s'échappe du timestream)

-          Ok. 7 ans et Joker.
-          Tu vois ?
-          Donc tu penses que…
Je pense que tu pourras probablement pas écrire mieux que ce que tu croyais avoir écrit. Mais probablement pas pire que ce que tu as écrit de par le passé non plus. N’oublie pas qu’un jour tu as publié un article parlant de « Marc Bolan de Roxy Music ». Tout ce que tu as à faire c’est d’arrêter d’essayer de publier un truc quand tu le juges « parfait ». Parce que ton parfait est très relatif, tu vois… Juste… te remettre dans le bain. Tu devrais bien à un moment trouver un truc pour t’inspirer. Et puis il est possible que t’aies rien écrit ces dernières années parce que t’as quasiment rien écouté de neuf ces dernières années.
Non, c’est pas vrai, j’ai écouté plein de trucs !
Ok. Si tu veux. Mais avoue un truc : Les Ty Segall et autres Warm Soda, t’as beau les apprécier, ils ne t’inspirent pas. C’est tout. Oui c’est super cool à voir en concert et il y a des bons titres, mais est-ce que ça t’as vraiment touché, fait ressentir un truc pour de vrai tout ça ? Qu’est ce qui t’as touché ces derniers années comme musique (vu que t’as l’air d’insister à t’en tenir à la musique…) ?
-          Ces dernières années… hum… Hey !
-          Quoi ?
-          Je viens de penser à un truc.
-          A quoi ?
-          Bon, écoute. Tu dis que j’ai rien écouté ces dernières années. C’est pas faux.  Du coup, peut-être faudrait-il que je rattrape ces… disons dix dernières années ?
-          Pourquoi dix ? A quoi tu penses ? Je sens que…
-          Et Thomas vient de finir de publier son top 100 des albums des dix dernières années, et du coup je pourrais les écouter et écrire dessus pour me donner un contexte… Ecrire pour écrire.
-          Ah, donc on repart sur l’idée d’une série que tu vas pas publier avant d’en avoir dix-huit sous le coude, un carcan que tu vas te coller et qui va te rendre malheureux en dix secondes et que tu vas laisser tomber aussitôt ?
-          Mais pourquoi cette négativité ?
-          Parce que t’as déjà perdu du temps à faire des listes et tout… T’en fais pas, je vois totalement le côté positif et inspirant du truc : ça va te forcer à écouter des trucs que t’aurais probablement jamais écouté autrement. Si tu prends la liste dans son ordre (donc à rebours), normalement tu devrais passer ton temps à découvrir des trucs de mieux en mieux. Et puis la liste est un top, donc t’auras pas à subir d’horreurs normalement.  T’as juste intérêt à t’y tenir, et à pas lâcher, et… Attends pas d’en avoir dix pour publier.
-          Et puis au moins cette fois je vais pas bloquer comme un con parce que je dois critiquer un album de Damien Saez.
-          Parce que dans tes concepts à la con d’avant…
-          Yep.
-          OK. Prévois des projets long terme si tu veux, mais n’en prépare plus jamais les listes toi-même.

dimanche 20 août 2017

... And you will know us by the trail of dead - de l'art d'en faire trop

Je suis un imposteur.

Quand j’ai commencé mes études supérieures, vers 2004, je revendiquais cet album comme un de mes préférés. Pour la simple raison que, comme personne ne le connaissais, je me sentais utile, à faire découvrir un album aussi bon, et puis ça me permettais de me la péter un peu, de faire montre d’une certaine originalité que d’autres disques ne me permettaient pas d’avoir.
Il faut voir aussi que l’été précédent, je l’avais pas mal fait tourner et qu’il m’accompagnait presque tout le temps, en fond.

Mais j’étais un imposteur, disais-je.

