mardi 9 avril 2013

19. The Smiths

Cet article est prévu depuis longtemps, mais il a fallu que les événements me poussent au cul. Depuis a création de cette rubrique, je sais que mon top 5 Smiths invitera Thomas, et je ne vous cacherais pas que quand il a décidé de fermer le Golb, ma première (bon, ok, seconde) pensée fut « Mais, et le top 5 des Smiths alors... »
Et quand il l'a rouvert c'est lui-même qui me signifia : «  tu sais, mon top 5 Smiths il est prêt depuis 2 ans, hein ».
Il y a un mois, je lui ai dit que de se tenir prêt parce que j'allais sûrement m'y mettre sous peu, les conditions m'étant favorables. Samedi dernier, il me fit comprendre qu'il attendait toujours. Dimanche midi, j'ai attaqué l'écriture en revenant de déjeuner chez mes parents. C'était mauvais j'ai rien gardé. De ce que j'ai écrit, pas du déjeuner. Ce matin, je m'y suis remis, au boulot. Pire encore.

Mais le monde étant ce qu'il était et mon esprit voyant des symboles partout, ben voilà, j'ai plus trop le choix.

http://www.tasoeur.biz/images/2011/12/24/the_smiths.jpgLes Smiths sont un des groupes que j'écoute aujourd'hui encore le plus régulièrement avec toujours le même plaisir. Le temps ne semble pas avoir de prise, et la lassitude qui serait pourtant légitime (il y a longtemps que l'intégrale de ce qu'ils ont fait est gravée dans mon « Juke Box mental ») ne semble pas prête de s'installer. C'est également un groupe qui surgit dans les moments les plus improbables, et la plupart de mes proches ont déjà entendu parler de la fois où, pendant les soldes, j'ai acheté un costume non soldé, juste parce que « This Charming Man » s'est mis à résonner dans le magasin au moment précis où j'entrais dans la cabine d'essayage. Bon, aussi, le costume m'allait bien et j'avais besoin d'un costume, mais vous saisissez l'idée.
J'ai découvert les Smiths à l'exact moment où il fallait pour que je les aime. C'est à dire quelques mois avant d'être diplômé. Il y a à mes yeux une incroyable logique là-dedans. On dit toujours que le rock est la musique de l'adolescence, ceci cela. Les Smiths, paradoxalement, et sous des dehors de romantisme ado exacerbé, est pour moi le groupe du passage à l'âge adulte. Je serais bien en peine d'expliquer pourquoi. Mais c'est prégnant, ne serait-ce que parce qu'il faut une certaine maturité (et une certaine pratique de la langue anglaise) pour saisir (sinon apprécier) la finesse, la profondeur, l'intelligence du songwriting de Morrissey. Donc oui, on risque de parler paroles, ne serait-ce que parce que ; plus encore que Dylan, je suis intimement convaincu que les Smiths font partie de ces artistes que les obtus pensant que « Les paroles c'est pas important » ne parviendront jamais à apprécier.
E même temps c'est bien fait pour eux.




Still Ill

Parce que c'est la chanson qui m'a, a première, fait réaliser que, plus qu'un bon parolier, Morrissey est un garçon qui a le sens de la formule. A l'image de son idole Oscar Wilde, il est capable, par-delà le simple fait d'être un bon auteur, de lancer parfois un trait de génie. Qui dans beaucoup de cas sera la seule chose que les gens retiendront, utiliseront hors contexte et gâcheront. (Wilde, Morrissey, Desproges, même combat)
I decree today that life is simply taking and not giving
There is a brighter side to life, and I should know bcause I've seen it, but not very often
On pourrait à l'aise citer l'intégralité du texte. Surtout qu'il n'est pas si long.

Mais il convient également d'ajouter un mot sur le musique, tout simplmeent, vu que ce morceau est caractéristique du style « Smiths, » à savoir quelques accords rêches, des arpèges rapides et ce son de la Rickenbacker de Johnny Marr... Et le tout porté par une ligne de basse bondissante, obsédante... Plus Smithien que Still Ill, tu meurs.





What she said

Johnny Marr's Guitar, round 2. Assorti d'une comparaison surprenante.
J'adore ce son. Ce son de guitare tournante, tourbillonnante qui ne s'arrête jamais ou sinon pour laisser place à une respiration qui ne servira qu'à repartir de plus belle. D'instinct, le seul morceau qui me vient immédiatement à l'esprit est … le Bodies des Smashing Pumpkins. Et j'ai une tendresse particulière qui me vient à l'idée que mon adolescence s'est ouverte et fermée sur ce cette même structure obsédante. Et quand bien même ce serait faux, mon goût de la symétrie s'en félicite.
Il va de soi que les paroles hilarantes, et le chant enjoué et envenimé de Morrissey ne ont que des raisons supplémentaires de la présence de cette chanson ici. Raison de plus : c'est peut être la seule chanson dont je préfère presque la version live de « Rank », où le morceau est « medleytisé » avec « Rubber Ring »... et la relance finale de l’assaut des guitares, Morrissey yoddlant la fin de Rubber Ring par dessus est, étonnamment, un de mes passages préférés de l’œuvre entière des Smiths.






I know it's over

C'est ce morceau qui m'a converti. Il se devait donc d'être là. Déjà il est construit selon un crescendo long de 6 minutes, ce qui en fait un morceau comme je les aime. Ensuite, il mêle une véritable tendresse à la limite de l’apitoiement à un sarcasme, un cynisme appliqués au narrateur lui-même qui ne peuvent que m'évoquer... ben moi, un peu. Ensuite, ce morceau a été la Bande Originale d'une période des plus bizarre e mon existence, le sus-cité passage à l'âge adulte, ou plutôt du moment précis où j'ai réalisé qu'il allait arriver sous peu et que j'allais devoir prendre d'une façon ou d'une autre ma vie en main... chose assez flippante, alors quand on sort d'une histoire sentimentale ratée (pas dans le sens nulle, mais plutôt celui d'une opportunité mal négociée et donc ratée à même d'emplir de remords), qui s’enchaîne avec une autre histoire, plutôt à ranger dans la catégorie « mort-née », celle-là... le désespoir et l'espoir mêlés de ce titre, et ses mots durs, mais juste, qui brisent tout autant qu'ils permettent de se focaliser et d'aller de l'avant, on les écoute plus d'une fois, je peux vous le dire.

It's so easy to laugh, it's so easy to hate. It takes strength to be gentle and kind.

Cette phrase est si simple et évidente qu'elle paraît niaise. Pourtant Dieu sait qu'elle est difficile à appliquer. Mais si tu es si malin pour la trouver niaise... Pourquoi es-tu seul ce soir?





There is a light that never goes out

Niaisierie épisode 2 ?
Soyons honnêtes un millième de seconde : le texte de cette chanson est presque à même d'interdire à jamais de dire que les Beatles ont écrit quoique ce soit de niais. Cette chanson est emplie d'un romantisme adolescent exacerbé à l'absurde, tout y est, et se terminer par l'extase de la mort des amants, tout amplifiée à l'extrême... Et c'est bien évidement cela qui rend ce titre imparable. Peu de chansons ont le même talent lorsqu'il s'agit de m'emplir de joie, d'espoir, de courage. Dès que résonne l'intro, mon cœur s'allège, je souris, et je nourris les rêves les plus fous.
Un jour que j'allais boire un verre avec une file qui me plaisait vraiment, un peu stressé par la possible issue négative de la soirée, j'entendis ce titre résonner dans le bar alors qu'on avait à peine posé nos manteaux. Soudain, le cœur léger, le goût du symbole, aussi, m'envahissant, l'issue de la soirée ne faisait plus de doute, no matter what, j’allais me lancer, tenter ma chance. Bien m'en a pris.

(Certes, je me suis fait larguer par téléphone 70 heures plus tard mais quand même.)





