lundi 7 février 2022

BioRadioSpective - Episode 6

Hail to the thief (Juin 2003)


 2003, l’été entre mes deux années de prépa. L’année scolaire touche à sa fin quand je me rends chez Gibert joseph musique, le mardi midi (c’est à deux pas de ma prépa), pour acheter le nouvel album du groupe. Je suis super hypé parce que le single qui tourne en radio, There there, a des guitares. Une rythmique tribale, un pont de fous, et même – j’ose à peine le dire – un solo de guitare.

We’re just accidents waiting, waiting to haaaaa-aaaa-aaapen…


Face aux piles de disques je me retrouve face à un choix : Edition normale ou édition limitée ? Le choix est vite résolu, la limitée est pas beaucoup plus chère. A ce moment je n’ai pas conscience que ce disque sera tel une épine dépassant de ma bibliothèque pour les années à venir. Mais j’ai eu raison parce que c’étati une vraie édition limitée pas comme toutes ces éditions limitées digipack carton ou il es tplsu difficile de mettre la main sur la pas limitée qu’autre chose (oui, Muse, c’est de vous que je parle – comment vous avez pu sortir un live où vos meilleurs morceaux apparaissent pas, en plus ?)

Le disque reste au chaud dans mon sac tout cet après-midi de cours et le soir venu je le mets dans la mini-chiane (il ignore encore combien de temps il passera dedans – on y reviendra), livret dans les mains pour suivre les paroles (ce qui n’est pas forcément facile avec cette édition oblongue). J’aurais à peine attaqué « We suck young blood » (qui sonne bizarre quand même) quand ma mère m’appelle à table. Elle est quand même drôlement bien « 2+2=5 », ce petit côté énervé à la My Iron Lung, ça fait plaisir. Bon, il est temps de finir cette écoute. Il est bien cet album. Je vais le mettre comme musique de réveil demain, et faudra que je pense à le copier sur une cassette pour pouvoir l’écouter en route vers le lycée (oui la prépa c’est quand même un lycée l’endroit où on la fait).

 

2009. Je bosse maintenant. Et j’habite plus chez mes parents. J’ai racheté Hail to the Thief (en edition normale du coup) parce que autant j’ai encore la pochette, autant je ne parviens pas à retrouver le CD. C’est quand même con, c’est un des mes albums préférés du groupe. On est samedi après-midi et je dois passer chez mes parents pour les aider. Comme ils vont refaire ma chambre ils veulent que je les aide à descendre ma mini-chaîne désormais décédée aux encombrants. C’est quand même dommage. OK, j’en ai racheté une, plus petite, plus discrète, tout aussi efficace du point de vue sonore, mais ils ne font plus de machines telles que ma bonne vieille chaine, sa double platine cassette, son chargeur 3 CDs…. Qui s’ouvre tout seul alors que je charge la chaine dans mes bras. Me laisant entrevoir, bien planqué qu fond, en position de lecture, mon exemplaire « limité » de HTTT. Je le reconnais pour une raison très simple (que les gens qui n’ont pas eu à, comme moi, acheter ce disque deux fois ignorent) : le CD (le disque lui-même) de l’édition limitée est crème alors que celui de l’édition normale est noir. Je triture, je secoue, je récupère mon disque, le colle dans une autre pochette vite fait pour pouvoir le ramener chez moi sain et sauf et le replacer dans son étui de carton.

 

Vous l’aurez compris, j’aime cet album (et les mini-chaînes à chargeur 3 CD). J’irais même jusqu’à dire que s’il y a un album de Radiohead que je considère comme un « Disque à moi (et rien qu’à moi) » ce serait celui-ci, la question se pose à peine. (Je crois que c'est le seul T-shirt à l'éffigie d'un album que je possède - Letters to Cleo ne compte pas, je le considère comme un hommage à PArks & Recreation)

C’est aussi le moment de sa carrière où le groupe a attiré la plus grande sympathie de ma part. Probablement grâce au live au Réservoir dans le cadre d’une des dernières de l’émission Music planet 2Nite (diffusé en Novembre 2003). Le groupe y apparait décontracté, et bien moins militant qu’on n’essayait de nous le vendre – je suis presqu’encore capable, aujourd’hui, de citer des bouts des interviews qui sont faites du groupe.


Ces gueules là. ces cheveux là. Ca c'est mon Radiohead à moi.

Hail to the thief est aussi l’anti Kid A dans sa création. 14 titres enregistrés en 14 jours, à Los Angeles. D’où ce côté plus brut, y compris sur les morceaux les plus « produits ». Mais c’est surtout l’album sur lequel mon goût est le plus « transpartisan » . Comprendre : les titres que j’aime tombent autant dans la catégorie électro que dans la catégorie Rock. Mais comprendre aussi que sur cet album la frontière entre les deux commence à sérieusement s’amenuiser : les chansons y sont des chansons, et peu importe avec quoi on les joue. Et beaucoup d’entre elles font partie de mes préférées. Tout n’est cependant pas parfait sur cet album: il contient tout à la fois le titre du groupe que j’aime le moins de l’intégralité de leurs albums (si, si), et l’attention portée aux titres rock dans les sorties de singles me dépasse (en particulier Go to sleep qui n’est pas une mauvaise chanson mais franchement, elle casse pas 3 pattes à un canard. Par exemple c’est seulement en la réécoutant pour écrire cet article que j’ai réalisé qu’en fait elle a pas de refrain. ) (Ah mais non en fait The Gloaming est techniquement sorti en Single. Quelle idée)

Mais à l’inverse, je crois que peu d’album du groupe contiennent autant de pépites cachées (certes, le fait de sortir la moitié des albums en singles dans les années 90 limitait la capacité à cacher des pépites, ça joue aussi). Mais il est clair que des Where I end and you begin (parfait morceau pile sur la frontière évoquée plus tôt), Mais aussi toute la fin d’album (y a pas de scandale de la face B sur cet album-ci, voire je préfère tout ce qu’il y a à partir de There There, presque – en fait il y a un ventre un peu mou de deux titres (We suck young blood / The Gloaming – mais le reste est du très bon, voire de l’exceptionnel - et parfois de l'unique. Jamais plus le groupe ne ressortira des morceaux qui sonnent comme A wolf at the door ou Backdrifts).

A terme… j’ai toujours l’impression que Hail to the Thief est une album que les gens trouvent bon, mais qu’il n’a jamais déclenché les passions que les précédents (et certains suivants) ont pu déclencher.  Et tout à la fois je le comprends, et je le déplore . Moi-même j’arrive presque à terme de ce que j’ai à dire dessus (même si ça vous fera du repos après la plâtrée de la dernière fois). Si : le concert du groupe aux Eurockéennes 2003, diffusé quelques temps plus tard (sur Arte probablement) est probablement un des concerts auxquels je regrette le plus de ne pas avoir été tant la setlist est une quasi-perfection vu le répertoire du groupe à l’époque. Manquent peut-être juste un petit Mixomatosis et The Bends.

 

 

Au final, c’est juste un très très bon album de Radiohead… et est-ce là leur premier faux pas ? Est-ce là que les génies cessent de tout révolutionner et qu’on va bientôt les renier ? Est-ce là que la critique prend le dessus sur l’appréciation ? Pas avec moi en tout cas, ou pas encore. Ce disque, c’est mon chez moi. Plus encore que n’importe lequel des autres albums, celui-ci me réconforte (en dépit de ce dont il parle). Je le mets, et je suis soudain plus jeune, de retour dans ma chambre, chez mes parents, le coucher de soleil estival se reflète dans les vitres des trains passant à une centaine de mètres dehors et inonde ma chambre de reflets orangés. La vie est simple. Tout va bien. Don’t. know. Why. I feel. So. Skinned. A-live.