Parce que cet album n’était pas à moi. Quand j’étais en prépa, j’avais 3 amis proches, au sein de mon lycée. L’un d’entre eux fut mon premier ami musicien et érudit (comprendre par là, un peu snob). Alors que nos chemins allaient se séparer par le biais des concours, un après-midi, alors que les cours s’étaient achevés plus tôt, il me proposa de passer chez lui pour me passer de la musique. Le souvenir se fait flou, donc je ne sais plus s’il m’a gravé un CD de mp3 à l’arrache (je crois que c’est ça, parce que les clés USB étaient encore une denrée rare à l’époque – si c’est le cas ce CD est perdu depuis longtemps), mais dessus, il y avait ce que lui, mon ami contempteur des Beatles entre autres, pensait être « des vrais trucs intéressants ». Oh, vous vous en doutez déjà probablement, c’est comme ça que j’ai découvert  Sonic Youth (Il y avait dessus, pour sûr, Washing Machine et Sonic Nurse qui venait de sortir). Il y avait aussi Spiderland de Slint. Cependant, pour une raison que j’ignore encore, il me passa ce CD (« je te passe le CD, parce que je l’ai pas ripé donc je l’ai pas en mp3 »), à la pochette avant très raffinée et à la pochette arrière affreuse ( offrant au regard un Rimbaud multicolore pas du meilleur goût). Peut-être parce qu’il savait que j’aimais les Smashing Pumpkins 1? Toujours est – il qu’il lança le début de Another morning Stoner, qu’en une minute j’étais conquis (le titre s’ouvrant sur ce qui est encore à l’heure actuelle une de mes intros préférées de tous les temps), m’expliqua à quel point ce groupe était génial (« tu te rends compte, en live ils changent de place entre les morceaux, un coup à la batterie, un coup au chant ! ») et que je repartis de chez lui le disque dans ma sacoche.

Outre Rimbaud en pochette arrière, il y a un titre qui s’appelle Baudelaire (qui est vachement enjoué pour ce titre, franchement), et donc ça avait de quoi parler à l’ado on-dit-pas-émo-on-dit-romantique que j’étais. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi cet album me touchait autant. J’ai toujours eu du mal à mettre des sentiments là-dessus, alors des mots n’en parlons pas, mais ce disque m’a toujours parlé, alors même que je ne dois toujours pas en avoir compris le tiers des paroles. Ce disque, quand j’ai commencé mes études supérieures, que je quittais mes parents pour la première fois, et que j’étais désespéré de ne pas être seul au point d’en être chiant, je l’ai fait écouter à tellement de personnes. Et si peu l’ont compris. Aucun ne l’a adopté.
Amusant comme un disque devenait « rien qu’à moi » sans jamais avoir été « à moi » de base.

Sur ce disque, il y a une face A merveilleuse, avec Another morning stoner, bien sûr, mais aussi le très beau How near, how far tout à la fois plein de lassitude et d’espoir, la pétarade It was there that I saw you en ouverture2 , la tentative bizarre de hardcore mélodique (ça existe, ça ?) de Hommage…

Pourtant, en le réécoutant maintenant, je réalise quelques trucs au sujet de ce disque :

  • OK, peut-être que je vois pourquoi la comparaison aux Smashing Pumpkins. Entre autres, cette batterie qui est incapable de garder un rythme, non, tout n’est que succession de roulement en tous sens un coup rafale de mitraillette, l’autre cavalcade effrénée, on distingue à grand peine la grosse caisse, et le rythme de base se voit souvent remplacé par un  titanesque mur de cymbales qui résonnent sans cesse, pas un instant de répit, d’ailleurs…
  • Cet  album ne ferme jamais sa gueule. Le moindre interstice entre les titres est rempli. On a pas fini le larsen de la chanson d’avant que l’intro de la suivante démarre, et si il y a plus de 30 secondes de répit, vas-y qu’on te colle un interlude.  Qui souvent reprend différemment (un coup au piano, un coup au violon) un passage d’une chanson à l’autre bout de l’album. C’est stupide, mais ça permet vraiment de faire de l’album un tout cohérent.
  • Quand on est pas dans un moment de calme tel qu’un interlude, tout pète dans tous les sens, tout le temps…. Sans une once de déformation. Pas de disto, une grosse caisse discrète au final. C’est impressionnant comme cet album sonne gros sans sonner lourd (comprenez heavy), jamais. Imposant, prenant tout l’espace qui peut lui être offert, mais bizarrement rapide et mobile, léger presque, comme si chacun des titres n’était qu’une ballade folk engloutie sous des déluges d’électricité. Chaque chanson, malgré sa stature, s’offrant un moment de légèreté, de ralentissement occasionnel, et souvent une petite envolée finale, laissant place à la joie après le désarroi ou la colère (selon le morceau) de chaque explosion de son.
  • Et aussi : Je me rappelle vachement mieux que je ne le croyais de la face B, qui recèle sont lot de bonnes chansons (Days of being wild, Relative Ways (qui était sorti en single à l’époque), Sources, Tags and Codes), et, même si elle contient le titre que j’apprécie le moins de l’album (Monsoon), son écoute reste agréable… Est-ce juste à cause de l’interlude que je stoppais quasi systématiquement mes écoutes après How near how far, ou juste que c’est ce titre précis qui me met dans l’état que je recherche lorsque j’écoute cet album ?