Ask

Finissons-en, bouclons la boucle. Si les Smiths ont accompagné ma sortie de l'adolescence, Morrissey est également celui qui a le mieux résumé l'ado que j'ai pu être. Au final, c'est peut-être ça, la fin de l'adolescence : c'est quand on prend conscience qu'on a été un adolescent. Donc, souvent, un imbécile. Et qu'on prend conscience de ce qu'on a pu être de ridicule, d'aveuglement, de bêtise. Qu'on pense aux erreur qu'on a faites, mais également à celles qu'on a pas faites, aux occasions manquées, aux choix qu'on a mal faits, aux filles qu'on a pas osé approcher. Au ridicule petit gars qui se prenait pour Rimbaud, dans ce carnet noir, enfermé dans la chambre à l'étage. A ses parents qui utilisaient cette phrase qui déjà semblait ridicule à l'époque « Tu vas pas rester enfermé, il fait beau dehors ». Et donc, chaque fois que résonne « Shyness is nice, and/Shyness can stop you / From doing all the things in life / You'd like to (...)Spending warm summer days indoors / Writing frightening verse /To a buck-toothed girl in Luxembourg », je me rappelle pourquoi j'aime les Smiths. Parce qu'ils me parlent. A moi, mais aussi au moi passé, et sûrement, au moi futur. Qu'ils sont là pour sermonner le moi lâche, pour encourager le moi hésitant, pour botter le train du moi timide, pour accompagner le moi qui ose. Et que j'entends que ça reste comme ça pour longtemps, jusqu’à ce que je tombe « Asleep » et qu'on ai à me conduire aux « Cemetery gates ».





La Selection de Thomas se trouve ICI.

mardi 12 février 2013

Nick Cave and the Bad Seeds, Live au Trianon (Paris, 11 Février 2013)

Lyon. Un week-end de 2007. Ou de 2008. Probablement 2008. Par contre, je n'arrive plus à me rappeler lequel, ni ce que je faisais à Lyon. Ca devait être 2008, parce que si j'ai écouté Nick Cave plus que de raison quand j'étais à Lyon en 2007, ce n'est qu'en 2008 que j'ai acquis Abattoir Blues / the Lyre of Orpheus. A Lyon pourtant. Ma mémoire n'est sûrement plus ce que je crois qu'elle était.
Toujours est il que je déambulais dans la Gare de la Part-Dieu quand c'est arrivé. Soudain, pour la première fois depuis des années, un titre, que j'avais pourtant déjà écouté quelques fois auparavant, m'a collé, d'un coup d'un seul, lors d'une montée / pont final, un sévère coup derrière la tête. Et me voilà, figé, frissonnant, au milieu de gens courant après leurs trains.

Hey, little train, wait for me. I once was blind, but now I see...

La seule raison pour laquelle je vous raconte ça, c'est que je ne me suis rappelé de ce moment de ma vie qu'hier soir. Elle est là la puissance de l’œuvre Cavienne (c'est cela dit le propre de l’œuvre de tout Grand), celle de nous dire, de nous rappeler de nous découvrir nous-mêmes.

Les Cavistes (que j'espère nombreux parmi les lecteurs de ces pages) ne devraient pas avoir besoin de plus que ça et de la setlist du concert d'hier pour comprendre à quel point j'ai passé une soirée extraordinaire. Mais c'est un peu court (jeune home) pour les autres, donc voilà.

http://blogs.lexpress.fr/judebox/wp-content/blogs.dir/687/files/2013/02/59ce89d2-630x630-300x300.jpgJ'ai décidé de prendre une place pour le concert de Nick Cave au Trianon pour la raison la plus con du monde : pour me venger de n'avoir pas pu avoir une place pour le concert de Pulp à l'Olympia. Je voulais y être, presque plus que je ne voulais y assister. Car voyez-vous, le petit problème, c'est que ce concert était là pour présenter le nouvel album. Nouvel album qui ne sort que lundi. Mais que tout le monde a déjà écouté. Sauf moi. Parce que tant qu'à faire, je voulais faire les choses bien. C'était ma première fois avec Nick Cave, tout de même.

Or justement, le problème c'est que l’œuvre du gars ces dernières années n'était pas vraiment à l'image de ses gloires passées. Si j'osais, j'avouerais que le dernier morceau de sa main qui m'ait vraiment entièrement convaincu, c'est « No Pussy Blues ». 2007, donc.
Enfin, ça c'était avant hier soir.

La salle du Trianon est charmante, avec ses sculptures et ses labris ses balcons en corbeille, sa moquette râpée de centre de Sécurité sociale. Le long rideau rouge pend sur la scène , et on se dit qu'au moins, le lieu est agréable – ce qui n'est pas plus mal vu qu'il faut y retourner dans quelques mois. En attendant qu'arrive Ska, et faute de pouvoir payer autrement que par carte bleue, je sirote un Jack Daniells 1 pour me mettre dans l'ambiance quand s'ouvre soudain le rideau rouge... sur un écran. Pour la diffusion du making of du dernier album. Ce n'est pas la chose la plus fascinante du monde, mais ça occupe. Surtout que (c'est le barman qui me l'a dit) le concert commençant à 20 h 30 ça ne devrait plus tarder.

C'est à ce moment que je retrouve Ska et sa chère et tendre. On discute quand le noir s'abat sur la scène. Les Bad Seeds ont tellement changés qu'on peine à reconnaître les musiciens, sauf évidement Warren « Robinson » Ellis. Il faudra que le Caveman himself excuse un Thomas Wylder malade pour réaliser que le batteur remplaçant de ce soir n'est autre que... Barry Adamson!2
Le groupe est accompagné, j'ai oublié de le dire, de plusieurs choristes : deux jeunes filles et quatre enfants, auprès desquels un Nick Cave étonnamment joueur avec son public ce soir ne cessera de s'excuser à chaque insulte proférée. (Enfin, à chaque « fuckin' ». Et ça fait fuckin' souvent).



Nick Cave, lui, n'arrive évidement qu'en dernier pour s'emparer du micro et saluer la salle, avant d'annoncer le programme de la soirée : Jouer d'abord le nouvel album dans l'ordre (« et non en shuffle comme tout le monde l'écouterai de nos jours »), puis ensuite jouer « some other old stuff ». On signe évidement des deux mains. Surtout pour les old stuff, parce qu'on vous rappellera ma situation : Cave ne m'a pas convaincu sur disque depuis … 2004 ?, et je ne sais pas encore vraiment à quoi ressemble l'album.

Dieu merci, les titres sont doux, Cave articule suffisamment bien pour que même dans les moments où je suis un peu moins convaincus (moments étonnamment rares, car, je le découvre ce soir même, l'album est plutôt très bon), je peux m'accrocher à l'écoute des paroles pour être certain de ne pas m'ennuyer un instant. Cela entraînera évidement quelques instants d'incompréhension (« Attends, c'est moi ou il vient bien de chanter « Wikipedia is heaven » ? Attends, il vient pas de dire « Hannah Montana » ? Faut croire, il vient de dire « Miley Cyrus ». Oh merde. Dans une chanson qui s'appele « Higgs Boson Blues »3)

Du nouvel album, je retiens surtout « We know who U R », ouverture sombre et tendre, « Jubilee Street » et « Finishing Jubilee Street », « Higgs Boson Blues », et le titre intitulant l'albm « Push the sky away » (Ce titre résonne particulièrement en ce jour de papauté démissionnaire, d'ailleurs...)

D'un certain côté, alors même que je me fais terrasser par certains titres, je sais que j'ai fait tout à la fois le bon et le mauvais choix. Découvrir Jubilee Street et son final, comme ça, sur scène, c'est le meilleur moyen de le découvrir, explosif, tranchant, impressionnant... Mais enfonçant fatalement, pour toujours, tout espoir d'être jamais réellement convaincu par son pendant studio qui n'atteindra jamais la même énergie, ne me mettra jamais, jamais, malgré toute la bonne volonté que le groupe comme moi pourraient y mêler, dans le même état que durant ces instants fugaces de communion.
Le même problème se posera pour « Higgs Boson Blues », même si l'incongruité des paroles me permettra de garder un peu plus les pieds sur terre.
Push the sky away conclut la première partie du set sur une note douceâtre, m'inspirant une image pas très inspirée à base de Leonard Cohen meets Kid A. La métaphore est pourrie, mais la chanson est belle.