 

Plus mauvais titre: The Gloaming, que je n’aime toujours pas, et dont je suspecte qu’il est encore si souvent joué en concert parce qu’il permet à Thom Yorke d’aller pisser

Meilleur titre pas sorti en single : C’est une égalité (je ne peux pas faire autrement, les deux sont quasi-indissociables pour moi) entre « A Punch up at a wedding » et « Mixomatosis ».

Meilleure face B de single de la période : Fog (Again) (Live). JE reste convaincu que c’es tla version du live au Réservoir, c’est un splendide piano voix extrêmement simple, et pour moi cette version est la meilleure des 3 officiellement publiées (respectivement Fog, Fog (Again) (Live) et Fog (Again) (Again) sur la récente réédition Kid Amnesia

lundi 24 janvier 2022

BioRadioSpective - Episodes 4, 5 et Interlude 2

J’ai pendant longtemps considéré traiter ensemble Kid A et Amnesiac ce qui a du sens (non seulement vis-à-vis de Radiohead mais vis-à-vis de moi) mais le fait est que plus j’écoute plus j’ai des trucs à dire, et je n’ai pas envie de vous sortir un pensum total. Puis j’avais décidé de faire un interlude. Puis non. Voici l’étape où nous sommes. 

Donc en préambule à la discussion sur Kid A, permettez-moi de partager avec vous, de façon séparée, la partie biographique de l’affaire.

En fin de l’article précédent je vous disais que la chronologie allait retrouver ses droits et, si c’est vrai (je crois), dans mes mémoires c’est un peu plus chaotiques. Je crois (je dis bien je crois) que j’ai bel et bien obtenu les albums dans l’ordre de leur sortie. Mais même ça je n’en suis pas certain.


Kid A (Octobre 2000) / Amnesiac (Juin 2001) / I might Be wrong (Novembre 2001)

Une belle brochette de joyeux drilles

Kid A
gravé sur un CD Fnac (pour graveur audio, je sais pas si vous vous rappelez que c’était un truc ça), par un pote, sur la base du CD acheté par un autre (des gars de l’aumônerie : JD, Antoine, si vous me lisez…). Et Amnesiac gravé sur un disque BASF, par un pote du lycée (qui m’en a gravé des trucs sur des disques BASF. J’en ai encore quelques-uns d’ailleurs. Louis, si tu me lis…) Enfin, l’EP live « I might be wrong », je l’ai acheté chez Gibert, avec comme souvenir de l’avoir pris « faute de mieux » ce jour-là… Mais du coup j’étais probablement déjà en prépa… ? Toujours est-il que, si je ne parviens pas forcément à me rappeler l’ordre d’acquisition de ces disques, je me rappelle dans quel ordre j’ai appris à les aimer et c’est pourquoi je suis un peu obligé de casser à nouveau la chronologie (je suis un véritable Marty Mc Fly c’est fou).

Ou l’on retourne en 2001 mais avant que notre monde ne s’écroule

Alors que je découvrais OK Computer sortait Kid A. Aucun single n’est officiellement sorti pour promouvoir l’album, mais un tel évènement ne pouvait pas ne pas tourner en radio (a fortiori Oui FM qui n’était pas encore le faux RTL2 que c’est devenu). Et le choix des programmateurs s’était porté sur Optimistic, ce qui n’est pas bête, parce que c’est le titre le plus proche de ce que pouvait faire le groupe avant Kid A, mais est aussi le pire titre à choisir pour présenter l’album dont il est extrait. Ça s’est un peu rattrapé après vu que le second extrait qu’ils ont commencé à diffuser c’est « Idiotheque » et là effectivement ou voit bien que c’est plus la même limonade.


Et, moi, dans un refus d’obstacle que je ne suspecte que trop commun chez beaucoup de fans du groupe, je n’aimais pas Kid A plus que ça. J’en écoutais régulièrement quelques titres (« Everything in its right place », «  How to disappear completely » et les deux extraits sus-cités) mais j’aurais bien du mal à dire que j’aimais l’album. En plus, balle dans le pied de Kid A (pauvre petit), il ne s’est passé que 8 petits mois avant que ne sorte Amnesiac. Amnesiac avait des singles, officiels. Qui étaient quand même beaucoup plus en terrain connu : Knives out, en particulier, c’est « du Radiohead » pour l’auditeur de l’époque. Et donc, pendant une période assez longue, j’ai beaucoup plus écouté Amnesiac que Kid A. Aimé plus, même. Ce qui me dépasse un peu avec le recul, parce que les morceaux « électro » d’Amnesiac (Pull Pulk Revolving doors, typiquement le premier qui me vient en tête) sont autrement plus clivants, désagréables à entendre qu’aucun morceau de Kid A ne l’est. La logique des refus d’obstacle… n’est pas très logique.

Il m’apparait important aussi de noter que 2001 est l’année ou je commence à lire la presse Rock et que j’ai deux souvenirs important autour de la sortie d’Amnesiac. Ma découverte de Rock Mag (en TP de physique si vous voulez savoir, le n°3 ou 4 je crois) qui avait cette habitude de publier avant les sorties d’albums le tracklisting commenté. Le nombre de disques que j’ai imaginés avant même leur sortie en lisant ces pages… Plus de vingt ans plus tard, les mots « Enterrement à la Nouvelle Orléans » continuent de surgir dans mon esprit chaque fois que j’écoute « Life in a Glasshouse ». Aussi c’est en partant en vacances cet été là que j’ai acheté pour la première fois Rock & Folk, avec Radiohead revu par Thiery Guitard en couverture, qui m’amènera à découvrir les Doors dans la foulée. (Je ne deviendrai lecteur régulier qu’un an plus tard cependant).

 Et du coup un peu plus tard j’achète cet EP live « I might be wrong ».. pour les titres d’Amnesiac qui sont dessus, à l’évidence (Si vous n’aimez pas la version album de Like Spinning plates, la version live vous transcendera). Longtemps, longtemps je le mettais directement plage 2 en le lançant. Et puis un jour j’ai dû oublier de le faire. C’est peut être ce jour béni que mon cerveau a décidé de redonner une chance à Kid A.

 

Où notre narrateur aime Kid A mais ne comprends pas de quoi ça parle

 

Mon cerveau oui, parce que pendant longtemps je n’ai eu qu’une relation intellectuelle à cet album. Et vous savez quoi ? C’était (je le réalise dorénavant) un très bon signe. J’en admirais le génie (fatalement), la cohérence (l’absence de single, même si elle peut passer pour un caprice du groupe, est une évidence tant l’album est un album en tant que tel), et évidement la beauté de certains passages. Mais Kid A est aussi un album de la frustration. Un disque qui se plait à ne jamais nous laisser nous installer trop dans une zone de confort, tirant le tapis sous nos pieds dès qu’on essaye de pendre nos aises. Un disque qui nous refuse d’entendre la voix de Thom Yorke clairement pendant ses 3 premières plages. Un disque dont on sent qu’il est peut-être un concept album mais dont on serait bien en peine de dire sur quoi (je vous propose ma théorie sous peu).

Mais c’est aussi un disque abouti, et c’est en quoi, rétrospectivement, il dépasse clairement son successeur à mes yeux. Amnesiac a tendance à être soit « trop rock » soit « trop electro », si j’ose dire. Beaucoup ont tendance à le voir comme un ensemble de chutes de studio de Kid A (et soyons sérieux : des chutes de studio de cette qualité ce serait dommage de pas les sortir, c’est clair), et j’ai tendance à être un peu (très) d’accord, à y voir les tâtonnements d’un groupe qui cherche un juste milieu. Et le juste milieu est partout sur Kid A, qui rejette l’auditeur tout en gardant son attention, qui alterne dissonance et soudaine envolée de beauté, malaise et splendeur.

Cohérence, là est le maître mot. Kid A est presque un anti-concept album au sens ou il en est un en tout, sauf le fait que ses auteurs le revendiquent comme tel.