Oui, l’état dans lequel je veux être quand j’écoute cet album. Cette sorte d’espoir diffus, de tristesse teinté et d’autosuffisance mêlé. Ce disque m’a accompagné dans certains moments difficiles, et c’est peut-être pourquoi je n’en parle qu’aujourd’hui alors que c’est un des albums que j’aime le plus faire découvrir, même si à l’époque  j’avais plus cherché à l’imposer à mes connaissances qu’autre chose. Le partage de la musique, c’est comme le partage de tout : il faut que cela se fasse dans le respect et la modestie, à la bonne franquette quoi. On ne peut pas plus forcer les gens à apprécier la musique qu’on leur fait découvrir qu’on ne peut les forcer à nous apprécier, nous. Et quand, 3 mois après ce changement de vie, je me suis retrouvé paradoxalement plus seul que je ne l’ai jamais été, aliénant les gens du fait de ma crainte d’être isolé, Sources, Tags and Codes était là, bouée de sauvetage autant que malédiction. Ce disque que je connaissais et appréciais, moi, moi qui savait, moi qui comprenait ce qu’eux ne comprenaient pas, eux qui ne l’appréciaient pas, qui ne m’appréciaient pas. Une sorte de précieux qui était le symbole de ma supposée supériorité, sans pour autant que je ne parvienne à me réjouir d’être, tout simplement, moi3. En moins de temps que je ne pouvais le comprendre, ce disque n’était plus à moi, ce disque était – symboliquement – moi.  Difficile d’accès mais voulant pourtant plaire au plus grand nombre, qui essaye d’en faire trop, lourd, tout simplement, qui ne demande qu’à être apprécié, mais qui ne peut être apprécié que si on est déjà un peu barré à la base, trop bizarre et tordu sinon.


En fait, franchement... T'enlèves les corbeaux, les gars c'est The Hives.

Reste un album de belle stature qui m’aura soutenu dans un des moments les plus difficiles, ce qui fait qu’écrire dessus est si tétanisant. Réaliser qu’on a pu être un petit con, et pas qu’une fois, est probablement une des bénédictions de l’âge adulte, tout douloureux puisse être le regret de ne plus pouvoir saisir l’occasion de s’excuser, les gens concernés étant loin depuis longtemps.

Spent half a life deciding what went wrong… Effectivement, Il m’aura fallu quelques années pour réaliser tout cela et le mettre par écrit.


Au même titre qu’il m’en faudra pour réaliser que… On ne fait pas découvrir de la musique aux gens parce qu’on veut pouvoir se la péter, parce qu’on sait, parce qu’on est celui par qui la bonne nouvelle est arrivée. Non, on fait découvrir parce qu’on veut partager. Et la meilleure récompense en contrepartie est peut-être de découvrir ce que les autres veulent partager. Et vous savez quoi ? Discuter avec vous, partager avec vous, m’a manqué. Et c’est pas la faute aux disques (quoique), aux réseaux sociaux bouffant les blogs (quoique), c’est juste que… J’ai cru que j’avais quelque chose à dire, et qu’il ne servait à rien de parler pour ne rien dire. Or la vérité… c’est que j’ai surtout envie et besoin d’avoir quelque chose à entendre.
I don’t know what in this world is trying to save me / But I can feel its hand and it’s guiding me inside / From the life I tried to live / to the one that I received.




Aussi, je crois avoir perdu ce CD dans un de mes déménagements. Mais je l’ai trouvé en vinyle pour pas trop cher, depuis. Rimbaud n’a plus les honneurs de l’arrière de la pochette. C’est un vieux qui rit maintenant. Tout fout le camp… Sauf moi on dirait. Merci à ceux qui sont là, bonne route à ceux qui sont partis… Mais du coup me revoilà.