Alors voilà. On est déjà très convaincu par l'album qu'on vient d'entendre. Mais d'un autre côté... C'est maintenant que l'excitation monte vraiment. Vraiment.

« And now, as promised, let's play some old stuff ».

On a à peine le temps de respirer qu'on abandonne tout ce qui faisait l'ambiance de la première moitié du concert. De halos pâles, la lumière s'ensanglante soudain, Nick saisit le micro et...

« I wanna tell you about a girl »

Non... Si.

From her to eternity, comme ça, direct. Plus de mélancolie, mais du sombre, du violent, Cave gesticulant, sautant, éructant... Nick Cavant. Il est en forme pour un vieux. Et il ne nous laisse pas vraiment de répit, nous entraînant dans la poisseur de sa discographie passée... Car à peine achevée cette performance sur un de ses titres de jeunesse... sonnent le glas. Non, sérieusement, Nick. Red Right Hand ? Maintenant, comme ça ? A croire qu'il veut convaincre au plus vite ceux qui auraient pu ne pas l'être suite à la première partie...



Mais bon, on ne peut pas tout faire dans la poix... Il est donc temps de remettre un peu de lumière dans ce théâtre. Ce sera O Children, qui, une fois que j'aurais compris qu'en fait ce n'était pas Easy Money, me bloquera à mi chemin entre le Trianon en 2013 et la Gare de la Part-Dieu en 2008. Oui, disons 2008, vous l'aurez deviné.
Et afin de vraiment poser les choses, de calmer l'ambiance à nouveau, ce sera the Ship Song, avant de dire bye-bye aux choristes (il est 22h, c'est l'heure de coucher les enfants.) Et ainsi, pendant encore quelques titres, les Bad Seeds, entre eux, de nous offrir, selon l'humeur, ce savant mélange de sang, de sueur, de larmes et de foutre qui constitue le cocktail unique de l’œuvre de Nick Cave.

A nouveau, on repart d'un sommet de violence avec Jack the Ripper, menée de main (de fer) de maître.4 Et on se surprend à découvrir ce groupe, ancien, rodé, déroulant ces titres avec une fougue et une énergie et une bonhomie (j'ose le terme) attendrissante. Pro, mais humains. Sauf le grand maître de cérémonie, pénétré, qui aimante le regard. Il y a là un déséquilibre aussi fascinant que frappant, ant, derrière lui, le groupe semble s'amuser tandis que lui prend les choses au sérieux.... Sauf que... sauf qu'il est un moment ou tous doivent s'amuser, et ce sera Deanna. On connaît tous ce titre, ce n'est pas lui le pic de la carrière des Bad Seeds, c'est, mais il est impossible de bouder son plaisir, surtout sur une version live aussi entraînante5.

Maintenant on s'en doute, il est temps de rebaisser le ton d'un cran, et le patron de s'installer au piano (dont on découvre l'existence à ce moment à vu qu'il n'avait pas servi jusqu'à présent!). C'est le moment souffrance. Your Funeral, my Trial, puis... Love Letter. Love Letter, Love Letter...
Paradoxalement, ce sera le moment « bas » de cette session (enfin à mes yeux), ce qui est surtout le preuve (sinon de mon manque de goût diront certains) du côté relevé de ce menu best of. Qui doit bien évidement s'achever en feu d'artifice...

I begin to warm and chill... To objects and their field....

Évidement. En plus la gonzesse derrière moi arrêtera enfin de gueuler « The Mercy Seat » à la fin de chaque morceau. Sauf que. Insatisfait par le démarrage, le groupe reprend le morceau, à l'instigation de son chanteur, depuis le début. Pour finir en apothéose, avec cette coda démente qu'on connaît tous (si vous ne connaissez pas, vous devriez).

Essoufflé, ravi, fasciné, même pas vraiment capable de râler que j'ai pas entendu telle chansons tellement je suis ravi et convaincu, j'attends. J'attends le retour, le rappel. Qui bien évidement viendra. Dum dududum... tou doudoudoum. Voilà. La conclusion. La folie, le sang, la sueur, le foutre, les larmes et le Diable : Stagger Lee. On ne saurait rêver meilleure conclusion. Les lumières se rallument pour nous indiquer la sortie, on a pas envie, mais bon.

Je sais, je ne suis pas à la hauteur pour résumer ce concert qui aura su me donner la chair de poule comme peu y sont parvenus auparavant... J'en suis désolé. Mais j'ai vu l'Apocalypse, et c'était beau.

Il est temps pour certain d'aller chercher les enfants, pour d'autres de rentrer... Et d'aller se coucher, en glissant dans le radio-réveil « The Lyre of Orpheus »...

O Children... Rejoice. Rejoice.






Setlist : Je vous ai détaillé tous les titres, donc c'est pas la peine non plus....


1 Oui, c'est décidé, vu les échos que j'ai eus de mon compte rendu de Rock en Seine, j'ai désormais décider de détailler toutes mes boissons dans les compte-rendus de concert. Rassurez-vous, je varierai les breuvages, et c'était mon seul verre de la soirée.
2 Je sais, ça ne peut faire (sou)rire que les cavistes nerds, et encore.
3 Cette chanson m'a bizarrement touché, en ce sens que j'y associe plein de trucs, eut égard à son truc, qui ne sont pas dedans. D'une part le blues du but atteint sans but vers lequel aller après – comme ont du le ressentir les physicien qui cherchaient à prouver l'existence dudit boson... Et se sont fait doubler. D'autre part, le fait que j'en ai appris la découverte via un texto qu'on m'a envoyé alors que j'étais en route pour un enterrement. Dieu que c'est triste un boson en Juillet.
4 On signalera que cette chanson fut présentée par le Caveman himself de la façon suivante : Vous savez, dans la vie à un moment ou à un autre, on atteint un pic, et à partir de là, tout ne fait que chuter … Blaaaah... Cette chanson est mon pic personnel ».
5 D'ailleurs, c'est peut-être la fréquentation trop assidue des concerts garage de Montreuil, mais j'avais bien l'impression d'être le seul en train de twister sur Deanna. Les gens ne savent plus s'amuser.

lundi 7 janvier 2013

18. blur

http://mybandmarket.com/blog/wp-content/uploads/2012/10/blur1.jpgC’est marrant. Dans la première liste de groupes que j’avais établie pour ces tops 5 (du temps où il y avait une liste, et que je m’y tenais, c’est dire si c’était il y a longtemps), Blur apparaissait. Puis s’est vu renvoyé, au profit de je ne sais qui je j’avais oublié, et qui me paraissait surement, à ce moment là, plus « rocknrollement correct ».

Et la situation serait restée la même si je n’avais pas soudain écouté ce groupe en boucle pendant près de deux mois. Les circonstances étaient exceptionnelles, mais le terreau était prêt. Pour moi qui suis un enfant illégitime des 90’s, les moments plus difficiles à passer sont rythmés, dans leur phase ascendante, par la britpop. Parce que quand on y regarde à deux fois, c’est le seul mouvement 90’s qui soit vraiment positif, pêchu, arrogant parfois. Un truc un peu flamboyant, quoi. Et qui m’a pas mal aidé à traverser les moments difficiles de ces derniers temps, me permettant de me « replier » sur ma prime jeunesse sans avoir envie de crever à la fin de chaque morceau. Ou du moins pas de tous. Alors en route.

For Tomorrow (Single Version)

Lui. Elle. Eux. Cette structure de chanson est tellement banale qu’on la retouve sous mille formes à mille époques. Ob-la-di, ob-la-da. Livin’ on a prayer. Le Jerk. Quand Blur s’y attaque, il garde évidement le côté positif de la bluette débutante, mais y ajoute des détails, des images, qui marquent. Et des cuivres. Les cuivres ! Toujours les cuivres qui à mes yeux transposent une chanson en quelque chose de plus. Les cuivres parviennent à me toucher jusqu’aux tréfonds de mon âme, à croire que mes entrailles ont une fréquence de résonnance proche du timbre d’un trombone. C’est pour ça que je mise évidement tout sur la version « Visit to primrose hill extended ». Parce que ces quelques minutes, ajoutées au cœur de la chanson, la font passer pour moi dans une dimension au dessus et que… ben voilà, on appuie sur replay, au final.