Pourtant comme je le disais il m’a fallu quelques années pour vraiment trouver de quoi me parle Kid A. Longtemps j’ai beaucoup aimé la théorie de Chuck Klosterman sur le fait que Kid A parle du 11 Septembre un an avant qu’il n’ait lieu. Déjà parce que c’est « amusant », et puis je dois avouer que mon cerveau trace déjà un lien bizarre entre « The National Anthem » et « Le Grand incendie » de Noir Désir [Et même plus largement il y a un parallèle intéressant sinon un peu fainéant à dresser entre Kid A et Des visages de figures] qu’on a aussi tendance à aisément relier à l’évènement fondateur du XXI eme siècle, surtout que pour le coup il est sorti le jour même c’est quand même fou la vie.

 Mais non, pour vraiment comprendre, et même plus, ressentir, Kid A, il m’aura fallu 20 ans, une pandémie mondiale, une maladie personnelle non reliée à la pandémie mondiale et un spectacle d’humour qui ne fait qu’à moitié rire.

 

Où un comique de Boston fait irruption dans l’article.

 

Au sortir d’une année 2020 qui a été dure pour tout le monde, l’humoriste Bo Burnham a sorti un Netflix Special intitulé « Inside ». J’aimais déjà beaucoup Burnham pour ses spectacles précédents, trouvant en lui un des humoristes musicaux les plus originaux que je connais. Jamais dans la parodie, ne se limitant pas non plus au pastiche, et surtout, capable de sortir des morceaux vraiment, vraiment bons (Allez jeter une oreille sur  « Art is Dead », « Country Song » ou « Straight white male »– tous les morceaux de « Make Happy » sont dingues en fait, ou, si vous aimez les jeux de mots rappés si vite que c’est chaud de suivre « Oh Bo ».) Mais surtout, son special de 2016 (Make Happy, donc) s’achevait sur un pastiche de Kanye West causant de façon très sérieuse de sa relation conflictuelle à son public : ce besoin/ rejet de l’artiste face à son public, ayant besoin de lui mais le craignant tout à la fois.

C’est un final qui laisse sans trop savoir quoi penser (et sur une note plutôt amère pour un spectacle d’humour) et c’est clairement le but. Inside, c’est plus d’une heure de ça, à l’aune de la pandémie, agrémenté de réflexions sur la santé mentale en général et du lien d’amour / haine qu’on se doit d’avoir vis-à-vis d’Internet (Facebook me vole mes données mais est le meilleur moyen d’avoir des nouvelles de ma famille pourrait être un bon sous-titre du special). C’est une visionnage difficile, et si l’on rit, on est aussi assez mal à l’aise une bonne partie du temps (je n’ai pas honte de le dire, j’ai fini mon visionnage en larmes, et je ne sais pas de quoi elle étaient – j’essaye de me convaincre qu’elles étaient de soulagement). Il me parait utile de préciser aussi que, si les morceaux du special font partie de mes plus écoutés de l’année 2021, l’œuvre en elle-même déploie des trésors au sein même de sa mise en scène et réalisation et qu’il serait dommage de se limiter à une version « audio » .

Mais les deux œuvres se rejoignent dans mon esprit. Un sentiment similaire les traverse. Un isolement. Une difficulté à communiquer. Une impossible envie d’échapper à quelque chose, à quelqu’un, à soi-même.


Well, well, look who's inside again...

Le choc du à cette expérience m’a aussi aidé à prendre conscience, sur un plan personnel, de la façon dont 2020 m’avait éclaté (outre physiologiquement) et qu’il était maintenant nécessaire que je prenne en main ma santé mentale (avec 15 ans de retard ? peut-être). Et moi de réaliser quelques trucs vis-à-vis de mes propres tendances à l’anxiété. C’est chiant et difficile (et bizarrement s’en rendre compte fait limite empirer les choses… ?) Mais en tous cas j’ai compris quelque chose d’inattendu en chemin.

 

Où l’on découvre que le vrai Kid A ce sont les amis qu’on s’est fait en chemin

 

Kid A est une longue crise d’angoisse de 50 minutes. Au début tout va bien mais quand même quelque chose déconne. Comme lors de toute bonne crise d’angoisse le son se réduit les voix s’éloignent jusqu’à ce qu’on se renferme sur soi, le sang battant aux tempes, le chaos frappe, on se répète en boucles des phrases pour se rassurer, on sait que ça va passer mais on arrive pas à le ressentir et le chaos nous reprend et nous englobe, on essaye de se calmer en méditant, en se répétant des choses rassurantes et en s’en demandant moins mais on y crois qu’à moitié 1 et au final on se fait bouffer par l’agressivité du monde hyper stimulant, n’offrant aucun repos, la crainte du futur, l’ultra moderne solitude dans la foule2… Et ça recommence pareil le lendemain. Générique de fin.

(J’ai failli vous mettre les chiffres des morceaux mais c’est plus drôle si vous le faites vous-mêmes)

La peur, l’incertitude, l’incapacité à ce qu’on nous laisse tranquille 5 minutes pour rassembler nos pensées, l’anxiété permanente, les injonctions de tous sur tout tout le temps… en 20 ans, d'hyper connectivité en pandémie, de menace terroriste en menace climatique... nous avons tous pu découvrir ce qu’était d’être Thom Yorke en 2000.

J’ai tendance à dire qu’il y a deux grandes catégories de groupes de Rock : ceux qui nous rappellent nous-mêmes, et ce qu’on aimerait être. En quelque sorte c’est également la frontière entre « pop » et « rock », souvent. On aimerait être les Guns n’ Roses, les Stones, Oasis. Mais on est (je suis) souvent plutôt Weezer, les Smiths, ou Radiohead. Dans mon cas, Kid A est un album avec lequel j’ai fini par faire un chemin inverse. Un album que j’ai commencé à apprécier, non pas parce qu’il me rappelle ma vie, mais parce qu’à un moment ma vie m’a rappelé cet album – et par extension, l’angoisse d’être Thom Yorke en 1999 (toutes proportions gardées – en particulier financièrement).

 

Et en ce sens Kid A est probablement l’album le plus intime du groupe, et c’est pour cela qu’l fallait soudainement en désincarner la musique. Quand « The Bends » raconte la difficile ascension du groupe, on peut encore le faire frontalement parce que c’est presque factuel. Mais quand on touche à ce niveau d’ouverture de tripes, il faut que quelque chose, quelque part, permette de conserver ses distances. Et pourtant, elle est là, la viscéralité. Et Radiohead de soudainement nous forcer à redéfinir ce qu’on entend par « Sincérité » en musique.

 

Où l’on se demande si c’est bien la peine de faire un épisode 5 du coup.

 


Le grand mystère d’Amnesiac à mes yeux reste son existence. Volonté de ramener un peu dans le giron du groupe ceux qui ont été trop rebutés par Kid A ? J’en doute. Envie de sortir des morceaux qui sont quand même bien, faut pas déconner ? Peut-être. Reliquat d’un album qui aurait du être double mais qui finalement ne le fut pas ? La réédition des deux ensemble l’an passé me le ferait croire. Toujours est-il qu’à part pour remplir des créneaux radio avec des titres « officiellement faits pour », je ne suis pas certain de l’intérêt de l’album. Il contient ses très beaux titres (hors singles, You and Whose army ? et Life in a glasshouse sont dans le haut du panier). Mais l’album a pour défaut d’avoir été conçu en même temps que son prédécesseur, et un des trucs intéressants avec Radiohead, c’est de découvrir ce qu’ils ont bien pu nous sortir cette fois -ci. Huit mois ce n’est pas assez pour créer cette attente et vu la réponse qu’il apporte à une question qu’on n’a jamais posé… A terme il reste probablement l’album le moins intéressant du pur point de vue analytique) du groupe.