1 Trail of Dead est souvent comparé aux Pumpkins, pour des raisons qui m’ont presque toujours échappé. Je suspecte que c’est parce que s’il leur ressemble vraiment ça doit être à ceux de Machina, période du groupe qui a le moins mes faveurs.
2 It was there that I saw you dont je ne réalise qu’à l’instant (alors que j’en tapais le titre) que c’est peut-être une référence aux Beatles.
3 Il y a une sorte d’ironie totale et assez belle à ce que mes études se soient achevées avec ma découverte (tardive, oui) des Smiths et de I know it’s over, qui justement m’apprendra le message inverse à cette crise d’égo : « If you’re so clever… Then why are you on your own tonight ? ».

vendredi 27 novembre 2015

... And sometimes I just sit and Write

Dieu qu’il est dur de vivre sans musique.



C’est une banalité, je vous l’accorde, mais, d’un, c’est pas la première fois que je vous ouvre un article sur une banalité 1, de deux, c’est pas pour autant que c’est faux, vous le savez bien. Et ce fut le grand drame de mon année 2015 (ça avait bien commencé en 2014, certes). Non pas que je n’ai pas écouté de musique cette année. Mais surtout que je n’avais rien découvert. Ni dans le neuf, ni dans l’ancien. Donc je vivotais sur mes acquis. Craignant le pire. Craignant d’être devenu cette personne qui écoute des trucs découverts entre ses 15 et 25 ans et s’en satisfait. Ravi de ce que je connais, mais craignant d’être perdu pour la cause car largué. Bref, d’être devenu un trentenaire banal. Vous savez, ce cœur de cible de Rock en Seine.





Deux causes se cumulaient pour mener à ça : d’une part, une vie quotidienne heureuse, un goût se développant pour le fait de rester tranquille à la maison le soir ou le week - end, doublée d’une surcharge de travail m’empêchant de trainer aux quatre coins du Net (a fortiori ici).Tout simplement, ce fait de devenir adulte et de préférer refaire le salon et dépenser mon argent dans un canapé digne de ce nom plutôt que d’aller trainer chez le disquaire le samedi et de revenir les bras pleins de bons conseils (ces bons conseils qui m’ont fait découvrir tant de groupes dont je ne prenais déjà pas le temps de vous parler quand je l’avais. Le temps.)


D’autre part, un éreintement dû au dernier mouvement suivi de prêt : toute cette scène garagecalifornienne, dont les porte-drapeaux sont désormais bien connus : Ty Segall et ses 18 incarnations, Thee Oh Sees, The Fresh & Onlys… Tous des groupes intéressants (même si je dois avouer que Thee Oh Sees, ça ne passe pas avec moi, pas du tout), au sein d’une scène qui n’est même plus frémissante mais virulente aujourd’hui. Tant de sorties sous tant de formats,des Bandcamp en rafale, et ça essaime aux quatre coins du monde… Pour au final pas tant de disques vraiment convaincants, en proportion. A vous rendre nostalgique du manque d’infos que représentait l’ère pré-Internet, quasiment. Rajoutez par dessus que d’un coup, tous les nouvellement hipsters de la capitale ont décidé d’investir les salles où se produisaient ces groupes, arrivant pleins du solipsisme de leur fougueuse jeunesse2, me faisant petit à petit déserter les lives parisiens.



C’est ce qui fait que, progressivement, lassé d’une part par le travail à fournir pour simplement suivre l’actualité, et trouvant que ma vie rythmée uniquement d’une musique déjà bien connue n’était pas si dégueulasse, j’ai fini par me laisser aller à cultiver une nostalgie musicale sans chercher à renouer avec mes grandes heures d’explorateur sonore. Vous le savez, j’ai de toutes façons toujours été un grand nostalgique, même à 20 ans.