Sunday Sunday

Alors que je me remettais à écouter blur, entre autres via le live at Glastonbury 2009, il y avait une chanson, au début du premier rappel, que je ne reconnaissais pas. Ca me frustrait parce qu’elle était vachement bien, sautillante et tout. Après recherche, il s’avérait que c’était « Sunday Sunday », et que c’était un single de la période « Modern Life is Rubbish ». Manque de pot, pour une raison que je ne comprenais pas, il était absent du CD bonus de la réédition.
En fait je n’étais qu’un con, c’était la plage 8 de l’album.
Dire que j’ai failli rater une pépite – définissant accessoirement parfaitement la britpop – parlant d’un de mes trucs préférés – la sieste après le repas de famille du dimanche midi – juste parce que je suis trop fainéant pour checker les listes de titres sur mes disques et que j’aime pas du tout l’instru qui le précède (pas ma faute, il me colle mal à l’aise)






Country house

1. Des cuivres
2. Cette descente de la basse dans l’intro
3. Faire rimer Balzac et Prozac.
4. Le texte. Je sais bien que ça parle des pop star neurasthéniques qui vont s’enterrer à la campagne (dans mon cerveau malsain, cette chanson est une sorte de suite au « Everybody’s talkin’ » de Harry Nillson), mais moi, j’ai surtout vu des collègues aller s’enterrer en banlieue éloignée et se faire tellement chier qu’ils se sentent obligés de te convaincre que leur vie est top, à installer des portes de garage, des chatières, et à cultiver leur jardin.
Au moins, grâce à cette chanson, Damon Albarn me soutient pendant les difficiles moments passés à regarder des photos de radis sur un iPhone 4 pendant la pause café.






You’re so Great

 La meilleure chanson de Pavement est une chanson de blur. Splendeur simplissime, Graham Coxon signe une de ces merveilles dont il est capable, et ferait chialer le plus endurci des cœurs avec sa déclaration parfaite. A une fille ou au délirium tremens, je n’en sais rien, je sais juste que la déclaration elle-même est top.






Tender

J’ai hésité. Longuement. Entre  « Tender » et « No distance left to run ». J’ai même hésité à foutre Bugman histoire de trancher, mais j’aurais rien pu raconter dessus, à part que j’aime beaucoup cette chanson. Mais au final, si Tender est certes plus radiomical, c’est surtout un morceau qui met le doigt sur un point essentiel de l’échec amoureux.
No distance left to run, déjà, n’est pas une chanson de rupture, mais une chanson de constat que la rupture est inévitable.
Tender se situe de l’autre côté de l’évènement. Il est l’appel d’un gars désespéré qui voudrait passer à autre chose. Certains y voient un hymne gospel, mais c’est surtout une tentative d’auto-suggestion, d’auto-conviction, d’auto-encourragement à mi-chemin entre la méthode Coué et le mantra. « Come on, come on get through it / Love’s the greatest thing ». De la difficulté à dissocier l’amour de la chose aimée. Comment peut – on continuer à croire en l’amour quand on est obligé d’abandonner, de délaisser ce que l’on aime?
Et le « I see her every day / It doesn’t help me » de  She’s so high de soudain résonner, en écho du passé, dans l'attente que ce sentiment (re)vienne.






Bonus : Theme from an imaginary film

Je n’ai rien à dire sur ce morceau sinon que, rien que pour me l’avoir fait découvrir, je remercie chaque jour les instigateurs de la réédition / intégrale nommée “21”.
Et tous les groupes qui se voient synthétisés dans cette perle.
Et Noël, dont c'est une parfaite musique d'accompagnement.



dimanche 29 juillet 2012

Le jour ou je trouve un titre à cet article, j'ai un titre pour mon autobiographie

J’avis beau savoir que ça allait me forcer à recommencer à écrire, je ne savais pas encore comment. J’ai naïvement cru que j’allais pouvoir reprendre à l’ancienne et à la rigueur peut-être faire allusion à ma situation courante.

Sauf que non, je suis vraiment con, et quand tu as un truc qui occupe le plein centre de tes pensées, c’est pas forcément le truc ni le plus malin ni le plus simple que de chercher à en causer seulement par petites touches.

 

Si vous êtes ici c’est parce que vous êtes un ami de la famille et que je vous ait envoyé ce lien directement, donc nous sommes entre gens de bien et autant que j’arrête de faire du suspense : le 13 Juillet dernier on m’a diagnostiqué un lymphome. Je suis donc en arrêt de travail depuis. Je subis des examens destinés à déterminer à quel type on a affaire afin de pouvoir déterminer au mieux le traitement à me faire suivre. Ce type de maladie, même s’il y en a plein de types, est connue et a tendance à se soigner avec de bons taux de réussite.

Reste que je n’ai même pas encore 35 ans, que ma fille n’a même pas un an, que j’ai un cancer et que ça me fait chier (et aussi, évidement, peur).

 

Paradoxe de la maladie

Comme me l’a expliqué le docteur, le lymphome… Ben c’est comme ça, ca vous tombe dessus. Y a pas forcément de raison ou d’antécédent qui le justifie. C’est bizarre, mais ce point me rassure autant qu’il me préoccupe.

En fait c’est ça qui m’a fait vous causer autant de néo-métal que de colère sans sujet j’autre jour : c’est probablement aussi faux que malsain, mais si j’avais quelque chose qui peut directement être associé à mon manque d’hygiène de vie des… 20 dernières années, au moins je pourrais me haïr, ou a défaut haïr ue image passée de moi-même que je jugerai responsable de ce qui m’arrive.

De la même façon, mon premier réflexe à l’annonce de la maladie avait été de soudain l’envisager en mode « moi contre mon système lymphatique » sauf qu’en fait non ça peut pas marcher comme ça.

Ma généraliste, à qui j’avais partagé cette constatation, m’a offert l’image de « nous, c’est vous ET votre système lymphatique contre le cancer », et si je… veux bien, j’ai beaucoup de mal à gérer une anthorpomorphisation de la maladie qui m’atteint.

 

Paradoxe de la vision de l’avenir

En l’état actuel je suis dans la phase d’investigation. Pour tout vous dire (on est entre gens bien), je dois être opéré vendredi (biopsie) pour savoir une bonne fois pour toute (espérons le) de quoi il en retourne. Ce qui m’attend derrière me terrifie autant que m’impatiente. J’ai envie d’enfin passer dans une phase de traitement, j’ai envie de pouvoir aller mieux, j’ai envie de sentir les plus flagrants de mes symptômes disparaitre petit à petit (« de la chance dabs mon malheur » : j’ai des symptômes tout cons genre des raideurs dans le cou qui y sont directement associé et que j’ai sincèrement hâte de sentir partir). Mais ça passe aussi par … Ben le traitement lui-même, dont les conséquences me terrifient d’avance. Tel un Socrate moderne (et Dieu sait que je honnis de me comparer au casse-couille en chef), tout ce que je sais c’est que je ne sais rien. Je peux bien essayer d’appeler à moi le souvenir de mes pires gueules de bois et angines cumulées, une part de moi sait que je suis encore loin du compte. Enfin le point primordial c’est qu’à ce moment là, l’ensemble m’offrira un peu de structure. Peut être que je redouterais à jamais un jour donné de la semaine, mais ce sera différent de la période courante ou tout à la fois je suis pas sur de ce que j’ai précisément, et suis à la merci de quand l’hôpital m’appellera pour s’occuper de moi (par exemple : j’ai fais deux test COVI en 3 jours parce qu’on m’a décalé ma chirurgie et que le test COVID doit être « frais » de moins de 48 h.)