(Et I might be wrong, donc? Eh bien a part que c’est le seul témoignage live officiel du groupe, et qu’il contient la première  version de True Love Waits [qui sortira « officiellement » en… 2016], pas grand-chose à en dire. Si, la version de National anthem a pas les trompette de l’enfer donc elle est plus accessible. Ce qui ne veut pas non plus dire grand-chose vu que c’est, de base, le morceau le plus bizarre de l’album)


 

Où l'on fait un petit bilan comme on l'a fait sur les épisodes précédents

 

Kid A :

Plus mauvais titre: In Limbo, parce que j’arrive pas trop à le contorsionner dans mon concept pour cet album. et aussi qu'il est probablement le seul morceau de l'album à ne pas avoir ce petit "truc" à soi.

Meilleur titre pas sorti en single : Everything in its right place. Opener parfait, on sait à quoi s’en tenir avec l’album, et les versions live sont toujours folles.

Meilleure face B de single de la période : N/A

Leçon de vie: "The best you can is good enough" évidement

 

 

Amnesiac :

Plus mauvais titre: Dollars and Cents. (De façon amusante un des rares numéros des Inrocks que j’ai jamais acheté avait un sampler, avec ce titre justement en extrait de l’album. On partait sur des bonnes bases ce journal et moi).

Meilleur titre pas sorti en single : You and whose army ? C’est pas pour rien que c’est un classique « en creux » aujourd’hui et qu’il est encore joué sur scène pour le plus grand plaisir de tous.

Meilleure face B de single de la période : Cuttooth, face B de Knives Out. Non seulement c’est un très bon morceau (très REM dans l’esprit) mais une partie de ses paroles a été recyclée pour créer un de mes morceaux préférés du groupe sur ‘l’album suivant. (Franchement Knives out offre une collection de faces B extraordinaire)

Leçon de vie: N/A

 

(Et maintenant que j'ai fini cet article, je vais pouvoir aller lire "This isn't happening ", livre sur la genèse de l'album que je me suis offert pour Noël.)

1 Des années durant j’ai compris les paroles d’Optimistic à l’envers parce que 1, la formulation « You can try the best you can / the best you can is good enough” ça sonne totalement bizarre (« isn’t “ clashe beaucoup moins avec le vers précédent, et en plus 2 la musique semble confirmer mon interprétation.

2 Thom Yorke, visionnaire : comment ne pas entendre les paroles « Ice Age coming / we’re not scaremongering / this is really happening” aujourd’hui sans se dire qu’Idiothèque devrait être l’hymne officiel du GIEC ?
Aussi je suis convaincu que la reprise de l’expression « Everything all of the time » dans le « Welcome to the Internet » tiré d’Inside n’est pas une coïncidence.


vendredi 10 décembre 2021

BioRadioSpective - Episode 3

 

OK Computer (Juin 1997)

 

Le voilà ! le chef d’œuvre, ! Le Sgt Pepper de la génération X ! LE grand album concept sur l’aliénation du monde moderne et de la froideur des machines !

Bon voilà les lieux communs sont sortis.

La vérité c’est que je n’ai pas forcément envie d’en parler. Je ne sais pas comment en parler. Ou plutôt je ne sais plus, parce que, c’est amusant, mais c’est probablement un des albums sur lesquels j’ai le plus écrit dans ma « carrière » de rock-critic (rien que sur l’ancien blog il avait été « critiqué » deux fois (à un an d’intervalle – mais bon la seconde fois c’était en 2007 du coup peut-être ai-je de nouvelles choses à dire ?)

Donc j’imagine qu’il faut revenir à la base… en Novembre 2000, je fête mes 15 ans. Cette année-là, mon anniversaire tombe un samedi, donc j’ai demandé à mes parents le droit de fêter ça à la maison, en bonne et due forme, avec mes amis – de l’aumônerie, ce qui a, peut-être (surement) à tort, rassuré mes parents j’imagine. Je vous épargnerai les détails de la fête (qui se tint l’après-midi, point dont je réalise aujourd’hui la tristesse). Or, ce jour là un ami de deux ans plus vieux que moi (et qui fut, rendons lui aujourd’hui hommage, mon premier mentor musical de la vraie vie), m’offre OK Computer. Gravé (sur un CD Verbatim blanc), mais avec la pochette scannée / imprimée, bref de la belle ouvrage.

Il y a une certaine ironie. Cet album je l’avais déjà (en cassette) et ne l’avais pas écouté plus que ça. Mais le fait qu’il décide de me l’offrir, m’a fait faire un effort, fait faire attention. C’est peut-être le premier album que j’ai écouté avec attention de ma vie. Quelques années plus loin on finira par se fâcher et juste se perdre de vue, mais il me semblait judicieux de rendre un rapide hommage à celui qui m’a fait (re) découvrir Radiohead, surtout qu’il m’a aussi fait lire Pratchett.


Et du coup, j’ai évidement été obsédé par cet album pendant facilement 6 mois après.  Pas que parce que j’avais 15 ans et que j’étais impressionnable, mais aussi parce que c’était un album impressionnant. Plein de tristesse et de beauté – à un moment où je découvrais mes tendances à la déprime en tant qu’ado. Et aussi… unique. Mais vous vous en doutez bien si j’ai commencé par la pléthore de sarcasme c’est que mon avis a peut-être évolué depuis cette époque.

Il y a un paradoxe fondamental dans ma relation à OK Computer. Parmi les classiques de mes 15 ans c’est peut-être celui que j’ai le plus appris à moins aimer. Et pourtant, c’est peut-être aussi celui que je continue à écouter le plus souvent. Enfin, des morceaux de lui.

Soyons honnêtes et parlons-en tout de suite : la disparité entre la face A et la face B est terrifiante. La face A d’OK Computer va se classer très haut avec les Face A les mieux réussies de tous les temps (Côte à côte avec celle de Master of Puppets). Le titre le moins bon de cette face A c’est Subterranean Homesick Alien et il y a des groupes qui n’atteindront jamais la moitié de la force de ce titre de toute leur carrière. Et en plus de contenir des titres d’une classe incroyable (plus je vieillis plus je suis heureux, simplement, que Paranoid Android existe – en même temps quand j’avais 15 ans j’avais décidé qu’elle n’était pas si bien par rapport à Karma Police), il y a dans leur enchainement une grâce qui renforce l’édifice sans pourtant rien enlever à leurs qualités individuelles.

 

Putain mais qu'est-ce qu'on a fait?

Par comparaison la face B parait être un fourre tout de ce qui ne tenait pas dans ce quasi medley qu’est la face A. Comme si toute l’inspiration avait été absorbée au début et qu’on laissait les restes derrière.  Alors, oui, j’exagère grandement. Mais cette impression pour moi est renforcée entre autres par le fait que les faces B des différents singles palissent, non seulement comparées aux faces A, mais surtout comparées aux faces B de l’album précédent. L’inspiration du groupe, si elle est plus fascinante que jamais sur les bons titres, est tristement inégalement répartie. Et cette piqure n’en est que plus douloureuse quand on écoute les inédits de la réédition de 2017 pour réaliser que… les morceaux laissés de côté ils défoncent amplement les faces B ! (Sauf peut-être Polyéthylène, mais peut-être est le chimiste en moi qui parle.)

Mais cette pauvre face B ce n’est pas sa faute. C’est aussi la faute aux évènements. No Surprises est une bonne chanson, dont je n’ai compris le réel sens que trop récemment, et qui fait tristement écho à ces moments de ma jeunesse ou la vie se faisait trop difficile et je ne rêvais que d’arrêter de vivre (pas de mourir : juste de pouvoir faire pause – c’est amusant j’ai l’impression que c’est un sentiment que beaucoup ont pu ressentir dans leur vie mais très difficile à mettre en mots. Radiohead en parallèle nous rappelle gentiment que : la souffrance, c’est la vie.)

Mais c’est une chanson utilisée jusqu’à la nausée en tapis de la moindre œuvre audiovisuelle larmoyante (si, L’amour est dans le pré ça compte comme œuvre audiovisuelle.) Et tristement depuis quelques années il semblerait qu’Exit Music (for a film) commence à suivre ce chemin.