Puis la vie s’est compliquée. Toujours aussi agréable, mais… La musique n’a jamais été QUE la musique, ai-je fini par réaliser. Elle a surtout été un goût, partagé (ou pas) avec des gens. Des gens auxquels je tiens, et que j’ai fini par ne quasiment plus voir. Si vous me lisez, vous en faites probablement partie. Elle a été le moteur de ma vie sociale ces derniers… pff presque 10 ans. Elle a été un sujet majeur d’arguties, donc de discussion ces 15 dernières années. Devenir adulte peut bien signifier un milliard de choses que je ne connais pas, mais ça ne peut pas être cesser d’être curieux.Enfin, c'est ce que j'ai décidé de croire.


Ainsi étais-je occupé à vivoter, écoutant les sorties des groupes que j’aimais sans plus de conviction. Puis, il y a quelques jours, j’ai eu un coup de pot monumental. Je suis tombé, au hasard de Spotify 3, sur un album qui ne payait pas de mine, avec une pochette mal dessinée à la Daniel Johnston, et des chansons avec des titres marrants. Y en avait même une qui s’appelait Debbie Downer, et ça, ça me parle.


Une fois l’album lancé… Quel bonheur. Autant vous le dire tout de suite : même si je le trouve de grande classe, ce n’est pas un chef d’œuvre. C’est un bon album (même pas TRES bon), mais… enthousiasmant. Tellement. Exactement ce petit truc qui m’a manqué ces dernières années. De l’enthousiasme pour un disque. Une envie de le réécouter dès qu’il s’achève. Des mélodies accrocheuses comme pas possible (Debbie Downer, donc, Nobody really Care if you don’t go to the party4 aussi), des paroles malignes et marrantes… 


Et aussi, je ne sais comment le formuler sans être vexant envers 50 % des albums que j’ai écoutés récemment… un album qui est lo-fi sans jouer cette carte. Les morceaux sont simples, carrés, bien gaulés, un peu de distorsion dans les coins, mais pas 12 épaisseurs de boites d’œufs pour « Faire lo-fi ». Non, la décontration est naturelle, et le côté slacker me parle probablement un brin trop.Ici et là un morceau essaye de pousser les choses un peu plus loin, comme la longue Small Poppies qui se la joue blues, ou la lancinante An illustration of Loneliness (Sleepless in New York) qui sonne comme si Whirlwind Heat avait embauché un guitariste et décidé de faire de la pop5.


On pense à beaucoup de choses (le premier album de Paws, il y a quelques années, Scout Niblett qui prendrait ses médicaments, 0.5 Moldy Peaches, vous voyez l’idée), et ce disque m’a fait un bien fou. J’ai jeté un œil, et elle joue à la Gaité Lyrique samedi prochain. Pas de chance pour moi, c’est complet.Vous savez quoi ? Ca fait une paye que je n’avais pas été aussi content d’être déçu de rater un concert.


Ah oui, au fait. Elle s’appelle Courtney Barnett, et l’album s’appelle « Sometimes I sit and think, and sometimes I just sit ». C’était bien la moindre des choses que je m’asseye pour écrire.

Merci.





1 Par contre, vous m’excuserez d’avance, le côté « transpercer la banalité du fil d’une plume acérée pour la transcender » ce sera peut-être pas pour aujourd’hui, je suis un brin rouillé quand même. 

2 Comprendre par là : « Considérant que si tu es mécontent qu’ils t’aient fait renverser ta bière sur ton futal en pogottant sur une ballade, c’est que tu n’as pas la même légitimité qu’eux à être présent à ce concert ». Alors que toi, tu prêtais juste attention à ce qui se passe sur scène. Vieux con que tu es. Quiconque a vu un concert des Black Lips a plus de 25 ans comprendra ce que je veux dire.

3 Ouais, maintenant j’ai un abonnement Spotify. Je sais. Mais il venait avec mon forfait téléphone, donc… Par contre, c’est une bénédiction autant qu’une malédiction : 1. Ça me bouffe mon forfait assez facilement parce que 2. Ça ne m’aide pas avec ma tendance au zapping. Même si je sauvegarde 15 albums, il y a un moment où je vais vouloir chercher autre chose et bam, ça me bouffe mon forfait.

4 Dont le refrain « I wanna go out but I wanna stay home » résume grosso modo mon année 2015 je crois.

5 Soit donc un truc qui n'a pas grand chose à voir avec Wirlwind Heat. Oui, mon sens de la comparaison m’a l’air bien rouillé aussi. Par contre mon goût de la note de bas de page inutile est intact, on dirait.