Credit where credit is due: en deux semaines quasi toutes les étapes d’exploration auront été faite, sachant que la biopsie se gère pas sur un coin de table non plus… J’ai la chance d’être pris en main par des gens compétents et pour la plupart sympathiques.

 

Les conséquences se font déjà voir et elles sont positives

Je ne parle pas du fait de perdre mes cheveux – je sais même pas encore si ça arrivera. Mais plutot d’une remise en question plus générale, un choc lié à a façon dont on se répond soi- même à la question « si je mourais maintenant, est-ce que j’aurais au moins l’impression d’avoir vécu ? » et bien sur… « Qu’est-ce que je regrette ? »

A la vérité, je peux d’ores et déjà vous dire que je regrette beaucoup de choses sur le plan professionnel (qui est là où j'ai le moins l'impression d'avoir vécu). Mais je ne peux pas réécrire l’histoire et démissionner au bout de deux ans de postes que j’ai occupé plus longtemps que ça, et puis de toutes façons c’est probablement le dernier pan de ma vie sur lequel je vais pouvoir agir – chronologiquement.

Non. On remet de l’ordre tranquillement dans son jardin personnel, arrachant les regrets qu’on peut telles des mauvaises herbes. Longtemps j’ai craint de ne pas trouver le courage de redire à mon père que je l’aime (pour la première fois depuis mon adolescence, peut-être). Longtemps j‘ai eu peur de ne lui dire que sur son lit de mort à la rigueur. Et jamais il ne m’était venu à l’esprit que mon lit de mort serait peut-être le premier. Eh bien quoiqu’il arrive cette crainte n’a plus lieu d’exister. Comme quoi il ne sort pas que du mauvais des mauvais évènements.

Aussi, permettez-moi de vous le dire, à vous tous à qui j’ai envoyé le lien vers cet article : je vous aime. On s’est peut-être pas causé sérieusement depuis des piges, peut-être même que je vous dois encore 5 euros d’un coup qu’on a été boire en 2010 j’en sais rien, mais peu importe : je veux que vous sachiez tout à la fois que c’est la merde mais que je suis bien entouré. Et que, d’une façon ou d’une autre, vous me manquez suffisamment pour que je sente le besoin de vous informer.

 

Des bises à tous.

 

mercredi 15 février 2012

Up the Bracket (Libertines, Angleterre, 2002)



Oui, j’avais 16/17 ans quand j’ai découvert cet album. Oui, à l’époque, j’admirais encore Muse et Placebo, qui n’avaient pas encore publié les albums infâmants qui me les feraient vouer aux gémonies à peine un an plus tard.
Oui, j’étais adolescent. Et alors, la belle affaire.  Réglons le problème tout de suite : le fait d’apprécier plus un truc du fait qu’on le découvre adolescent n’est aucunement un critère de qualité, mais certainement pas de médiocrité non plus.  Si vous considérez cet état de fait comme une raison pour un album de ne pas recevoir le label qualité, révisez de suite votre avis sur Musset, Rimbaud, Baudelaire ou Les souffrances du jeune Werther : vous verrez que ce ne sont pas des œuvres dont le goût « passe avec l’âge », et la raison en est simple, ce sont juste de grandes œuvres. Il en est de même avec « Up the Bracket ».

Et puis de toutes façons,  autant le dire de suite, quand j’ai découvert cet album, acheté à l’époque sur la seule foi d’une critique « disque du mois » dans le Rock & Folk numéro 423, je me suis senti floué. Je n’ai tout simplement pas aimé ce disque, mis à part les deux premiers moreaux et la chanson-titre. Puis, trop occupé que j’étais à découvrir, en vrac, les Doors, Bowie ou les Who, j’ai purement et simplement laissé tombé cet album, que j’ai  même (c’est à peine si j’ose le dire) traité avec le dernier des mépris. Pensez-bien : il fut une époque, aux alentours de 2004-2005 où, dans mon appartement nancéien, ce disque me servait de sous-tasse, afin que le café qui pouvait s’échapper de mon mug Rolling Stones ne viennent pas salir mon bureau. Et quand je dis le disque, je parle bien du CD sans sa boîte. Après de tels traitements, j’en viens à me demander parfois si ce n’est pas la providence divine qui lui a conservé sa capacité à passer encore dans la chaîne sans tressautement, vu l’état actuel de certains disque que j’aime moins dorénavant mais avait bien mieux entretenus.

C’est bien plus tard, ramené dans le giron des Libertines – et bien après que Doherty ne soit devenu le gibier pour photographe de Voici sous la forme duquel on l’a découvert dans nos contrées – par le second album, que j’ai compris la beauté* de ce disque.  Ce disque n’est pas, comme je l’espérais à l’époque, un disque de revival comme pouvaient l’être d’autres albums sortis à peu près à la même époque (les premiers Vines, Strokes…) C’est un disque de transition, de synthèse. Les Libertines font tout à la fois penser à tout le monde sans jamais vraiment ressembler à personne (ni à rien, ajouterons les toujours prestes haters que le groupe a réussi à créer bien malgré lui). Quelque soit le terme qu’on cherche à accoler à ce disque (morgue, classe, fougue, urgence) , il lui va comme le gant qui fut porté plus tôt par un autre groupe anglais, qu’il s’agisse, au choix, des Kinks, Clash, Smiths, Blur (comme par hasard dans l'ensemble des groupes dont les textes sont loin d'être mauvais...), j’en passe et des meilleurs et des majeurs comme des mineurs.

"So great I cried". Le NME, tout dans la mesure comme moi, honnête comme mon ex.

En ce sens, la carrière météoritique du groupe et totalement justifiée (symboliquement s’entend), passeur qu’il fut entre le XXème et le XXIème  siècle, symbole d’une génération éphémère : la mienne, celle qui, coincée entre les fouilleurs de bacs et les fouilleurs de liens a fait l’essentiel de sa culture en gravant des CDs empruntés à des potes où à la médiathèque. Une génération fin de siècle, qui, après les cyniques 80’s et les dépressifs 90’s a voulu, l’espace de 12 pépites et 36 minutes parfaites, croire à nouveau en un romantisme flamboyant, rageant et classieux, en un élan de sturm und drang sur fond de guitares saturées qui finit par converger vers cette phrase qui résonne comme un manifeste :  if you've lost your faith in love and music the end won’t be long.

Il y a 10 ans, j’étais un jeune étudiant déçu par un album du mois acheté à la sortie d’un cours de maths long comme un jour sans pain. Aujourd’hui, j’écoute pour une énième fois un album que je trouve éternel en me demandant comment j’ai pu passer à côté à l’époque, en attendant mon « entretien d’évaluation personnelle » annuel. Il y en a, des disques que j’ai fini par renier, la maturité, l’évolution de mes goûts et l’arrivée de l’âge adulte aidant. Mais il faut croire que toute la maturité du monde ne pourra pas enterrer celui-ci.

Le jour où je finirais par aimer moins, voir des défauts, ou, pire, dénigrer « Up the Bracket », ce ne sera pas parce que je serais devenu un adulte… mais un vieux con. Dieu m’en garde, pour l’instant, I get along.



 



* C’est fou ce que les clichés et tics d’écriture ont comme force : par peur du vide qualificatif, j’ai quand même failli coller un « vénéneuse » ou un « diaphane » qui n’a rien à foutre là.

jeudi 10 novembre 2011

Smashing Pumpkins, Paris (Zénith) - 9 Novembre 2011

Ca y est, j’ai enfin vu les Smashing Pumpkins sur scène. C’est purement et simplement un rêve de « moi à 16 ans » qui se réalise. Et autant le dire dès le début de cet article, ce ne fut pas le plus grand concert que j’aie jamais vu. Cela dit, ce fut tout de même une très bonne soirée.

Les appréhensions que j’avais avant le concert résument finalement assez bien mon ressenti du concert lui-même. Comprenez : alors que j’allais enfin les voir sur scène, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Un peu comme quand on va voir un groupe qu’on adore pour la première fois quand celui-ci vient de sortir son pire album, on fait tout pour ne pas bouder son plaisir, mais pourtant, on a du mal à ne pas regretter de les avoir ratés sur la tournée d’avant.