Et le titre, par sa présence ici, « gâche » un peu un enchaînement qui gagnerait à… en être un, en fait. S’il s’enchainait vraiment, si les transitions étaient fignolées, Climbing up the walls / Lucky / The Tourist pourrait constituer une entière phase où l’ambiance prend le pas sur le sens et rivaliser de génie avec ce que je considère comme un des plus grands coups de génie du genre, à savoir l’ouverture de Thirteen tales of urban bohemia.

 

Ceci étant dit… quelle face A ! Plus de 20 ans plus tard, j’aurais du mal à m’en lasser, et si mes préférences continuent de fluctuer (un peu, hein, on sait tous que le tiercé gagnant c’est 5, 2, 6). Et également, quel visionnaire que ce Thom Yorke. La réalisation terrifiante de tous ces flux auxquels on ne paye plus attention dans Let Down (et en plus aujourd’hui on sait qu’il vont nous buter à petit feu), la description de ce qu’est Twitter dans Karma Police, la bipolarité qui va finir par tous nous bouffer de Paranoid Android. Au final, au milieu de tout cela, Exit Music (for a film), est presque la seule chanson avec un peu d’espoir, même s’il est celui de voir des gens s’étouffer (l’asphyxie étant une thématique récurrente du disque. Et quand on y réfléchit un peu, du précédent aussi (la décompression c’est un étouffement ?)

Rien ne fait plus peur au groupe que d’avoir du mal à respirer. Etouffé par son label, par son succès, par le poids des attentes d’un public acquis à sa cause, certes, mais pour combien de temps ? Et cet album (théoriquement un presque sabordage volontaire) qui veut offrir une bouffée d’air en rendant au groupe un succès d’estime, une gloire plus indie que le succès mainstream qu’ils connaissent depuis quelques années.

Mais ce qu’ils n’ont pas anticipé à mon avis, c’est le fait que… cet étouffement, cette difficulté, ce dépassement par ce que la vie est… Il y a toute une génération nouvelle, qui n’a pas eu l’opportunité de connaitre Nirvana en activité et à qui ça va parler et pas qu’un peu. Et Radiohead, une seconde fois, de tomber vers le haut, de rater sa volonté d’envoyer chier – cette fois-ci – tant son label que son public (un peu) et de se voir, maintenant, accrocher une étiquette dont il sera encore plus difficile de se séparer : celle de génies. Je compatis. Mais de fait, ayant commencé par là, Radiohead, on me les a vendus dès le départ comme des génies. Et c’est seulement avec le temps que j’ai découvert la face tendre, humaine (trop… non non, on va pas la faire celle-là), sensible d’un groupe (qui pourtant geint à longueur de chanson) et de cet album. C’est ce chemin qui fait qu’à terme mon titre préféré est et probablement restera Let Down, un autre de ces titres qui met face à la Beauté et appelle frissons et larmes en un même élan.



Asphyxie dans 3, 2, 1...

Je n’ai pas eu la chance de voir Radiohead devenir le plus grand groupe de rock du monde connu, parce qu’il l’était déjà quand je les ai découverts. Et c’est un tour de force, clairement, que de convaincre tant de monde, au tournant des années 90, d’écouter ce qui est finalement du prog mais qu’on appelle pas comme ça parce que le terme est maudit.

A partir de maintenant, la chronologie de ces chroniques va revenir à la normale (pour un temps). Et Thom va réaliser que si l’après Bends lui donnait des crises d’angoisse, l’après OK Computer… ben c’est être enterré vivant. Ou être à nouveau un adolescent.

 

 

Plus mauvais titre: On sait tous que c’est Fitter Happier. Et c’est trop facile de s’attaquer à Electioneering, qui, malgré le fait que le refrain c’est littéralement « Si tu avances quand je recule », est un titre que j’aime bien (un de mes préférés à 15 ans). Du coup je pense que la lanterne rouge ira plutôt à « Climbing up the Walls », même si, vous en avez bien conscience, c’est en toute malhonnêteté.

Meilleur titre pas sorti en single : Il est pas sorti en single Let Down, techniquement., même s’il est sorti en face B. Parce que vu que c’est un des tout meilleurs titres du groupe, forcément je peux pas en citer un autre.

Meilleure face B de single de la période : En vrai, le meilleur titre non album de la période il est sorti dans les inédits de la réédition de 2017 et c’est Man of War. Mais si vraiment on s’en tient aux faces B non album sortis à l’époque ce serait Polyethylene (Parts 1 & 2).

samedi 27 novembre 2021

BioRadioSpective - Episode 2

 

The Bends (Mars 1995)

 

N’y allons pas par quatre chemins : the Bends est un des rares albums que je n’hésiterai pas à qualifier de parfait. Cela en fait-il le meilleur album du groupe ? Non. Et si c’est ce genre de phrase qui fait que ma femme me traite de snob, cela n’en reste pas moins vrai.

Qu’entends-je par album parfait ? J’entends par là que toutes les chansons de l’album sont a minima bonnes (même si en fait on va souvent taquiner au sublime). Donc que je n’ai envoie d’en sauter aucune quand je l’écoute. A cela s’ajoutent le fait que les morceaux d’ouverture et de fermeture sont parfaits (en tant que tels et à leur place dans l’album, c’est toujours important), que les singles (nombreux) sont tous bons mais n’enfoncent pas le reste de l’album au point de ressortir comme singles évidents : Un (nice dream) n’a rien à envier à un High & Dry, un Bones, rien à envier à un The Bends ou un Just…  Pour vous donner un autre exemple d’album parfait : Ziggy Stardust. Pour vous dire à quel point ce n’est pas commun : aucun album des Beatles n’est un album parfait1.

 

Je ne saurais dire précisément quand j’ai découvert cet album, mais je sais qu’à un moment (en première ou terminale, donc vers 2001-2002) on m’a gravé Pablo Honey (ça m’a changé de ma cassette) et The Bends. J’en connaissais déjà un extrait (outre le My Iron lung évoqué la dernière fois, même s’il me passait un peu au-dessus du crane au milieu de ce EP maison du marasme), en l’occurrence Fake Plastic Trees, dont j’avais entendu une version live sur un concert / Compilation pour le Tibet libre emprunté à la médiathèque (disque qui me fera aussi découvrir le Beetlebum de blur et Rancid et me rend donc la datation du concert difficile) (Je viens de chercher et c’est 1997, c’est le « Tibetan freedom concert ». Rétrospectivement le line up est dingue maintenant que je connais les noms dessus)

 

Bref, The Bends est vite devenu un classique ultime de ma vie en tant que … disque que j’arrive à ne pas écouter. Comprendre par là que c’est un disque que j’ai fait tourner un nombre incalculable de fois, en fond, pendant que je lisais sur mon lit en rentrant le soir, ne prêtant donc qu’une attention toute volatile au disque lui-même. Enfin, jusqu’au titre 8, parce que l’explosion de My Iron Lung m’a toujours sorti du truc. Et rarement au-delà du titre 10, parce que, hasards de la vie, c’était toujours entre les titres 9 et 10 qu’on m’appelait pour aller à table.




En conséquence c’est probablement un des disques dont je regrette le plus d’avoir fini par comprendre les paroles (et je serais bien en peine de vous dire aujourd’hui si je les ai lues ou si j’ai fini par les comprendre. Probablement un peu des deux, au final : lu celles des titres que j’ai voulu apprendre à la guitare – le solo de High & Dry est un des premiers trucs que j’ai réussi à faire sortir d’une gratte qui ressemblait à ce que je voulais faire- oui il se joue sur genre 3 notes mais on peut pas tous être fans de Nirvana) parce qu’au final il a perdu cette fonctionnalité et très peu de disques (voire aucun) depuis ont jamais réussi à la remplir (Marquee Moon. Peut-être.)