Enfin. Bien installés dans la fosse du Zénith (pluriel, car concert familial : ce n’était que justice que d’embarquer ma frangine – à qui je dois en grande partie mon amour des citrouilles pour ce concert, et le « moi à 16 ans est aussi présent, surtout que quand on voit Ouï FM sponsoriser un concert des Pumpkins, on a l’impression d’être de retour en 2000…), on endure la première partie en attendant qu’arrive le vrai show. Pour la première partie, on dira juste que ce groupe cumulait les bonnes idées et références (viennent d’Austin, TX, influences Sonic Youth / Jesus & Mary Chain, bassiste en jupette / bas) mais c’est comme la morue aux fraises, c’est pas parce qu’on ajoute mille bon trucs qu’on évite d’obtenir une bouillie dégueulasse.

21 h 15 : Ca y est, le groupe entre en scène, salue discrètement le public, le rideau tombe pour révéler un décor de pseudo fête foraine dorée et attaque. Nouveau morceau. Puis encore un nouveau morceau. Logique, le groupe a un album qui doit sortir en début 2012, il est logique de venir le défendre… Mais le concert commence exactement comme je le redoutais : le public, les nouveaux morceaux, il s’en fout. Il est là pour réentendre les tubes de sa jeunesse. De plus, les nouveaux morceaux ne sont pas grandioses. Un peu trop fouillis, encore.  Mais heureusement pour les nostalgiques, Le groupe a une autre actu : la prochaine réédition de ses deux premiers albums (fin du mois). J’avais un peu peur de bouffer trop de Gish et des Siamese Dream et j’avais a moitié raison* Mais cela ne se fera pas sans petit clin d’œil / cadeau pour les fans : on commence par s’enchaîner, après ces deux inédits, donc,  Starla (face B du premier single du groupe – I am One** - et accessoirement chef d’œuvre caché), Geek U.S.A., un Muzzle qui fait plaisir par où il passe (And I knew… the meaning of the world ) puis … Window Paine. Clairement le morceau que je ne m’attendais pas vraiment à entendre.
Et après ce moment de joie n°1, nouveau morceau (enfin, pas inédit, mais un récent : Lightning Strikes, et là, bam, le public se calme. Et ce sera comme ça toute la soirée. Par moments, j’avais limite mal pour le groupe de voir ainsi le public ne pas réagir aux nouveaux titres… Mais d’un autre côté, je me dois d’avouer que les nouveaux titres ne valent pas tous qu’on s’enflamme, loin de là. Et le rythme de la soirée est ainsi donné : 2/3 vieux morceaux qui enflamment la salle suivis de 2 morceaux récents qui plombent tout. En toute logique, c’est pourquoi le concert ne fut pas dantesque, mais plein de bon moments et de bons morceaux. Par exemple, juste alors que l’ambiance est calmée par ce morceau récent (que j’ai l’impression que personne, mais personne connait dans l’assistance…), voilà, tout s’enflamme à nouveau sur Siva / Soma… Puis nouveau morceau… Puis nouvelle plongée dans Pisces Iscariot (Frail & Bedazzled). L’indispensable Silverfuck  - moi qui ne suis pas le plus grand agité de la fosse, j’en fus pour mes frais, j’ai encore des courbatures deux jours après -histoire de bien mettre le feu avant de te recalmer tout le monde avec des nouveaux morceaux, et longs en plus ! Je ne suis pas tendre avec les nouveaux morceaux, je vous l’accorde. Mais je verrais sur l’album. Je dois admettre que par moments, les basses et la grosse caisse surpuissantes résonnant dans le Zénith me faisaient littéralement mal et que j’étais pas forcément dans le meilleur état pour apprécier.

Quoiqu’il en soit, à partir de là le concert claque un quasi… non, un sans faute, sérieux. Thru the Eyes of Ruby (The night has come… to hold us young…), qui dégénère en I am one, pour rouvrir sur Cherub Rock fut véritablement le meilleur moment du concert – et peut-être le plus éprouvant physiquement. Derrière ça, les nouveautés sont rafraichissantes : Owata (déjà connue) et My Love is Winter (à venir) sont deux morceaux mignons et plein d’entrain qui ne sont pas sans rappeler Zwan et sont idéales pour reprendre son souffle, se laissant écouter sans déplaisir aucun. Et le set de s’achever sur (enfin !) un morceau de Adore, le déchirant For Martha – qui ne fut pas si déchirant que cela bizarrement, et tint plutôt de salut cordial et émouvant au public.

 Portrait du critique en fan.
A ce moment… On sait que le groupe reviendra (logique de Setlist : trop de tubes manquent) mais on réalise aussi qu’on a eu droit à deux belles heures de concert. Fatigué,  peut-être pas heureux non plus, mais quand même très content, clairement (surtout que ce concert m’a permis de redécouvrir des morceaux dont j’avais oublié qu’ils étaient si bons…).
Et le groupe de revenir pour le rappel peut-être le plus téléphoné de l’histoire, mais peut-être aussi le meilleur que j’aie vu. Après avoir discuté un peu avec le public ( pour la première fois du concert : Corgan donne beaucoup pendant les morceau, mais entre, juste quelques mercis.), expliquant : «  When I came into this showroom earlier today, I realised that I’ve already come in this place. It was in 1992. But, I wasn’t playing with the Smashing Pumpkins, I was in the audiance, over there, and I came to see play The Rita Mitsouko. Do you know the Rita Mitsouko? Tiny Woman. Tiny, tiny, but noisy woman. Was great .»
Et le rappel d’éclater, Zero puis Bullet with Butterflies Wings. Et bye – bye. Lights on. Bien sur, oj’ai un pincement au cœur en pensant aux chansons qui n’ont pas été jouées (Today, Tonight, tonight, 1979…) mais d’un autre côté, je suis pleinement repu, et content. Pas le meilleur concert de ma vie (par contre, pour ma sœur, je sais pas), mais assurément, je me sens bien, car je viens de boucler une boucle, et de régler un compte avec moi-même : moi à 16 ans ne peut plus me reprocher de ne pas avoir tenté plus de convaincre mes parents de me laisser aller les voir en 2001, de les avoir ratés au Rex en 2007. Et Corgan a toujours une classe et une présence affolantes. Certains passages a cappella sur Silverfuck ou Siva, où le public fermait enfin sa gueule... Voilà un truc où le terme mystique retrouve son sens.
Allez, moi à 16 ans, je t’emmènerais peut-être voir Radiohead en 2012, mais Mc Cartney c’est trop cher. Au pire, on retournera voir les Pumpkins en 2012, si l’album est bon. Mais pour l’instant, profite tout ton saooul de la chance qu’on a eu. C’était bien, hein ?


Setlist: Quasar / Panopticon / Starla / Geek U.S.A. / Muzzle / Window Paine / Lightning Strikes / Soma / Siva / Oceania / Frail and Bedazzled / Silverfuck / Pinwheels / Pale Horse / Thru the Eyes of Ruby / Cherub Rock / Owata / My love is winter / For Martha
Rappel: Zero / Bullet with Butterflies wings


Pour la vidéo, heu, ben, y en a plein sur Youtube... Alors j'ai pris celle ci, parce que vraiment ce fut la claque que je n'attendais pas ce morceau. L'image est pas top, le son est étonnament bon pour une vidéo youtube de concert.




* En fait, il s’avère qu’on a jamais trop de Siamese Dream en fait.
** I am one qui fut, disons.. . une sorte de running gag du concert, Corgan en chantant quelques paroles durant le pont de Siva, puis le groupe en enchainant intro, solo et outro pour finir Thru the Eyes of Ruby (mais ça on y revient)


PS: Nicole F., si tu me lis, tu as atteint la seconde place du "top des bassiste de Guic" en dépassant alégrement D'arcy. Ta tenue de mercredi t'as aidé beaucoup. Le mugshot de D'arcy aussi.

mardi 18 octobre 2011

Esprit adolescent, lithium ou quelque chose dans le chemin... toutes mes excuses, mais ça pue un peu au royaume du Rock

Après deux semaines à ce qu’on nous rappelle à quel point Nirvana fut un grand groupe et Nevermind un grand album… Je dois vous l’avouer, je n’en peux plus. Ca me plombe le moral totalement. Ce qui est normal, cela dit, on parle tout de même de Nirvana… Dont il faudrait, peut-être enfin, remettre en question les conséquences néfastes.