Et paradoxalement, c’est aujourd’hui devenu un disque que, quand je l’écoute… je l’écoute. Totalement. Si je le mets en fond pendant que je fais autre chose vous pouvez être sur que je vais pas le faire vite et surtout je vais m’interrompre un tas de fois. Et en l’écoutant, ce qui me fascine c’est que… ce disque ne devrait pas fonctionner. Pourtant (miracle du mixage et de la production ?) tous ces titres disparates, dont pas deux ne s’enchainent en se ressemblant, parviennent a former un tout, cohérent, et surtout splendide. Avec des hauts très hauts et des bas pas très bas (comme souvent avec Radiohead je serais bien en peine de dénigrer un titre, il y a vraiment une notion de « ok, c’est juste pas pour moi »). L’autre point me fascinant (qu’on va retrouver plus d’une fois dans cette série) c’est la capacité de Radiohead d’avoir 10 ans d’avance… pas musicalement mais thématiquement. J’ai failli faire une blague sur le fait que The Bends est l’album marxiste de Radiohead, mais dans les faits, c’est l’album d’un groupe qui prend conscience qu’il a réalisé un exploit (Creep) que certains groupes ne parviendront jamais à recréer et dont le label, sans aucune considération artistique, demande juste de le refaire.


Les gens croient que je mets des lunettes de soleil parce que je me prends pour une rockstar mais en fait c'est juste que je fais des migraines ophtalmiques

Réalisant qu’il n’est qu’une commodité comme une autre, juste plus difficile à produire à la chaîne, Thom Yorke décide d’en faire une ballade désespérée sur la surconsommation de « merdes en plastique made in china » (parmi lesquelles il voit son art inclus) comme distraction face à la vacuité de l’existence.2 Ce morceau est aussi une des plus belles démonstrations de la nouvelle arme que le groupe vient de réaliser qu’il a : 3 guitares. Enfin, surtout que quitte a avoir 3 guitaristes autant qu’ils jouent des trucs différents plutôt que de tous trois jouer le même truc histoire de sonner fort. Et sur ce morceau, le déploiement stratégique de l’acoustique, d’une électrique jouant des accords avec un peu de distorsion et d’un électrique claire pour le solo est tout simplement terrassante.

J’ai dit il y a deux articles que malgré tout, Creep est une bonne chanson, émouvante et tout, mais soyons honnêtes, si elle passe en soirée, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Si Fake Plastic Trees passe, on est pas 2 accords dedans que je cherche déjà où aller me cacher pour chialer tout ce que j’ai, entendons nous bien. Et c’est même pas ma chanson préférée de l’album ! Pourtant, c’est une de ces chansons qui, quand je les entends, me plonge dans des abîmes de reconnaissance face au fait d’être né à un moment ou cette chanson existe (et de pas, genre, être mort en 1993 – je suis sur que j’aurais eu une vie intéressante hein, j’aurais connu les 30 glorieuses et tout, mais pas Fake Plastic Trees et du coup ça aurait été un peu moins bien quand même. Moi j’ai Fake Plastic Trees ET Dear Prudence (et plein d’autres mais c’est tout ce qui me vient dans cette catégorie) je suis bien, même si confronté aux abysses existentielles du réchauffement climatique et condamné à redéfinir mon propre rapport à la société de consommation, entre autres via l’écoute répétée de cette belle et douloureuse chanson.

(Mais sinon ça va)

De tous les premiers albums de Radiohead, qui ont cet effet « ouah la face A est ouf mais la face B c’est pas ça », il faut aussi avouer que The Bends est celui qui maintient l’illusion le plus longtemps. Ce n’est que la soudaine coupure de Bulletproof (I wish I was) après l’excitation de la fin de My Iron Lung (je vous ai parlé de My Iron Lung ?) qui, certes, offre une respiration bienvenue après deux titres qui décidément en envoient sévère, mais peut être une trop large respiration qui casse un peu les pattes (et dont pâtissent, à mon avis, les deux titres suivants, très « classiques » dans la forme, mais néanmoins très efficaces – Sulk en particulier, pourrait échanger sa place avec (nice dream) sans que la face A ne perde de sa splendeur.

 


Face au « toujours difficile second album » les groupes ont de nos jours plusieurs choix : continuer dans la veine du précédent, sortir les morceaux qu’on n’avait pas jugés assez bien pour le premier, ou se réinventer. J’ai longtemps préféré les 3emes albums (les fameux albums dits « de la maturité ») de mes groupes préférés, mais en vieillissant, je me suis souvent tourné plus précisément vers les premiers, mais surtout les seconds albums (a ma grande surprise, l’album des Smashing Pumpkins que j’écoute le plus régulièrement est Siamese Dream par exemple). Parce que ce qu’un groupe dit et fait dans son second album est généralement bien plus une déclaration d’intention que ce qu’était son premier ou sera son troisième. Avec The Bends, Radiohead devient un groupe auto conscient, instatisfait et volontairement contre productif, décidé à pousser la corde pour voire quand elle casse. En ce sens, ce n’est pas tant My Iron Lung (qui est au final un morceau post-grunge, mais anglais), ou The Bends (qui bien que rayonnant de « Oh mon Dieu j’ai tout ce que tout le monde voudrait mais franchement c’est pas fait pour moi » est au final « juste une très brillante pop song »), que Just qui illumine l’album de sa présence défiante. Un morceau comme celui-ci ne devrait probablement pas exister et surtout ne devrait pas être aussi bon.

Avec les années mon point focale sur ces albums a évolué et mon morceau préféré n’a cessé de migrer de la plage 4 à la 8 à la 12… Finalement la 7, juste après la moitié de l’album, est l’apex, le climax d’un album qui n’a fait que tendre vers cet apogée et ne fera qu’en redescendre derrière. Vrombissant, virevoltant (le jeu de guitare n’est pas sans rappeler au fan en moi le « Bodies » des Smashing Pumpkins, cette sorte de spirale / ZigZag de torrents de bruit) et décidant de ne jamais rester le même,  changeant le morceau dès qu’on pourrait s’y sentir à l’aise plus de deux secondes, c’est là que Radiohead montre son génie, sa volonté et surtout son crédo : on peu être tout à la fois pop et prog, on peut être intelligent sans être chiant, on peut divertir et faire réfléchir.

C’est quand on utilise Radiohead comme exemple (ou les Beatles) qu’on est le plus à même de me happer dans des explication relous de musicologie. Et ils auront beau engager le même producteur ou pomper Chopin à la source, c’est pas Muse qui saurait en dire autant.

 

Il est peut-être moins « important » que Nevermind ou même son propre successeur, il n’en reste que The Bends est le plus grand, le plus beau, le plus parfait des albums des années 1990 (Mais pas le meilleur).

 


Plus mauvais titre: Bulletproof (I wish I was) . Je vais pas me faire que des amis mais c'est mon opinion.

Meilleur titre pas sorti en single : Ils sont quasiment tous sortis en singles! Au final, je dirais Bones, probablement un peu sous estimé car trop similaire à The Bends

Meilleure face B de single de la période : Talk Show Host, no contest. J'adore Killer Cars également, je trouve que c'est un morceau qui mériterait mille fois plus d'exposition, mais Talk Show Host, est un tel chef d'oeuvre. Je reste convaincu que son absence de tout album est juste liée au fait de garder un "inédit" pour la B.O. de Roméo + Juliette.

Leçon de vie cachée dans les paroles: I wanna live / Breathe / I wanna be a part of the human race.  N'importe quel autre groupe chantant ça ce serait des pleurnichards. Ici c'est juste une requête légitime.

 

 

1 Et avant que les mauvaises langues ne se délient et parlent à tort de jardins de pieuvres, disons-le : c’est souvent la faute de George et du sous-continent indien.

2 D’où la présence évidente du morceau sur la B.O. du film Clueless (qui est un film plus malin qu’on le croit)

lundi 22 novembre 2021

BioRadioSpective - Interlude (?) 1

My Iron Lung EP - Septembre 1994 


Si j’ai hésité à parler de celui là, je finis par le faire pour deux raisons. La première, c’est que mon lecteur (on va pas déconner, à ce stade, on sait tous les deux que j’écris surtout pour toi), m’a dit qu’il fallait le faire. Mais en même temps il devait encore s’attendre à une analyse objective de la discographie du groupe, pas cette autodiscobiographie bordélique parce qu’essayent de faire se croiser deux timelines qui ne vont pas ensemble (la mienne et celle du groupe). La seconde c’est que je suis retombé dans ma discothèque sur mon My Iron Lung.

 

Parce que oui. Il y a My Iron Lung, et il y a mon My Iron Lung.

 

Novembre 2001. Les vacances sont en train de s’achever, et nous préparons nos valises pour repartir. Ma sœur, qui reste un peu plus longtemps, arrive avec son copain (qui deviendra plus tard mon beau-frère) dans la cuisine de la maison familiale et me tend un paquet presque cubique, mais qui parait instable sous son papier cadeau. En l’ouvrant j’y découvre 6 CDs gravés, dans leurs boitiers slims, avec les impressions de compte rendu Nero Burning Rom en guise de tracklisting. C’est bête à dire, mais à ce jour encore c’est peut-être (sans qu’elle n’en ait jamais eu conscience ni à l’époque ni aujourd’hui), la cadeau le plus attentionné qu’elle m’ait jamais offert. Le temps passé à télécharger les morceaux, à les graver…

Parce que quand on y pense, c’est fou, on parle de la fin 2001 : ça a été téléchargé sur eMule parce que même si un pote de mon futur beau-frère les avait sur son PC… les clés USB ne sont pas encore vraiment là, les disques durs externes encore moins. Pourtant moins de 6 ans après, en une soirée je téléchargeais In Rainbows pour le mettre sur mon iPod depuis le PC de la copine d’un pote. Ça me flingue.

 Aujourd’hui, je ne saurais me rappeler parfaitement du contenu de ces 6 CDs. Je sais que l’un d’entre eux était une compilation de « classiques » de qualité, et que deux n’étaient composés que de morceaux de Radiohead que je ne connaissais pas encore1, et que chaque compilation avait un « titre » associé : l’une était Pop is Dead. L’autre était My Iron Lung.

Mon My Iron Lung… Je l’ai encore. Jetons un œil au tracklisting.

 
(Les fautes "de frappe" sont d'origine du fichier Nero que j'ai recopié)

 

 Comme vous pouvez le voir… Mon My Iron Lung est plus long, plus touffu, et My Iron Lung y est en fait tout planqué au milieu de tout ce beau monde, dont une bonne partie est composée de faces B de singles tirés d'OK Computer (un peu comme s'il s'était accouplé avec l'EP Airbag / How am I driving? mais SANS Airbag.) Et je le rappelle on est en 2001, donc je n’ai pas forcément d’outil à disposition pour tracer la véritable origine de chacun des morceaux. Ou même juste pour comprendre, outre le tracklisting, ce qu’est My Iron Lung dans la discographie du groupe2… je savais même pas ce qu’était un EP, hein.

 

Et quand l’ai-je finalement acheté « en vrai », l’ayant trouvé d’occasion et découvrant par la même la réalité de cet EP ? 2010, peut-être ?

Bref j’ai longtemps vécu dans un monde imaginaire où cet EP était un véritable album, mal ordonné, plein de bonne idées mais dépourvu de cohérence, avec ses moments de beauté, mais décidément difficile à suivre. Donc je comprends ce que ne soit pas considéré comme un album. En plus ils sont con la meilleure chanson est en avant-dernier. (Mes gouts ont changé depuis) (Par contre j'adore l'ironie qu'il y a à ce que My Iron Lung y a sa place de The Bends, en 8)

 


Mais l’idée n’est pas forcément de parler d’un disque qui n’existe pas vraiment, parlons du vrai. Du 8 titres. Dont on va exclure tout de suite le dernier parce qu’on s’en fout et parce que son absence dans la version de l’EP mise en ligne par le groupe lui-même confirme à mes yeux ce dont on se douterait tous : cette version acoustique de Creep a très certainement été imposée par la maison de disques. Il est tellement antinomique que ce disque commençant par le groupe reniant ce morceau 3 finisse par une version alternative du morceau incriminé.

 

Bon, comme à l’habitude, le disque se coupe malgré lui en deux : la face A est top, la face B on s’en fout un peu, mais c’est aussi probablement parce qu’elle est un peu plus molle du cul et… Bon, il faut aussi le citer, ce disque c’est la première rencontre avec Nigel Godrich, qui pour l’instant n’est qu’ingénieur du son sur…  justement, les 4 premiers titres. Coïncidence ? Peut-être.

Coupé en deux, le disque l’est aussi dans sa musique : écartelé entre deux albums sur lesquels ils ne figurent aps, on serait bien en peine de dire quel titre devrait aller où. Le groupe tente des trucs, tout ne passe pas, rien n’est vraiment mauvais, mais à part le morceau éponyme, peu de choses ressortent. Et surtout : le son passe son temps à changer. Chaque morceau semble offrir une facette différente, une tentative différente, tour à tour classique rock, shoegaze, voire orientalisant (Lozenge of Love dont la mélodie rappelle les chansons signées George Harrison qu’on saute). On va pas non plus se voiler la face, mes titres préférés sont ceux qui sonnent le plus comme l’album à venir, ou du moins qui sonnent comme des trucs que j’aime (Permanent Daylight cette sorte de reprise de Sonic Youth par REM, je m’en passe.). Je pense que plus jamais dans sa carrière le groupe ne sonnera aussi purement « méchant » que sur The Trickster (pas agressif, juste méchant), et soyons simple : le fait que cet EP soit si bon, mais aussi qu’il ait été quasi-intégralement écarté de l’album à venir (alors qu’on aurait pu le garder comme matériel à faces B) et ce, sans AUCUN regret du groupe comme des fans (parce qu’on y viendra, mais je serais bien en peine de fourrer un titre de cet EP autre que le morceau titre au sein de The Bends sans avoir l’impression de tenter une fission nucléaire), ça reste un tour de force.

L’EP est intéressant, et le groupe avait probablement besoin de réinventer sa réinvention si j’ose dire, de la mettre en scène, avant d’en offrir la plus belle expression. Aussi c’est le moment ou le groupe atteint presque sa forme finale : Ce combo Radiohead/ Godrich / Donwood (le graphiste qui accompagne le groupe depuis maintenant plus de 25 ans !) sont là. Et si les chutes de l’album étant de cette qualité… Vous vous doutez que The Bends a de la gueule.




 

Pas de sélection particulière de titre parce que ce serait dure d’appliquer les catégories à cet EP. Aussi je parlerais plus longuement la prochaine fois de My Iron Lung, la chanson. En même temps qu'on commencera à basculer en plein doute métaphysique

 

  

1 Et un de ces morceaux, censé être une reprise de Deftones par Radiohead n’était en fait qu’une version acoustique de Be quiet & drive, mais bel et bien par Deftones quand même.

 2 La place de My Iron Lung dans la disco du groupe je l’apprendrais dans la rétrospective / biographie du groupe dans Rock Mag une paire d’années après. Autre temps, autres moeurs

 3 Je pars de l’idée que les gens connaissent My Iron Lung, mais si tu es un jeune lecteur égaré qui ne sait pas cela, d’abord, bienvenue, installe-toi confortablement et merci du temps que tu m’accordes, mais aussi :  la chanson My Iron Lung passe une partie de ses paroles à cracher sur le morceau Creep ou tout du moins le succès difficile à vivre qu’il a apporté au groupe et qui fait que la maison de disque leur demande de rééditer cet exploit avec ce nouveau single (non je ne dirais pas les paroles. Les citer dans un article parlant du morceau est aussi cliché que Radiohead rencontrant encore plus de succès avec un album qui explique qu’ils vivent mal le succès.)

vendredi 12 novembre 2021

BioRadioSpective - Introduction et Episode 1

 

De tous les groupes que j’ai aimés quand j’étais ado, il en est un qui a un statut unique : je n’ai jamais vraiment réussi à en faire mon deuil.