Houlà, houlà, stop, je m’engage dans un chemin dangereux – Nirvana faisant partie de ces groupes qui ont changé des vies et modelé des destinées, je ne voudrais blesser personne (et cela, je le pense sincèrement) c’est pourquoi, afin de ne pas être accusé de crime de lèse-macchabée alors que j’ai tapé à peine cinq lignes, il me semble indispensable de préciser quelques points.

Parenthèse – Préambule :

  1. Cet article ne se veut en rien une critique négative de l’œuvre musicale de Nirvana. Pour ceux qu’un tel article intéresserait, je vous invite à aller lorgner là
  2. Cet article ne se veut en aucun être un manifeste de révisionnisme musicale visant à minimiser l’importance qu’a pu avoir le trio d’Aberdeen entre fin 1991 et début 1995.
  3. Cet article adopte l’hypothèse selon laquelle la mort de Kurt Cobain n’est aucunement au centre d’un complot d’Etat. (Comprendre par  là : de l’Etat de Washington)
  4. Cet article ne se veut en aucun cas une chronique au sujet de la réédition – remasterisation de l’album au centre de tous les débats ces derniers temps.


-          Rha, encore Nirvana… Commencent à faire chier avec la réédition de Nevermind.

-          Ben tu voudrais entendre parler de quoi à la place ? L’affaire Karachi ? Les primaires socialistes ? La défaite face aux Tonga ?1

-          Non, je sais pas… Les rééditions de Pink Floyd ? Non, même, plus osé encore : entendre parler d’un groupe qui était encore en activité il y a moins de 15 ans, tiens, voilà qui serait audacieux.

-          Mais merde, d’un autre côté, tu devrais te réjouir d’entendre du Nirvana à la radio, toi qui rale tout le temps que tu supportes pas ce qui passe…

-          Youpi, entendre Come as you are version unplugged pour la six millième fois de ma vie…

-          Mais merde, t’aimes bien Nirvana pourtant.

-          Leur musique, oui. C’est plutôt le mythe qui me gonfle.

-          Attends, ils le méritent le mythe… C’était un groupe super important, et puis voilà, quoi, Cobain, le « club des 27 », bon, ok, ils nous ont gonflé avec leur club ces derniers temps mais bon…

-          Surtout que Cobain, lui-même, déjà, a rien à y foutre.

-          De quoi ?

-          Ben oui. Le club des 27, ils sont 4 dedans, ils resteront pour toujours 4. Tu peux pas chercher des concepts symboliques et en faire n’importe quoi derrière,  bordel. Ils sont 4 (Jones, Hendrix, Joplin, Morrison), morts d’overdose ou assimilé, en l’espace de 2 ans exactement, marquant ainsi la fin du rêve hippie et délimitant par la même ses limites (et rappelant les limites du corps humain, aussi, un peu.) Tout le monde sait ça, tout le monde s’accorde là-dessus. Cobain, lui, tous 27 ans qu’il ait pu avoir lors de son décès, sa mort n’a jamais marqué que la fin de son groupe. Celle du Grunge, de façon toute symbolique (celle de l’engouement mondial pour le grunge, en fait), et surtout, et j’ai presque l’impression que tout le monde l’a oublié : il a choisi de mourir. Alors le concept de malédiction rock n’ roll dans de telles circonstances, très peu pour moi.

-          OK, bon, pas sur ce point « mythologique », mais tu peux pas nier que Nirvana ça a été un groupe super important dans l’histoire du rock.

-          Oui. Bien sur. Genre de dernier sursaut avant l’agonie tu vas me dire ?

-          Si tu veux…

-          Mais bizarrement, ce qui m’intrigue c’est que j’ai vachement l’impression que Nirvana, au contraire, c’est le début de l’agonie… Déjà, au niveau même du Grunge, ils ont un côté « arbre qui cache la forêt… » Je sais pas, J’ai un mal fou à retrouver un autre mouvement du rock où un groupe a à ce point vampirisé l’attention des gens.Certes, des groupes comme les Beatles, les Pistols, ont parfois été plus en avant que les autres, mais tu avais toujours un pendant direct, et quelques groupes derrière, pas forcément anecdotiques d’ailleurs, mais là, et en particulier en dehors des frontières ricaines, Pearl Jam, Alice in Chains ou Mudhoney… J’ai souvent l’impression que c’est rétroactivement qu’on les a redécouverts et estimés à leur juste valeur. Et pour moi, Nirvana brouille l’équation pour plusieurs raisons : ça a été le groupe le plus mis en avant, sans non plus être vraiment le plus représentatif, et avec, en plus de ça, un héritage discutable…Parce que si tu regardes en arrière, tu réalise que chaque mouvement  adirectement influencé celui qui a atteint son pic  dans les .. 5 ans qui suivent. Avec Nirvana, rien de cela (à moins que tu viennes me dire que l’héritage de Nirvana c’est… le néo-métal.), voire pire : 5 ans plus tard, le rock est cliniquement mort, et l’album de l’année de Rock & Folk est un album des Chemical Brothers.

-          Tu peux pas non plus les accuser d’un vieillissement qui était logique, et puis, il a bien retrouvé des couleurs derrière, le rock… même dans l’après direct : Oasis, Radiohead… Ouais, ils sont anglais, mais bon…

-          Ouais, mais tous ces groupes, et c’est une évidence concernant Oasis, mais aussi, plus tardivement, les Libertines, White Stripes ou Strokes on été fouiller dans un héritage beaucoup plus ancien, dans les 60’s / 70’s… Des fois, j’ai l’impression que Nirvana ça a été pour beaucoup de groupe le déclic qui leur a donné envie de faire de la musique, mais que c’est pas un groupe qui les a inspirés plus que ça… C’est logique cela dit, le Grunge était un tel cuumul d’influecnes des générations précédentes, que derrière, il est extrêment difficile de s’inspirer sans tomber dans le pastiche, qu’on appellera Nickelback. Alors ils ont tous été plus ou moins obligés de diluer le bouillon, et de repartir de plus haut, en se focalisant sur un truc parmi la foultitude d’influences. Enfin bon, je sais pas trop, je me paume un peu dans mon propre raisonnement pour tout dire…

-          Mais donc, au final, tu leur reproches quoi ?

-          Je leur reproche un truc un peu con… Et assez égoïste. Je leur reproche d’avoir faussé la notion de « Rock, musique de l’adolescence ». Comprends-moi : je suis fan d’Oasis, des Libertines, des Smashing Pumpkins. Quand tu te retrouves dans une sorte de joute orale avec des fans de Rock, il est assez fréquent, en particulier au sujet des groupes pré-cités que tu te prennes dans la gueule un « ouais, t’aimes bien parce que ça te rappelle ton adolescence ». Ce qui est, finalement, l’argument le plus con de l’histoire. Surtout venant de gens qui vont te parler de vieux rock (Elvis, Sex Pistols, peu importe) comme portant en soi « les frustrations / la rage / la vigueur de l’adolescence » Comme si au final, le fait d’avoir eu l’âge idéal pour être touché par telle ou telle musique quand je l’ai découverte me dédouanait d’avoir à trouver des raisons objectives à leur qualité, certes, mais aussi me privait de tout sens commun, et m’interdisait par conséquent d’avoir une appréciation esthétique du truc
 .
-          Ouais, mais… Qu’est-ce que Nirvana a à foutre dans cette histoire ?




...Ou Julien Doré. Cette citation est tellement con que ca peut être n'importe qui.