Malgré un sursaut en 2007 j’ai fini par comprendre que les nouveaux Smashing Pumpkins ne seraient jamais à la hauteur des originaux. Je me suis purement et simplement fâché avec Muse (en 2009) et Placebo (dès 2006). Oasis n’existe plus. Si l’on creuse vraiment les anfractuosités de ma jeunesse… Nada Surf est anecdotique aujourd’hui. Slipknot, Korn, ne sont que de pales copies de leur folles origines, mais je ne leur souhaite aucun mal.

Mais Radiohead… Il y a une coïncidence qui restera pour toujours : en 2000 j’ai eu 15 ans un mois (à peu près) après la sortie de Kid A. Et à mon anniversaire on m’a offert OK Computer. Que j’avais déjà en cassette mais ça on y reviendra. Mais c’est comme si ce groupe avait toujours été là, présence discrète pour ne pas dire fantomatique, mais présence quand même. 20 ans. Vingt et un, même. Mon goût pour Radiohead peut aller au bistro aux Etats-Unis.

En 2003 j’achetais Hail to the Thief le jour même de sa sortie et l’écoutai religieusement, collé à la mini-chaîne, dès mon retour. Aujourd’hui, je crois ne toujours pas avoir réussi à finir une écoute entière de  A moon shaped pool … et pourtant je continuerai probablement longtemps à lister le groupe parmi mes préférés, quand bien même il n’a pas sorti un album me convaincant ces dix dernières années (en même temps ils en ont sorti qu’un). Que s’est-il passé ? Chaque fois que je pense au groupe c’est avec une tendresse infinie, et pourtant, on ne se cause plus.

Aujourd’hui, il est temps de revenir sur une relation certes houleuse, mais riche en émotions, et, qui sait ? de peut-être en tirer quelques enseignements.

  

1. Pablo Honey (Février 1993)

 

 

Quand je pense qu'il est des gens qui se moquent de la coupe de cheveux actuelle de Thom Yorke

Soyons honnêtes: il est peut-être là, en fait, l’album le plus clivant du groupe. Il y a généralement deux opinions qui s’opposent sur cet album. D’un côté les esthètes, cette bande de snobs, qui ne le considèrent digne d’aucun intérêt (ils ont déjà du mal à en trouver à The Bends). De l’autre les honnêtes gens, qui le voient comme un album de britpop honnête mais -évidement- encore loin des sommets à venir, voire peu marquant au milieu des albums de britpop qui pouvaient sortir à l’époque.

Et puis il y a moi. Même si vous avez déjà deviné où je me situe dans cette grille d’analyse, la vérité est que je ne saurais analyser cet album. Pour une raison très simple : cet album m’a (presque) tout appris. Lors de l’années scolaire 1999-2000 je faisais seulement mes premiers pas dans le grand défrichement de Rock des origines à nos jours, et je n’avais eu que quelques disques sous les oreilles quand celui-ci (enfin, non, quand le nom Radiohead) a croisé ma route. On m’avait copié sur cassette OK Computer et « celui où y a Creep ». Et au risque de déplaire à ma fanbase de bon gout, ce n’est pas le chef d’œuvre de 1997 qui a le plus retenu mon oreille à l’époque.

Je vais dire quelque chose qui semblera une évidence à toute personne de bon sens, mais qu’il me semble utile de poser ici : les clichés sont des clichés pour une bonne raison, à savoir qu’ils fonctionnent. Mais il est un autre point sur lequel je voudrais insister : un cliché n’en est pas un quand c’est la première fois qu’on y est confronté. Et c’est aussi cela qui me rend cet album si attachant. Creep est une bonne chanson, c’est un fait (si, si). Mais quand c’est la première chanson qu’on découvre avec ce passage d’un son clair pour le couplet à des torrents de distorsion pour le refrain… c’est transcendant. Je vieillis et donc les choses sont un peu floues, mais Pablo Honey est, j’en suis à peu près sûr, un des cinq premiers albums de rock à être entrés dans ma vie. Donc, plus encore que les « Ouah, on peut faire ça » que les grands (Beatles, Bowie, etc.) m’ont fait découvrir plus tard, Pablo Honey m’a permis de découvrir que ce qu’on y trouve existe en ce monde.

 


Et dans mes virginales oreilles, les envolées de Stop Whispering, l’alternance de structure couplets durs et lents / refrain pop plus rapide (très pixienne maintenant que je le sais mais je savais pas encore qui étaient les Pixies - j’avais même pas encore vu Fight Club) de Anyone can play guitar, le redémarrage et ce solo à la fin de I can’t - entendu depuis mille fois depuis dans des trucs faits avant, même l’ouverture claire de You avant de sortir du gros son, tout a laissé une trace.

Ici est née une sensibilité, une affinité même pour quelque chose que je ne connaissais pas, ou pas bien. Le rock devait être dur et colérique, voire rebelle (à qui, à quoi ? à 15 ans on ne s’embarrasse pas de la transitivité…) et idéalement que mes parents me demandent de baisser le son, mais je le découvrais ici émotif et émouvant, délicat… Je découvrais ma propre propension à la pop. Et mes parents me demandaient quand même de baisser le son ce qui ne gâchait rien.

 

Bon, il ne s’agit pas non plus d’absoudre l’album de ses défauts (qui n’en sont pas forcément) : sans la voix de Thom Yorke, Thinking about you est un morceau d’un affolante banalité. C’est aussi un album de Radiohead typique des premiers temps : à savoir un vinyle qui s’ignore. Je théoriserai sans doute plus longtemps sur les formes des albums de Radiohead un peu plus tard cependant : les trois premiers ont tous cette tendance à avoir une Face A moins cohérente que la B, mais aussi meilleure parce que contenant les meilleurs titres. Mais ici, avec le temps, je préfère de plus en plus la face B : Ripcord, Prove Yourself, ça reste bon, mais l’ensemble se mélange plus aisément en un fond homogène, surtout que d’un coup la constante de cette face c’est la batterie, qui claque vraiment bien sur cette album (probablement parce que, j’ai l’impression, Phil Selway y est incapable de taper sa caisse claire sans taper de cymbale en même temps). Sans compter une vibe « Scared to get happy », très indie pop anglaise 80’s, mais avec une volonté d’aller de l’avant, presque une joie de vivre, qui fait chaud au cœur.

 

S’il est probable que j’aie écouté cet album plus de fois dans les dernières semaines juste pour écrire ces lignes que je ne l’ai fait ces 10 dernières années, cela ne change rien : tout familier qu’il soit (chaque pont, chaque riff, chaque changement de rythme est gravé dans ma mémoire), ce qui me rend fatalement tendre à son égard, il reste un bon album qu’on considèrerait un pépite oubliée si ses auteurs n’avaient pas tout explosé derrière, et dont le principal défaut, peut-être, est de compiler les meilleurs titres écrits par un groupe qui existait déjà depuis 7 ans à la sortie de celui-ci, et qui a donc pioché dans bien des influences en chemin.

 

Plus mauvais titre: Thinking about you

Meilleur titre pas sorti en single : Ca se joue entre Ripcord et I can’t… Mais au final je dirais I can’t parce que je suis une petite chose sensible... et que j’aime bien les lignes de basse menaçantes avant que le groupe revienne

Meilleure face B de single de la période : Difficile de dire autre chose que « Inside my head ». C’est l’équivalent de découvrir les titres des années 80 de R.E.M. quand on ne connaît que leurs morceaux RTL2.

Leçon de vie cachée dans les paroles: Stop Whispering / Start shoooooooouuuuuoooouuting