-          Ben… je pense que Nirvana a joué un rôle énorme dans la définition de l’adolescence Rock n’ Roll… pour ceux qui étaient ados à l’époque, ou qui ne l’étaient déjà plus, mais qui ont aimé ce groupe au moment ou il existait encore. Le Rock n’Roll en quelque sorte, c’est la musique des rêves. C’est pour cela que c’est un truc très américain (le Rock n’ Roll – les anglais sont plus de fabuleux popeux), avec ce côté « quand on veut, on peut », un peu couillu,  tout ça, tu vois. S’il a cristallisé tous les espoirs d’une jeunesse en révolte contre ses parents, c’est que le Rock n’ Roll célébrait le fait de se taper des gonzesses et de conduire de belles bagnoles, pas parce qu’il te parlait de conflit de génération et du drame qu’était la guerre de Corée – m’emmerde pas sur la chronologie, c’est un exemple. L’adolescence c’est le moment des grands élans charismatiques, le moment ou tu te passionnes pour de grandes choses, idées, livres, philo, c’est le moment ou tu vois le monde comme un tout dont tu fais partie, pas encore comme le truc qui t’entoure et te fais chier, et ce, alors que tu dépends à près de 200 % de tes parents. Tu as envie de faire la révolution, mais à 20 h tu es rentré à la maison parce que c’est l’heure du diner. Voilà, en gros, le grand paradoxe de l’adolescence. Alors quand le Rock n’ Roll arrive et te parle de liberté, de grands espaces et de filles faciles, tu signes des deux mains, même si en fait tu vas écouter ça enfermé dans ta chambre parce que t’as pas eu le droit d’aller au concert. C’est ça la beauté du Rock n’ Roll : dans cette période où tu n’es pas encore résigné à la vie que tu vas te trainer derrière, dans cet instant où tu t’imagines que les choses changeront en mieux, c’est le catalyseur de tes rêves, c’est tout simplement ton dealer d’espoir. Evidement, c’est un rideau de fumée, la vie n’est jamais aussi géniale que celle que te vendent les rockstars – même pour les rockstars. Mais voilà, le Rock, c’est l’espoir de sortir un jour de ta chambre pour voir autre chose. Nirvana, c’est l’art de chanter à quel point on se fait chier dans sa chambre… et c’est tout.

-          Ouais mais bon, les punks aussi ils chantaient plus ou moins sur ce sujet là… Comment c’est chiant de vivre dans une banlieue pourrie en période de chômage…

-          Sauf que l’espoir était encore vif : « I don’t know what I want, but I know how to get it ». Et puis, il y a une rage, une volonté que ça change.  Chez les Smiths, c’est un peu pareil, mais il reste une sorte de volonté de lutter contre, via le sarcasme. Chez Nirvana, non, juste l’état de fait, sans espoir, ni rien. Tout le monde se réjouit que l’arrivée de Nirvana ait mis fin à une hégémonie du Hard FM sur le Rock à la fin des années 80 (et encore… en dehors des US, pas sur que ça avait tellement de succès par rapport à U2 par exemple)… Mais au moins, ça, c’était ce genre de vrai Rock n’ roll, un truc totalement fantasmatique qui te parle de belles bagnoles, de gonzesses, de seaux de coke, le rock n’ roll 50’s avec l’overdrive poussé à 11. Et le public de se taper des grosses doses de Bovarysme Rock n’ Roll. Et d’un coup, le nouveau Rock n’  Roll, c’est un mec qui te ressemble (et s’il ne te ressemble pas, c’est toi qui va bientôt chercher à lui ressembler), qui te raconte à quel point sa vie daube comme la tienne, à quel point il la déteste et comment elle lui parait sans issue. D’ailleurs, s’il y a un point que je veux reconnaître comme réussi  c’est bien le nom du groupe. Nirvana. Tout le monde y voit le côté « paradisiaque » indien, le côté orgasme cosmique, alors que techniquement (enfin, théologiquement), le Nirvana c’est ce que tu atteins quand tu as abandonné tous tes désuirs. Nir-vana, ça veut dire « non – désir ». Et Nirvana c’est ça : tout est à chier, et je ne veux rien, je ne veux même pas imaginer qu’il puisse y avoir mieux. La résignation dans toute sa splendeur. C’est quand même atrocement triste, merde. Alors pourquoi pas, mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est le Rock ça. Centrer l’intégralité de son œuvre sur ses névroses et les exposer au grand public pour en faire de la musique, c’est un truc de progueux ça. Et encore, ça resterait comme ça un cas isolé… Mais non, ça a eu des conséquences inattendues : je sais pas pourquoi, malgré 40 ans d’histoire derrière, les gens se sont mis à croire que c’était ça  1. Le Rock, 2. L’adolescence, 3. La sincérité. D’ailleurs, ça, pour moi, c’est le top de la crétinerie dans cette histoire… Mais depuis quand on réclame aux artistes d’être sincères ? Talentueux, innovateurs, doués, intéressants, oui, mais sincères ? Qu’est-ce qu’on s’en fout ? Bowie il était sincère quand il se déguisait en Ziggy Stardust ? Est-ce que c’était important ? Non, et non. La sincérité, c’est un truc qu’on invoque pour justifier le fait d’aimer un artiste dépourvu de talent, pas une norme objective qu’on exhibe pour démontrer que machin est doué. Même moi je peux être sincère, pourtant, je suis un piètre chanteur. Bref. Tu vois.

-          En fait… Non. Je comprends qu’il y a un truc qui te défrise, mais tu t’exprimes comme une merde.

-          Bon, autant résumer : Ce que je reproche à Nirvana, c’est qu’après eux, il a été considéré comme étant la norme que le Rock n’ Roll c’est l’endroit où doivent s’exprimer les gens qui souffrent, que la seule façon d’être pris au sérieux par les amateurs du genre, c’est de geindre sur des arpèges de guitare et de s’y complaire. Et c’est même pas vraiment la faute au mouvement Grunge, parce que chez Pearl Jam par exemple, tu trouves quand même cet élément  épique et cette volonté d’aller de l’avant  totalement absente, au final, de la pop des années 90. Alors que pour moi, je sais pas, le goût du fun, et même la volonté de réussir et de faire carrière ne sont pas rédhibitoire. Le premier Oasis, avec son « Rock n’ Roll star », c’est arrogant, fouteur de merde, teigneux, et tout le monde accuse les Gallagher d’être des poseurs, mais non, putain, ça c’est de la sincérité. « On sort un disque, parce qu’on veut bouffer le monde et devenir des putains de rockstars »: There's no easy way out... mais je vais le trouver ce putain de chemin.  J’ai jamais compris le côté « je signe sur une major mais je supporte pas le succès » de Cobain. Ca, ça me dépasse. Bref, ça me saoule que depuis 1990 le rock se doive d’être, pour gagner ses galons auprès des critiques autoproclamés, un truc déprimant, un concours d’exhibition de traumatismes, qu’on adule les « albums de la maturité », qu’on ne pardonne pas l’arrogance pour préférer encenser des autistes et des névrosés. J’en ai marre qu’on me dise qu’un disque est beau parce qu’il est déprimant – je sais, ça m’arrive de le faire, mais bon-  ténébreux ou quoi ou qu’est-ce. Au final, je me dis que tous les Oasis, Libertines, Miles Kane, Arctic Monkeys, ils peuvent bien se planter parfois, eux, au moins, ils ont tenté, à un moment, de faire revivre la flamme du rock n’ roll. Et rien que pour cela, même leurs mauvais disques me font plaisir. Tu vois ce que je veux dire ?

-          Yeah, yeah.








1 Oui, la rédaction de cet article a commencé il y a trois semaines.

PS: Il est autre chose à mettre au crédit de Nirvana (et que je n'ai pas pris le temps de présenter dans l'article, désolé): le fait d'avoir intitulé une de leurs chansons "Lithium". Le Lithium est un élément (symbole: Li) qui dans mon esprit correspond parfaitement à l'état d'esprit adolescent: c'est un métal, maléable, qui devient rigide lorsqu'il se corrode, et qui s'enflamme au contacte de l'eau et peut attaquer le verre. Seul problème: Nirvana n'a appelé sa chanson comme ça que parce que le lithium est aussi un antidépresseur.